Jazz à Vienne : Buddy Guy, Shakura S'Aida et Selwyn Birchwood referment l'édition 2016

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/07/2016 à 18H25, publié le 16/07/2016 à 17H03
Buddy Guy sur la scène du théâtre antique de Vienne le 15 juillet 2016

Buddy Guy sur la scène du théâtre antique de Vienne le 15 juillet 2016

© Jean-François Lixon

Jazz à Vienne a refermé son édition 2016 avec une très belle nuit du blues. Avant l'immense Buddy Guy, le public du théâtre antique a pu écouter Selwyn Birchwood puis Shakura S'Aida. Trois générations autour d'une même tradition, trois couleurs de blues différentes. A 80 ans, Buddy Guy a mis tout le monde d'accord en interprétant notamment son dernier album "Born To Play Guitar".

D'abord, une minute de silence

La dernière soirée de Jazz à Vienne 2016 restera dans les mémoires des amateurs de blues qui y ont assisté. D'abord parce qu'elle a failli ne pas être maintenue à la suite de l'attentat commis la veille sur la Promenade des Anglais, à Nice. L'organisation du festival viennois a décidé que la soirée se déroulerait comme prévu. Ou presque.

Car comme sur la plupart des scènes françaises ce soir-là, une minute de silence a été observée en mémoire des 84 victimes. La direction du festival, des techniciens, des bénévoles occupaient le plateau pendant ce moment de recueillement. Puis les artistes se sont succédés, d'abord le prodige de la guitare, le trentenaire Selwyn Birchwood, suivi de l'immense chanteuse canadienne née à New York Shakura S'Aida et enfin, pour refermer la soirée et le festival, un monument du blues électrique, le quasi octogénaire Buddy Guy toujours vêtu de son inévitable chemise à pois.

Buddy Guy, Vienne le 15 juillet 2016

Buddy Guy, Vienne le 15 juillet 2016

© Jean-François Lixon


Le Chicago Blues

L'année prochaine, il y aura 60 ans que George "Buddy" Guy gratte sa guitare et chante son blues. Et l'an prochain, Buddy Guy aura 80 ans. Cette extraordinaire longévité, alliée à sa personnalité, a fait de lui l'une des légendes du blues et plus précisément du Chicago blues. A ce titre, il peut d'ailleurs être considéré comme l'un des liens les plus forts entre le blues et le rock. La particularité du Chicago blues est d'avoir ajouté à la formation classique du blues du delta (guitare acoustique et harmonica plus chant) une guitare électrique, une basse, un piano, une batterie. C'est à partir de cette structure, à laquelle s'ajoutent parfois des cuivres, qu'est né le rock. Buddy Guy aura d'ailleurs l'occasion de faire des détours chez ce proche cousin du blues. Son influence ira même bien au delà puisque sa fille n'est autre que la chanteuse de rap Shawnna.

Vienne 2016, Buddy Guy au théâtre Antique

Vienne 2016, Buddy Guy au théâtre Antique

© Jean-François Lixon

Imitiation des plus grands guitaristes de blues

Interprétant à Vienne d'anciens morceaux mais aussi certains tirés de son album "Born to play guitar" paru l'an dernier, Buddy Guy n'a cessé de teinter sa musique d'un humour parfois carrément grivois mais ne manquant jamais d'autodérision. Comme à son habitude, il a passé un excellent  moment à montrer au public viennois ravi comment jouent les plus grands guitaristes de blues. John Lee Hooker, Eric Clapton (rire général dans le public), Marvin Gaye, Jimi Hendrix et B. B. King qu'il a qualifié de plus grand guitariste de blues de tous les temps.


Le chaînon manquant entre  B. B. King et Jimi Hendrix

Une démonstration qui a permis de se rendre compte que lui, Buddy Guy, est bien le chaînon manquant (qui ne manque plus) entre B. B. King et Jimi Hendrix. Ce dernier n'ayant jamais caché l'influence que "Buddy" a eu sur son style. On y repensera un peu plus tard quand, au cours de la même soirée, Buddy Guy jouera de la guitare avec les dents, dans le dos ou en en frottant les cordes avec divers objets. Le jeune homme de 79 ans a tenu la scène jusque tard dans la nuit, ne semblant jamais fatigué et rappelant que si le blues plonge ses racines dans la misère, il se chante et se joue souvent le sourire aux lèvres.

Shakura S'Aida à Vienne le 15 juillet 2016

Shakura S'Aida à Vienne le 15 juillet 2016

© Jean-François Lixon


Shakura S'Aida, grande voix du blues moderne

Shakura S'Aida et sa voix avaient précédé Buddy Guy et sa guitare sur la scène du théâtre antique de Vienne. Voilà une chanteuse comme on les aime dans le blues. Une voix qui raconte des histoires simples, des histoires d'amour contrariées, des chansons qui sentent le delta et le bourbon, la misère et le désespoir aussi. Une voix puissante de blueswoman qui appelle le boogie woogie et le gospel à la rescousse pour donner à son public une furieuse envie de bouger. Elle reprend d'ailleurs la chanson de John Baldry "Don't Try to Lay No Boogie Woogie on the (Queen) of Rock & (Soul)" en une version très dansante. 

