Ludovic Bource, le compositeur révélé par "The Artist"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 28/02/2012 à 17H25
Ludovic Bource, lauréat aux Oscars (26/02/2012)

Ludovic Bource, lauréat aux Oscars (26/02/2012)

© AFP / Robyn Beck

Originaire du Morbihan, compositeur et pianiste, Ludovic Bource a signé les musiques des deux films d'OSS 117 de Michel Hazanavicius, avant de lui offrir celle de "The Artist", le film muet le plus primé du XXIe siècle. Il a aussi collaboré avec son ami Pierrick Pédron, saxophoniste, qui se réjouit de son succès. Ils devaient se retrouver le 5 avril sur scène à Saint-Brieuc... Le concert aura finalement lieu sans Ludovic Bource, appelé sur un autre engagement par la production de "The Artist". La rançon de la gloire ?

Au soir du 26 février à Los Angeles, Ludovic Bource a intégré le petit comité des compositeurs français lauréats d'(au moins) un Oscar. Dans ce club, il a rejoint Michel Legrand (trois Oscars), Maurice Jarre (trois Oscars), Francis Lai (un Oscar) et Georges Delerue (un Oscar), grillant la politesse à ceux plusieurs fois nommés comme Alexandre Desplat (quatre nominations).

Deux jours plus tôt, le musicien natif de Pontivy avait déjà raflé le César de la meilleure musique de film, après le Golden Globe aux Etats-Unis et le BAFTA à Londres... Un authentique Grand Chelem. "J'aime cette reconnaissance mais je ne me projette pas, je profite de l'instant présent", a-t-il confié à l'AFP à la veille des cérémonies du week-end.

Ludovic Bource le 21 février 2012 à Paris

Ludovic Bource le 21 février 2012 à Paris

© AFP / François Guillot
Une jeunesse bretonne
Né le 19 août 1970 à Pontivy (Morbihan), Ludovic Bource commence d'abord l'apprentissage de l'accordéon à douze ans. Son grand-frère étant devenu cuisinier, il voulait s'en démarquer, trouver sa propre voie. La musique lui donne cette opportunité. Six mois plus tard, il se produit devant 5000 danseurs d'un bal populaire.

Puis il se tourne vers le piano. Son ancienne professeure au conservatoire de Saint-Brieuc s'est confiée lundi à l'AFP. "Il a été mon élève pendant cinq ans. Il était très doué, travailleur et passionné", se souvient Anne Magadur. "Malgré les honneurs il reste très lucide dans ce monde du showbiz. Pourvu que ça dure." Ludovic Bource n'a pas renoncé à l'accordéon. Il en joue toujours quand il compose, "pour savoir si ça va sonner", explique-t-il à l'AFP. D'ailleurs, Ludovic Bource déplore les "préjugés" dont pâtit cet instrument.


Un reportage de France 3 Bretagne réalisé avant les Césars

Une vieille amitié avec Pierrick Pédron
A l'adolescence, le jeune Ludovic tombe amoureux et se met à composer au piano. Plus tard, vers 18 ans, il intègre le CIM, fameuse école de jazz parisienne, où il a pour condisciple le saxophoniste costarmoricain Pierrick Pédron, qu'il connaît très bien. En Bretagne, leurs deux professeurs de musique étaient amis, leurs familles ont sympathisé. Les deux musiciens, qui ont presque le même âge, jouent ensemble dans des groupes de funk. Par la suite, Pédron se tourne vers le jazz, Bource prend une autre voie. Il travaillera notamment avec les rappeurs de Svinkels, ainsi qu'avec Alain Bashung en 2002, sur l'album "L'Imprudence" (il y composera, arrangera, jouera de divers instruments...).

Ludovic Bource produira néanmoins le premier album de Pierrick Pédron, "Cherokee", sorti en 2001, et plus récemment "Cheerleaders" (ACT), unanimement salué par la critique en 2011 (voir notre article et notre interview du jazzman).
Pierrick Pédron à Clermont-Ferrand le 19/10/2006

Pierrick Pédron à Clermont-Ferrand le 19/10/2006

© Thierry Lindauer / MaxPPP
Une grande joie pour le saxophoniste
Mardi après-midi, Pierrick Pédron a confié à Culturebox sa joie devant l'énorme succès rencontré par son ami : "C'est quelque chose qui touche directement ma famille. Nos deux familles sont très proches depuis qu'on est adolescents. On a l'habitude de se voir et de s'appeler régulièrement. Ludovic a été le premier à m'appeler après l'énorme accueil rencontré par "Cheerleaders". Il travaillait d'ailleurs sur The Artist en même temps que nous préparions l'album. On a l'impression que c'est impossible d'aller plus haut que ça, l'impression qu'il touche les étoiles."

Une rencontre avec Michel Hazanavicius
Ludovic Bource et Michel Hazanavicius se sont rencontrés sur des publicités en 1996. Leur goût commun pour le second degré, le décalage, "la vanne pourrie" -dira-t-il à l'AFP- les a rapprochés. "On a installé notre imaginaire et continué dans ses films." D'abord dans "Mes Amis" en 1999, puis dans les deux "OSS" ("Le Caire nid d'espions" en 2006, "Rio ne répond plus" en 2009).

Une musique pour un film sans paroles
Sur "The Artist", film muet, en noir et blanc, le rôle de la musique prend une dimension inédite. "J'ai beaucoup réfléchi à comment utiliser au mieux la musique, comment la marier, quel rythme, quel style..." Alors Ludovic Bource et le cinéaste ont regardé de nombreux DVD couvrant les années 1920 à 40. "Je me suis immergé plus d'un an avant d'écrire la première note, puis j'ai lâché pendant deux mois, le temps de laisser l'inconscient travailler."
Jean Dujardin et Bérenice Béjo dans "The Artist".

Jean Dujardin et Bérenice Béjo dans "The Artist".

© © Warner Bros. France
Le tournage débute à Los Angeles. Chaque soir, le compositeur en reçoit les rushes à Paris. Il écrit en trois jours le premier thème, celui du héros George Valentin en pleine gloire. "Jean aimait ça. Ca aidait à créer l'atmosphère sur le plateau." Le thème principal, associé au déclin de l'acteur, intitulé "Comme une rosée de larmes", lui est inspiré par un lied allemand (une mélodie lyrique piano-voix sur un poème). "Tout le monde l'a adoré sur le plateau: les acteurs disaient que ça les aidait à se canaliser. Et un technicien mexicain, un vrai colosse, pleurait chaque fois qu'il l'entendait."

La bande originale de "The Artist" a été scrupuleusement réfléchie, avec une volonté particulière de ne pas en faire trop. "Le fait d'habiller un film sans parole de 100 minutes impose la retenue (...) Tout a été pensé en amont : s'exprimer sans être indigeste. Quand on y arrive, c'est une vraie récompense."

En concert : Pierrick Pédron (saxophone)
Avec Chris de Pauw (guitare), Laurent Coq (piano, Fender Rhodes),
Vincent Artaud (basse), Fabrice Moreau (batterie)
Et des membres de l’Harmonie de Saint-Brieuc (direction Gilles Le Brazidec)
Jeudi 5 avril 2012, 20h30
Scène nationale de La Passerelle
Place de la Résidence
Saint-Brieuc
Tél : 02 96 68 18 40