L'Académie du Jazz couronne Émile Parisien, Pierrick Pédron et Brad Mehldau

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 19/01/2013 à 07H41, publié le 16/01/2013 à 11H26
Jorge Pardo (Prix du Musicien européen), François Lacharme (président de l'Académie), René Urtreger (pianiste), Pierrick Pédron (album jazz de l'année 2012), Émile Parisien (Prix Django Reinhardt), Matthew Skoller, producteur de Lurrie Bell (Prix du blues) et le réalisateur Yves Boisset (15/01/2013) au Théâtre du Châtelet, à Paris

Jorge Pardo (Prix du Musicien européen), François Lacharme (président de l'Académie), René Urtreger (pianiste), Pierrick Pédron (album jazz de l'année 2012), Émile Parisien (Prix Django Reinhardt), Matthew Skoller, producteur de Lurrie Bell (Prix du blues) et le réalisateur Yves Boisset (15/01/2013) au Théâtre du Châtelet, à Paris

© Philippe Marchin

Les deux saxophonistes français et le pianiste américain figurent au palmarès de l'Académie, rendu mardi soir au titre de l'année 2012. Les trophées ont été décernés au Grand Foyer du Théâtre du Châtelet, à Paris, en présence de quelques remettants de prestige comme le réalisateur Yves Boisset, l'actrice Victoria Abril ou le compositeur Vladimir Cosma, célèbre pour ses musiques de film.

Émile Parisien, 30 ans, a reçu le prestigieux prix Django Reinhardt de l'Académie, qui couronne le musicien français de l'année. Formé dans la classe jazz du collège de Marciac (Gers), le jeune homme a vécu une année 2012 exaltante. Outre la publication de son quatrième album en leader ("Chien Guêpe", chez Laborie Jazz), dont il a joué des extraits en clôture de cérémonie avec son quatuor, Émile Parisien a participé à différents autres disques. Il a été invité à intégrer le groupe du célèbre batteur Daniel Humair, présent dans l'assistance, et à qui il a rendu un hommage chaleureux. Il joue également dans les albums du pianiste Yaron Herman ("Alter Ego", chez Act), du contrebassiste Jean-Paul Céléa ("Yes Ornette", Out Note) et du Syndicate, l'ancien groupe du regretté Joe Zawinul.

Lauréat du prix du meilleur disque jazz français, Pierrick Pédron, 43 ans, est récompensé pour son percutant clin d'œil à Thelonious Monk, un hommage d'autant plus revigorant qu'il n'avait nullement été prémédité, comme il l'avait expliqué récemment à Culturebox. En 2007, il avait déjà reçu, à la fois, le Prix Django Reinhardt et le Prix du disque de l'année.

Le pianiste américain Brad Mehldau, absent mardi soir à Paris, a reçu le Grand Prix de l'Académie du Jazz, au titre du meilleur disque étranger de l'année 2012, pour "Where do you start ?" (Nonesuch/Warner), enregistré avec son trio.

Parmi les autres lauréats, figurent le flûtiste et saxophoniste madrilène Jorge Pardo, Prix du meilleur musicien européen, et la chanteuse Catherine Russell, Prix du Jazz vocal pour son disque "Strictly Romancin'" (World Village/Harmonia Mundi), absente à la cérémonie (voir plus bas pour le palmarès complet).
Jordi Pujol, dont le label barcelonnais Fresh Sound Records a été récompensé pour ses rééditions, et Jorge Pardo

Jordi Pujol, dont le label barcelonnais Fresh Sound Records a été récompensé pour ses rééditions, et Jorge Pardo

© Annie Yanbékian
Quelques réactions
- Émile Parisien, pour Culturebox : "C'est un prix que je veux partager avec tous les musiciens avec qui j'ai joué. Un musicien tout seul ne vaut rien. Je pense notamment au quartet avec Sylvain Darrifourcq (batterie, ndlr), Yvan Gélugne (contrebasse) et Julien Touéry (piano). Même si ça me fait très plaisir, je prends ça avec un petit peu de distance, car l'heureux vainqueur, c'est surtout la musique qui cherche, qui a envie d'avancer, en faveur de laquelle plein de gens sont engagés. J'ai l'honneur d'en être le représentant ce soir. J'espère que ce prix m'aidera à jouer plus, faire plus de concerts pour pouvoir défendre cette musique."
Le making-of (et teaser) de l'album "Chien Guêpe" d'Émile Parisien et de son quartet (Laborie Jazz, 2012)
- Pierrick Pédron, pour Culturebox : "Je suis extrêmement fier d'être une deuxième fois couronné par l'Académie du Jazz, ayant déjà été récompensé en 2007. C'est un Prix qui revient également, en grande partie, à Franck Agulhon (batterie, ndlr) et Thomas Bramerie (contrebasse). Le trio, auquel il faut ajouter Vincent Artaud (producteur) ne fait qu'un et j'en suis le porte-parole. S'il est déjà fantastique de savoir que le disque Monk plaît, on ne peut pas savoir à l'avance quels seront les effets concrets de ce Prix. J'espère qu'il nous donnera l'occasion de faire plein de concerts. Le but, c'est justement de faire vivre cette musique, et surtout de la faire découvrir aux gens qui ne la connaissent pas."
Teaser de l'album "Kubic's Monk" (2012), avec des extraits des morceaux "Who knows" et "Sixteen" (feat. Ambrose Akinmusire)
- Brad Mehldau (message de remerciement, traduit et lu par François Lacharme, président de l'Académie) : "Je voudrais saluer l'Académie du Jazz pour avoir attribué à "Where do you start ?" le Grand Prix de ce prestigieux collège. Nous sommes sensibles au soutien et à la reconnaissance du public français et de nos fans, aussi bien en faveur de nos disques que pour nos concerts. Nous voudrions enfin remercier les journalistes qui prennent le temps d'écouter et d'écrire, avec sérieux, sur cette forme artistique que nous avons créée en tant que trio, depuis des années. Je vous remercie."
Nonesuch Records, 2012
Instantanés de cérémonie
Créée en 1954, présidée par François Lacharme depuis 2005, l'Académie du Jazz réunit une soixantaine de membres (journalistes spécialisés, programmateurs, animateurs, écrivains, musicologues, photographes...). La cérémonie annuelle de remise des trophées a lieu au Grand Foyer, au deuxième étage du Théâtre du Châtelet.