Un show très théâtralisé

Shakura S'Aida s'inscrit dans cette longue lignée de chanteuses aussi convaincantes dans le murmure que dans le cri. Et même dans le murmure, rare il est vrai, sa voix garde une puissance incroyable. Etta James ou Big Mama Thornton, quelques noms qui peuvent appartenir au même club, et pourquoi pas d'autres noms aussi, comme ceux des "cousines" Aretha Franklin ou Tina Turner. Dans un show très théâtralisé, on se demande d'ailleurs au début du spectacle si elle n'en fait pas trop, elle apostrophe le public, s'amuse avec ses musiciens, joue des (évidents) atouts de sa féminité. Au final, elle emporte un théâtre antique définitivement conquis et ravi de découvrir une personnalité dotée d'un tel charisme. Au moment de quitter la scène, Shakura S'Aida s'adresse au public "Vous avez la chance d'être venu écouter Buddy Guy", laissez moi partir, que je puisse regagner ma place parmi vous..."

Shakura S'Aida à Jazz à Vienne le 15 juillet 2016

Shakura S'Aida à Jazz à Vienne le 15 juillet 2016

© Jean-François Lixon

La découverte Selwyn Birchwood

Juste  après la minute de silence, Selwyn Birchwood avait eu le privilège toujours redoutable d'ouvrir la soirée. Ce trentenaire venu de Floride a du interpréter ses premiers morceaux avant le coucher du soleil, celui-ci dardant ses derniers rayons dans les yeux des spectateurs. Ne bénéficiant pas du concours des jeux de lumières, les artistes de première partie doivent toujours en faire un peu plus pour s'imposer alors que le public continue à s'installer dans les gradins de pierre.  Dire que Birchwood s'en est bien sorti relève de l'euphémisme. Sa jeunesse, sa fougue, son enthousiasme mais surtout sa maîtrise de la guitare et une voix exceptionnelle ont immédiatement conquis le public.

Une grande référence

On ne pouvait rêver meilleure entrée en matière pour cette soirée blues... Trois générations qui se succèdent et montrent que ce style aujourd'hui plus que centenaire inspire toujours de grands interprètes. Selwyn Birchwood ne partage pas seulement la coiffure afro avec Jimi Hendrix, son toucher de guitare rappelle celui du prodige de Seattle disparu en 1970 dont on retrouvera l'ombre puissante trois heures plus tard avec Buddy Guy.

Plus qu'un air de Jimi Hendrix avec Selwyn Birchwood à Vienne le 15/7/2016

Plus qu'un air de Jimi Hendrix avec Selwyn Birchwood à Vienne le 15/7/2016

© Jean-François Lixon

Festival de transition

Ouvert le 28 juin avec la journée Ibrahim Maalouf, Jazz à Vienne s'est donc refermé le 15 juillet avec la voix et la guitare de Buddy Guy. Une édition qui a laissé l'impression d'un renouveau. Cette année, pas de stars monstrueuses ou de noms en vogue comme les années précédentes avec Sting ou Pharrell Williams mais beaucoup de valeurs sûres. Parmi elles, John McLaughlin, Diana Krall, Hugh Coltman, Yael Naïm ou Gregory Porter, du jazz pur comme avec Erik Truffaz ou John Scofield et Brad Meldhau, des formations qui donnent envie de danser comme Imelda May, Caravan Palace, the Amazing Keystone band,  et Pink Martini, ou encore la funk communicative de Nile Rodgers avec Chic.

Vienne a résonné du Gospel généreux de Tonya Baker et de Joyful, s'est laissé emporter par la démesure de Goran Bregovic et son orchestre des mariages et des enterrements, est tombé sous le charme du Britannique Seal. Les manouches étaient là aussi. avec le duo angelo Debarre et Marius Apostole. Le théâtre antique a fêté les 75 ans de Chick Corea. Il y eut aussi les surprises et les découvertes, comme pour beaucoup l'afro-hispanique Esperanza Spalding, l'imaginatif et surdoué de 21 ans Jacob Collier, le duo de soeurs franco-cubaines Ibeyi, le transfuge de Snarky Puppy émancipé cette année Cory Henry, l'étonnante Cécile McLorin Salvant qui mélange ses racines françaises et américaines, ou l'époustouflante chanteuse de blues-rock Beth Hart.

On retiendra la tendresse de Lisa Simone et l'évidente stature de Randy Weston. Sans oublier la All Night Jazz... avec le généreux Faada Freddy, l'ombre de James Brown avec the J.B.'s original band, l'impressionnant saxophoniste californien Kamasi Washington, et l'italo-irlandaise qui marie soul jazz et pop Robin McKelle. Sans oublier Nox.3, les lauréats du rézo focal jazz à vienne 2015, mise en orbite réussie !