L'Académie du Jazz sacre Airelle Besson, Stéphane Kerecki et Ambrose Akinmusire

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 21/01/2015 à 15H21, publié le 20/01/2015 à 10H37
Stéphane Kerecki, lauréat touché mais heureux, auprès de François Lacharme, président de l'Académie du Jazz.

Stéphane Kerecki, lauréat touché mais heureux, auprès de François Lacharme, président de l'Académie du Jazz.

© Annie Yanbékian

Lundi soir à Paris, l'Académie du Jazz a primé les trompettistes Airelle Besson et Ambrose Akinmusire, le contrebassiste Stéphane Kerecki, la chanteuse danoise Sinne Eeg, les pianistes John Taylor et Michael Wollny, le guitariste Tchavolo Schmitt, entre autres lauréats. Une soirée ponctuée de moments d'émotion et hantée par le souvenir de Cabu, grand habitué de la cérémonie.

Cette année, deux trompettistes trentenaires, la Française Airelle Besson et l'Américain Ambrose Akinmusire, se sont partagé les récompenses les plus prestigieuses de l'Académie du Jazz, au grand foyer du Théâtre du Châtelet. Le prix Django Reinhardt pour la première, Airelle Besson, artiste très présente sur la scène jazz française depuis des années, et qui a sorti en 2014 un bel album, "Prélude" (Naïve), en duo avec le guitariste brésilien Nelson Veras. Et le Grand Prix de l'Académie pour le second, Ambrose Akinmusire, pour son splendide "The imagined savior is far easier to paint" (Blue Note / Universal). Il était déjà lauréat de la même distinction en janvier 2012.

L'hommage d'Ambrose Akinmusire à "Charlie Hebdo"
Absents de Paris, les deux artistes ont adressé des messages vidéo à l'Académie. Depuis New York, juste avant de s'envoler pour Oran, Airelle Besson a exprimé sa joie et sa surprise. Ambrose Akinmusire a, lui, envoyé une vidéo très inattendue qui a marqué les esprits. Il s'est juste filmé, tee-shirt rouge, presque de dos, jouant au piano un morceau funèbre, dissonant, renforcé parfois de son chant strident, ne se retournant vers la caméra que pour brandir régulièrement des post-it : on pouvait y lire les noms des victimes des attentats de la semaine dernière.

Stéphane Kerecki primé pour "Nouvelle Vague"
Brillant contrebassiste, compositeur et arrangeur, Stéphane Kerecki a reçu lundi soir le prix du Disque français pour son remarquable hommage aux musiques des films de la Nouvelle Vague, enregistré avec le saxophoniste Émile Parisien, le batteur Fabrice Moreau, le pianiste anglais John Taylor (lui-même primé lundi soir) et la chanteuse Jeanne Added en guest-star. Incontestablement l'un des disques de l'année. Cerise sur le gâteau pour le jazzman : son trophée lui a été remis par un Jean-Pierre Mocky très en verve, à l'humour décapant.
Stéphane Kerecki, Jean-Pierre Mocky et François Lacharme, président de l'Académie du Jazz

Stéphane Kerecki, Jean-Pierre Mocky et François Lacharme, président de l'Académie du Jazz

© Annie Yanbékian
Une voix du Danemark reçoit le prix du Jazz vocal
La talentueuse chanteuse danoise Sinne Egg a été distinguée par le prix du Jazz Vocal pour son album "Face the Music" (Stunt). À la fois compositrice et interprète, l'artiste est venue de Los Angeles (où ses aventures musicales l'ont amenée il y a six mois, et où elle devait repartir dès mardi matin) pour chanter deux titres - faisant fi du décalage horaire - et recevoir son prix, le premier qui lui soit décerné en dehors de son pays.
La chanteuse Sinne Eeg et François Lacharme

La chanteuse Sinne Eeg et François Lacharme

© Annie Yanbékian
John Taylor, Robert Cray, Tchavolo Schmitt...
Parmi les autres lauréats, figurent deux pianistes ex-aequo pour le prix du Musicien européen : l'Anglais John Taylor - qui a accompagné par le passé d'illustres musiciens comme Kenny Wheeler, Gil Evans ou Lee Konitz avant de répondre aux invitations plus récentes de Stéphane Kerecki - et l'Allemand Michael Wollny, absent de la cérémonie. Côté Blues, le Robert Cray Band (absent également) a été primé pour son disque "In my soul".
Tchavolo Schmitt très bien entouré pour recevoir son prix

Tchavolo Schmitt très bien entouré pour recevoir son prix

© Annie Yanbékian
Le prix du Jazz classique a été décerné au guitariste de jazz manouche Tchavolo Schmitt pour "Mélancolies d'un soir". Quatre remettants de choc lui ont donné son trophée : Petula Clark, Fabienne Thibeault, Sapho et Christian Morin, homme de télévision et clarinettiste.