L'espace rectangulaire du Foyer s'avérant trop petit -hélas !- pour accueillir tout le monde, mardi soir, deux mondes parallèles auront cohabité le temps de la cérémonie - dans la bonne humeur. D'un côté, dans le Foyer, le public attentif à la cérémonie (journalistes, musiciens, membres de l'Académie, invités divers) animée par François Lacharme, de l'autre, dans le hall, le public debout (d'autres journalistes, musiciens, membres de l'Académie, invités divers). D'embrassades en joyeuses retrouvailles, le brouhaha du hall s'entend parfois jusque dans le Foyer. Quelques "chut !" péremptoires calment provisoirement les élèves les plus dissipés du hall, qui auront sans doute raté certaines parenthèses décalées de la cérémonie. On se rappelle notamment de la canne à pêche que François Lacharme, président de l'Académie du Jazz, a brandie à Pierrick Pédron, ravi de partager cette passion avec le jazzman breton.

Quelques jolies interventions musicales auront ponctué la cérémonie, marquée toutefois par les absences de plusieurs lauréats, et où le jazz vocal aura manqué à l'appel. Il y a eu Pierrick Pédron, virtuose tranquille, en trio, Émile Parisien, fougueux et remuant, en quatuor, Jorge Pardo, enfiévré, en solo à la flûte pour des citations de Falla et Ravel, la jeune violoniste Fiona Monbet, ou le comédien-humoriste Smaïn, venu en récitant. On se souviendra aussi du moment où René Urtreger s'est mis au piano pour rendre un hommage sobre et recueilli à Dave Brubeck, suscitant subitement le silence de toute l'assistance. On fera un clin d'œil à l'incorrigible François Lacharme, ostensiblement troublé par une Victoria Abril somptueuse dans sa robe bariolée, heureuse de remettre le Prix du Musicien européen à son compatriote Jorge Pardo... On terminera enfin par les anecdotes émouvantes d'Yves Boisset (remettant du Prix Django Reinhardt) sur Fred Astaire, "adorable et d'une modestie extravagante", avec qui il tourna le film "Un Taxi mauve" en 1977...
Le saxophoniste Émile Parisien et ses complices Julien Touéry (piano), Yvan Gélugne (contrebasse) et Sylvain Darrifourcq (batterie), au Foyer du Théâtre du Châtelet

Le saxophoniste Émile Parisien et ses complices Julien Touéry (piano), Yvan Gélugne (contrebasse) et Sylvain Darrifourcq (batterie), au Foyer du Théâtre du Châtelet

© Annie Yanbékian
Palmarès 2012 de l'Académie du Jazz

- Prix Django Reinhardt (musicien français de l'année): Emile Parisien (saxophone soprano, alto)

- Prix du disque français (meilleur disque enregistré par un musicien français) : Pierrick Pédron (saxophone alto) pour "Kubic's Monk" (ACT/Harmonia Mundi)

- Grand Prix de l'Académie du Jazz (meilleur disque de l'année): Brad Mehldau (pianiste) pour "Where do you start" (Nonesuch/Warner)

- Prix du musicien européen (récompensé pour son oeuvre ou son actualité récente) : l'Espagnol Jorge Pardo (flûtes, saxophones)

- Prix du jazz classique : Aaron Diehl (piano) pour "Live At The Players" (CD Baby/www.cdbaby.com)

- Prix du jazz vocal : Catherine Russell pour "Strictly Romancin" (World Village/Harmonia Mundi)

- Prix soul : Bettye Lavette pour "Thankful N'Thoughtful" (Anti-/PIAS)

- Prix blues: Lurrie Bell (guitare/chant) pour "The Devil Ain't Got No Music" (Aria B.G./Socadisc)

- Prix de la meilleure réédition ou du meilleur inédit : Fresh Sound Records pour l'ensemble du catalogue de ses rééditions

- Prix du livre de jazz : Alain Gerber pour "Petit dictionnaire incomplet des incompris" (Éditions Alter ego), dont le comédien Smaïn a lu un extrait

- Jeune talent Sacem : Fiona Monbet (violon), présentée par Vladimir Cosma

- Hommage à Dave Brubeck, disparu le 5 décembre 2012, par le pianiste René Urtreger