Jazz à Vienne : Davell Crawford et Allen Toussaint, la Nouvelle-Orléans au coeur

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/06/2015 à 15H48, publié le 29/06/2015 à 15H02
Allen Toussaint à Vienne le 28 juin 2015

Allen Toussaint à Vienne le 28 juin 2015

© Jean-François Lixon

Pour sa troisième soirée Jazz à Vienne est resté sur la thématique des deux premières : la Nouvelle-Orléans. Davell Crawford a ouvert le bal avec un hommage à Fats Domino, Allen Toussaint l’a poursuivi sur un tempo très be-bop. Un spectacle de très haute qualité devant un amphithéâtre, hélas, plus qu’à moitié vide.

Dans la musique aussi, il y a un avant et un après Katrina. Depuis le début de Jazz à Vienne, la tempête dont on commémorera prochainement le triste dixième anniversaire hante les esprits et se cache dans les mots de tous les musiciens qui se sont succédés sur la scène du théâtre antique. Ce fut le cas notamment avec Dee Dee Bridgewater la veille et au Club de Minuit avec Leyla McCalla, plus tard le même soir. En plus des 1836 victimes officiellement dénombrées, Katrina a tué un peu de la joie de vivre du style musical New-Orleans.Le spectre de la catastrophe accompagne désormais et pour longtemps les musiciens de cette ville de Louisiane.
 
Allen Toussaint au piano à Vienne le 28 juin 2015

Allen Toussaint au piano à Vienne le 28 juin 2015

© Jean-François Lixon

Emigré à New York

Victime de l’ouragan, Allen Toussaint l’a été. Ou plutôt sa maison. Quand les eaux se sont retirées le 31 août 2005, il n'en restait rien. Rien de son piano, rien de tout ce qui avait fait une vie. Alors, Allen Toussaint est parti. Il compose et joue aujourd’hui à New York. Sur scène, à 77 ans, chevelure et moustache grises, tenue élégante et port respectable, il quitte peu son piano. A ce clavier, il joue une musique très colorée où se croisent rumba, be-bop et blues. Toussaint est parti mais il a emporté la Nouvelle-Orléans dans sa musique. Elle est là, au bout de ses doigts et ressurgit au détour d’un solo ou d’une mélodie qui évoque soudain les bords du Mississippi ou les rues du French Quarter au petit matin. Et on est loin bien sûr d’un style New-Orleans tel qu’on pourrait  l’attendre avec nos références habituelles et les souvenirs de Claude Luter ou Sidney Bechet. 

Légende du New-Orleans

Dans ce style qu’on pourrait qualifier de "New-New-Orleans", on imagine difficilement les parades dans les rues et la clarinette a perdu sa place prépondérante. Allen Toussaint est reconnu comme une "légende" du jazz de New Orleans, il a proposé au public viennois un concert sans fausse note mais également sans moment inoubliable, entre morceaux rythmés et ensoleillés et balades assez "crooner". Les instants les plus enlevés ont ramené le Louisianais aux confins du rock. Il faut dire qu'Allen Toussaint a été élevé à la sauce Fats Domino, l’autre enfant de Bourbon Street, un précurseur qu'il a accompagné. Né dans le Rythm’n Blues, Fats Domino a compté parmi les « inventeurs » du Rock’n Roll dans les années 50.

Davell Crawford au Théâtre Antique de Vienne

Davell Crawford au Théâtre Antique de Vienne

© Jean-François Lixon

"To Fats with love"

Si l'influence de Fats Domino planait sur le concert d'Allen Toussaint, elle était au coeur du concert d'ouverture. La soirée avait en effet commencé avec "To Fats with love ", un spectacle de Davell Crawford en hommage au maître aujourd'hui âgé de 87 ans et souffrant de la maladie d'Alzheimer. Parfois réincarnation de son modèle, d'autres fois quasi clone de Ray Charles (son père aurait accompagné le bluesman aveugle), Crawford a repris bon nombre de standards, emportant à chaque fois avec lui le public viennois. "Blueberry Hill", "When the saints go Marchin' in" comptent parmi ces reprises acclamées. 
 

Un théâtre antique à moitié plein

Cette troisième et dernière soirée viennoise imaginée autour de musiciens de la Nouvelle-Orléans s'est jouée devant un théâtre antique à moitié plein. Le public présent a pourtant passé une excellente soirée, un peu déséquilibrée cependant. La seconde partie, celle assurée par le vétéran Allen Toussain,t avait été précédée par celle, de Davell Crawford, explosive de dynamisme et de punch . Lunettes noires, gestuelle et sourire à la Ray Charles accompagnés d'un toucher de clavier très Fats Domino, il a enthousiasmé les festivaliers qui avaient eu la bonne idée de passer cette belle soirée d'été sous un soleil déclinant que l'on devait autant à Vienne qu'à la Nouvelle-Orléans.

Le festival Jazz à Vienne 2015 se poursuit jusqu'au 11 juillet.