Le jazz dit classique était aussi présent par le biais de la musique de Sidney Bechet (dont le coffret "In Switzerland" a été distingué au titre des rééditions discographiques), représentée notamment par son fils Daniel, batteur.

Un hommage jubilatoire à Cabu
Vers la fin de la cérémonie, un ami de Cabu, l'auteur Jean-François Pitet, a offert à l'Académie et ses invités un hommage inoubliable au dessinateur assassiné le 7 janvier. Un montage de dessins dédiés au jazz, ponctué d'images d'un Cabu tantôt rigolant, tantôt dansant, sur le rythme effréné de la musique de "Jumpin' Jive" de Cab Calloway, dont le caricaturiste raffolait. À la fois jubilatoire et bouleversant, ce clip a suscité une longue ovation, debout, de l'assistance. Hélas, à la demande de leurs auteurs, pas plus ce document que le message d'Ambrose Akinmusire ne seront diffusés en dehors de la cérémonie, c'est son président François Lacharme qui l'a assuré en fin de soirée.

La cérémonie avait débuté par un premier clin d'œil à Cabu, grand absent de cette soirée, qui aimait s'installer discrètement dans l'assistance pour "croquer" quelques jazzmen.

L'édition 2015 était par ailleurs dédiée à Billie Holiday, pour le centenaire de sa naissance. François Lacharme a passé un coup de téléphone au contrebassiste Michel Gaudry, l'un des derniers musiciens à avoir joué avec la chanteuse.

Le palmarès complet
Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année) : Airelle Besson

Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) : Ambrose Akinmusire « The Imagined Savior is far easier to paint » (Blue Note/Universal)

Prix du Disque français (meilleur disque enregistré par un musicien français) : Stéphane Kerecki « Nouvelle Vague » (Out Note/Harmonia Mundi)

Prix du Musicien européen (récompensé pour son œuvre ou son actualité récente) : Ex-aequo John Taylor, Michael Wollny

Prix de la meilleure réédition ou du meilleur inédit : Ex-aequo Patrick Frémeaux pour l’ensemble de ses rééditions jazz, ainsi que Sidney Bechet « In Switzerland / En Suisse » (Coffret de 4 CD United Music Foundation)

Prix du Jazz Classique : Tchavolo Schimtt « Mélancolies d'un soir » (Label Ouest)

Prix du Jazz Vocal : Sinne Eeg « Face the Music » (Stunt/UnaVoltaMusic)

Prix Soul : Mali Music « Mali is… » (ByStorm-RCA/Sony),

Prix Blues : The Robert Cray Band « In my soul » (Provogue/Wagram)

Prix du Livre de jazz : Ex-aequo Laurent Cugny « Une histoire du jazz en Frace Tome 1 : du milieu du siècle à1929 » (Outre Mesure), ainsi que Jean-Luc Katchoura with Micjèle Hyk-Farlow « Tal Farlow un accord parfait / A life in Jazz Guitar » (Paris Jazz Corner)

Les réactions
- Stéphane Kerecki : "Je suis très honoré, très content, très impressionné aussi d'avoir reçu ce prix de la main de Jean-Pierre Mocky, en face de toute cette assemblée si prestigieuse. Je suis très heureux d'avoir, d'une certaine manière, une forme de reconnaissance de la part de ces gens qui ont tant oeuvré pour cette musique."

- Sinne Eeg : "Je suis tellement surprise et honorée d'avoir un prix en France où il y a tellement de vocalistes ! J'ai déjà reçu des récompenses dans mon pays, j'en suis à mon sixième album, mais c'est la première fois que j'ai un prix en dehors du Danemark."

- Tchavolo Schmitt : "Je suis très heureux, avec tous ceux qui sont sur l'album Mélancolies d'un soir, c'est-à-dire Claudius Dupont, Samy Daussat, Marie-Christine Brambilla, et Label Ouest aussi. C'est un grand bonheur. D'être là aussi, ce soir au Châtelet, avec tous les jazzmen et François Lacharme !"

- John Taylor : "Je suis absolument ravi, heureux d'avoir reçu cette récompense. Je n'en ai absolument pas l'habitude ! Je n'en ai jamais eu auparavant, à l'exception d'un prix pour une pièce musicale à la BBC il y a environ dix ans."
John Taylor au micro de François Lacharme

John Taylor au micro de François Lacharme

© Annie Yanbékian