La maison de Fela Kuti, pionnier de l'afrobeat, va devenir un musée

Par @Culturebox
Mis à jour le 12/03/2014 à 16H20, publié le 02/08/2012 à 17H14
Fela Kuti en concert à Paris, à l'espace Balard en 1983

Fela Kuti en concert à Paris, à l'espace Balard en 1983

© Goudeneiche / Sipa

Quinze ans après la mort du légendaire musicien nigérian, disparu à 58 ans le 2 août 1997, sa famille compte transformer sa maison à Lagos en musée, afin de préserver son héritage artistique.

Fela Anikulapo Kuti, compositeur, saxophoniste, multi-instrumentiste surdoué, était également célèbre pour son engagement en faveur des droits de l'Homme et pour son mode de vie peu orthodoxe (adepte des tenues bariolées, accro à la marijuana, polygame, il a épousé jusqu'à 27 femmes le même jour...).

Quinze ans après sa disparition, des suites du sida, sa demeure se dresse toujours dans un quartier populaire de Lagos, capitale économique du Nigeria. La famille a conservé comme des reliques ses vêtements chamarrés et ses souliers. Elle tient à sauvegarder la mémoire du musicien. Déterminée à transformer la demeure en musée, elle n'a pas touché à sa chambre à coucher.

Un contestataire peu apprécié des régimes de l'époque
Avant de s'installer dans ce logement, Fela résidait dans une autre propriété, baptisée par ses soins "République de Kalakuta", proclamée "indépendante". Mais elle avait été détruite en signe de représailles à ses activités de contestataire d'un régime corrompu. Par la suite, le musicien rebelle avait déménagé dans un immeuble de trois étages à Lagos dont la rénovation est en cours.

Fela Kuti a été inhumé devant le bâtiment situé sur une route étroite, dans une sépulture de forme pyramidale. Il a été enterré près de chez lui "parce que nous voulions faire de cet endroit un musée après sa disparition", a expliqué sa fille Yeni Kuti, citée par l'AFP. Avec l'accord des autorités.

Une paroi de verre doit être installée autour de la chambre du musicien afin que ses admirateurs puissent voir à l'intérieur. Des expositions seront installées dans d'autres pièces de la maison et dans un petit hôtel. Le gouvernement de l'Etat de Lagos a fourni à la famille la somme de 40 millions de nairas (200.000 euros, 250.000 dollars) pour le musée, a encore indiqué Yeni Kuti. Mais elle pense qu'il faudra 25 millions de nairas de plus pour mener le projet à son terme.

Le musée dédié à Kuti est censé ouvrir en octobre, durant la "Felebration", une série d'événements en hommage au musicien, organisée tous les ans pour l'anniversaire de sa naissance (Fela naquit le 15 octobre 1938 à Abeokuta).


"Zombie" (1977)

Fela, "c'est comme le jazz"
Fela Kuti, "c'est plus qu'une histoire nigériane. C'est comme le jazz", a déclaré récemment son fils Femi Kuti, 50 ans, également musicien, saxophoniste. La personnalité hors normes et l'activisme de Fela lui avaient valu d'être considéré comme un héros aux yeux de ses concitoyens. Ses obsèques à Lagos avaient mobilisé une foule immense, le chiffre d'un million de personnes ayant été rapporté. Quatre jours de deuil national furent décrétés. Fela Kuti a succombé au syndrome de Kaposi, une maladie favorisée par le sida dont il souffrait.

Fela Kuti est le créateur de l'afrobeat, un genre musical furieusement groovy fusionnant jazz, musique traditionnelle africaine, rock et funk. Il a injecté dans sa musique toute sa révolte contre les gouvernements militaires qui ont sévi au Nigeria dans les années 1970 et 1980. Il a fallu attendre 1999 pour voir l'arrivée d'un gouvernement civil.


"Unknown Soldier" (extrait, 1979)


Le saxophoniste était un critique virulent des régimes militaires corrompus du Nigeria, criant sa colère dans des chansons comme "Coffin for Head of State"(Cercueil pour un chef d'Etat) ou "International Thief Thief" (voleur, voleur international). Quant à ses prises de position, elles lui ont valu des arrestations et brimades diverses.

Quinze ans plus tard, les Nigerians n'ont pas oublié Fela. Son nom a été clamé en janvier pendant le mouvement de grève nationale et les manifestations massives de protestation contre la hausse des prix du carburant.

La famille poursuit le combat. Seun Kuti, un autre fils du musicien, a donné des concerts politiquement engagés. Femi et sa soeur Yeni Kuti ont participé aux rassemblements de protestation. Pour Femi Kuti, l'héritage paternel est aussi important dans le domaine musical que politique. "Vous ne pouvez pas oublier le combat pour la justice sociale, qui a fait prendre conscience, en particulier aux Nigérians, de leur situation difficile", a-t-il dit à l'AFP.

Le Nigeria, pays le plus peuplé et le premier producteur de brut d'Afrique, est souvent classé comme l'un des pays les plus corrompus du monde.


"Fefe Naa Efe" (1973)