L’ode à Marseille d’Ahmad Jamal

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 12/06/2017 à 11H47, publié le 09/06/2017 à 10H31
Ahmad Jamal le 3 août 2016 à Marciac

Ahmad Jamal le 3 août 2016 à Marciac

© Rémy Gabalda / AFP

« Marseille », nouvel album du pianiste Ahmad Jamal, hommage à la cité phocéenne, sort ce vendredi. Le slameur Abd Al Malik et la chanteuse de jazz Mina Agossi lui prêtent leur voix. À bientôt 87 ans, le musicien, qui limite ses apparitions sur scène, jouera quatre fois en France cette année : les 12 et 13 juin à l’Opéra de Marseille, le 30 juin à Jazz à Vienne, puis en novembre à Paris.

Son dernier album, le solaire « Saturday Morning », remonte à l’automne 2013. Ces dernières années, ses passages sur scène se font aussi rares que précieux. En août 2016, Ahmad Jamal, qui joua autrefois avec les plus grands, de Charlie Parker à Duke Ellington, est sorti de sa retraite pour un concert exceptionnel à Jazz in Marciac. C’est à cette occasion que le morceau emblématique « Marseille » a été créé sur scène, en présence des deux futurs invités du disque, Mina Agossi et Abd Al Malik.

Ahmad Jamal : vidéo officielle de présentation de l'album "Marseille" (sortie : 9 juin 2017 chez Jazz Village / Pias)

"Une relation très forte" avec Marseille

L'ode musicale à Marseille salue une ville avec laquelle Ahmad Jamal a « une relation très forte depuis de nombreuses années », explique-t-il dans Jazz Magazine de juin. « Marseille est une ville unique avec sa propre pulsation. C'est un port ouvert sur le monde, et on sent le vent de liberté que ça apporte, l'esprit d'aventure. C'est une ville romanesque. J'apprécie particulièrement sa population très mélangée (...), mais qui dans ce creuset ne fait qu'un. (...) J'y ai beaucoup déambulé dans ma vie. J'ai beaucoup aimé m'y perdre aussi. » Au-delà de Marseille, c'est aussi à la France qu'Ahmad Jamal souhaitait rendre hommage, pays où il revient régulièrement depuis 1963 et qui a su, par le passé, accueillir et apprécier nombre de musiciens afro-américains de jazz, comme il le soulignait au détour d'une interview pour Culturebox en 2013.

Moins d’un an après la première présentation du projet à Vienne, voilà l'album-événement qui porte le titre de la capitale provençale. Le résultat est à la hauteur des attentes. Toute la sérénité, la joie de vivre, la lumière intérieure d'un musicien sûr de son art et qui conserve son inspiration intacte, rejaillit de la première à la dernière note d'un disque long d'un peu plus de 59 minutes. Plus que jamais, Ahmad Jamal cultive sa griffe : un jeu impressionniste, minimaliste, raffiné, aux harmonies délicieusement sophistiquées, aux approches volontiers percussives, dans un dialogue permanent avec sa section rythmique, l'autre force majeure de la musique qu'il propose. Le pianiste s'est entouré des trois musiciens avec lesquels il a développé une formidable osmose : le batteur Herlin Riley, le percussionniste Manolo Badrena et le contrebassiste James Cammack.

Marseille, trois variations sur un même thème

Le thème « Marseille » est décliné en trois versions. D’abord, une version instrumentale, complètement hypnotique, somptueuse, en ouverture. Un thème nimbé de mystère, entre impressionnisme et montées vers les aigus évoquant un lointain Orient, que la batterie soutient par une entêtante, envoûtante, rythmique militaire.

L'une des trois versions du morceau "Marseille" (Jamal) présentes dans l'album éponyme, ici avec le slameur Abd Al Malik. Ahmad Jamal a écrit initialement le texte en anglais, qui a été traduit en français par la chanteuse Mina Agossi qui reprend également la chanson dans le disque.
Puis, à mi-chemin, l'ode à la cité phocéenne se décline cette fois avec le slam d’Abd Al Malik et tout un texte en français : « Marseille, je marche souvent seul dans tes rues / Et trop souvent j’y ai disparu… » Ce n’est pas le célèbre slameur qui a écrit ses lignes. C’est bien Ahmad Jamal lui-même, évoquant son expérience personnelle de la ville. Son texte en anglais a été traduit en français par Mina Agossi : la chanteuse de jazz franco-béninoise chante elle-même sa fidèle adaptation, d’une voix sereine, dans la version de clôture de l’album, avant d’enchaîner avec le texte en version originale.

Entre ces trois repères, Ahmad Jamal propose un répertoire composé de trois autres compositions et de deux reprises, dont un mémorable et étonnant « Sometimes I feel like a motherless child », fameux Negro Spiritual, ainsi que « Autumn leaves », la célèbre adaptation jazz des « Feuilles mortes ».

Ahmad Jamal - "Sometimes I Feel Like A Motherless Child" (Negro Spiritual) - 2017
Les Marseillais, qui ont beaucoup de chance, ont rendez-vous en début de semaine prochaine avec Ahmad Jamal, les 12 et 13 juin à l'Opéra de leur ville, dans le cadre du festival Marseille Jazz Festival des Cinq Continents. Un rendez-vous à ne pas manquer.

Reportage France 3 Marseille F. Renard / M. Peleran / B. Joubert


Ahmad Jamal en concert en France (invités : Abd Al Malik, Mina Agossi)
Lundi 12 juin, mardi 13 juin 2017, Opéra de Marseille (Marseille Jazz Festival)
Vendredi 30 juin, Théâtre antique de Vienne (Jazz à Vienne)
Mardi 14 novembre à Paris, Palais des Congrès