L'esprit de Chet Baker flotte sur Jazz à Vienne

Par @Culturebox Rédacteur en chef adjoint de Culturebox
Publié le 30/06/2016 à 15H16
Camilla Jordana et Erik Truffaz

Camilla Jordana et Erik Truffaz

© Jean-François Lixon

Ibrahim Maalouf en ouverture du festival. Un hommage à Chet Baker puis Erik Truffaz le 2e soir. Jazz à Vienne 2016 est sous le charme de la trompette. Yael Naïm, Sandra Nkaké, Camelia Jordana, Hugh Coltman, Piers Faccini José James, Airelle Besson, Stéphane Belmondo, Luca Aquino et Erik Truffaz ont rendu hier un superbe hommage à Chet Baker dans la foulée de l'album "Autour de Chet".

L'OVNI Chet Baker icône du cool jazz au destin fracassé par la drogue a marqué la planète jazz de son style et de sa personalité. 28 ans après sa mort, Clément Ducol a rassemblé un casting de rêve pour rendre hommage à cet incomparable trompettiste et chanteur.

Yael Naïm, Sandra Nkaké, Camelia Jordana, Hugh Coltman, Piers Faccini, José James, Airelle Besson, Stéphane Belmondo, Luca Aquino et Erik Truffaz mais aussi Rosemary Standley, Ibeyi et Benjamin Biolay se sont retrouvés "Autour de Chet" dans un album paru en avril. La plupart d'entre eux étaient à Vienne hier soir pour faire vivre cette belle idée sur scène.

Alors que l'orage menace mais semble hésiter à venir gâcher la fête c'est le contrebassiste Ricardo Del Fra qui a accompagné Chet sur de nombreuses scènes qui vient, avec des mots simples dire son amitié teintée d'admiration pour l'artiste. Puis en duo avec le trompettiste Stéphane Belmondo il donne le ton de cette soirée.

Soudain une voix fêlée, embrumée s'élève. C'est Chet Baker qui chantonne puis parle de Berlin, de Gillespie et de Parker. Comme en écho Sandra Nkaké fredonne Aranjuez.


Puis le concept de l'album "Autour de Chet" prend forme sur la scène avec des duos qui fonctionnent à merveille et où chacun apporte son style en le glissant dans l'esprit de Chet :  Piers Faccini et Stéphane Belmondo avec "Let's get lost", José James et Airelle Besson avec "Nature Boy".
Jose James et Airelle Besson

Jose James et Airelle Besson

© Jean-François Lixon

Camelia Jordana et Erik Truffaz entrent en scène pour "The thrill is gone" dans lequel l'ex "Nouvelle Star" révèle toute l'étendue de son talent. Elle transmet l'émotion qu'elle a ressentie en écoutant Chet Baker " sa diction, sa tendresse absolue dans la façon qu'il avait de dire les mots".

Les duos s'appuient sur un quartet composé de Bojan Z, Cyril Atef, Christophe Minck et Pierre-François Dufour augmenté pour certains titres d'un quatuor à cordes qui confère à l'ensemble une vraie légèreté.

Sandra Nkaké et Yael Naïm rejoignent Erik Truffaz pour un "Moon and Sand" interprété dans la même communion par le duo Ibeyi sur l'album.
Yael Naïm, Sandra Nkaké et Erik Truffaz

Yael Naïm, Sandra Nkaké et Erik Truffaz

© Jean-François Lixon

Hugh Coltman et Stéphane Belmondo embarquent le public dans un swing bien tempéré avant que Ricardo del Fra vienne se remémorer quelques souvenirs de concert avec Chet Baker.

Chet Baker toujours en retard, qui arrivait en demandant tout à coup de jouer un titre en clé de sol pour le plus grand stress des jeunes musiciens qui l'entouraient. Un Chet Baker qui avait un sens implacable du tempo et qui savait jouer aussi avec le silence.

Le maître de cérémonie se souvient aussi de la première fois où Chet Baker a enfin pu jouer au Japon. Il y était attendu comme un dieu et Ricardo Del Fra n'est pas prêt d'oublier ce moment où Chet a interprété là-bas "My Funny Valentine", créée par Richard Rodgers, mais qu'il avait tellement personnalisée que tout le monde pensait qu'elle était de lui.

A Vienne c'est Yael Naïm qui l'a très joliment investie avec Stéphane Belmondo
Yael Naïm et Stéphane Belmondo (JAV 2016) © Jean-François Lixon

Quand ils ont chanté, les artistes ne quittent pas la scène. ils vont simplement s'asseoir dans des fauteuils installés tout près des musiciens pour partager ces moments de grâce.

Après une reprise de "Time afterTime" par José James et Erik Truffaz, Camelia Jordana, Bojan Z et Luca Aquino vont faire courir un frisson dans le public avec "I Get Along". Luca Aquino laisse un instant sa trompette pour accompagner Camelia en sifflotant. C'est sobre, simple et d'une grande tendresse. Magnifique !
Camelia Jordana et Luca Aquino (JAV 2016) © Jean-François Lixon

Luca Aquino qui ne va pas quitter la scène pour accueillir Piers Faccini. les deux hommes vont définitivement envoûter Vienne avec "Taste Of Honey" aux sonorité orientales rendues par les mélopées subtiles et poignantes de Piers Faccini.

La voix de Chet résonne à nouveau ; il est toujours question de Berlin, de Gillespie et de Parker. Où il est, il a du apprécier le bel hommage rendu hier à Vienne par des artistes qu'il a inspirés à un moment ou à un autre.