Jazz à Vienne

du 29 juin au 13 juillet 2017

Jazz à Vienne 2017 : explosion de sonorités pour la dernière soirée

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/07/2017 à 14H32, publié le 17/07/2017 à 18H42
La dernière soirée de Jazz à Vienne a duré toute la nuit de jeudi. 

La dernière soirée de Jazz à Vienne a duré toute la nuit de jeudi. 

© Adrien Pittore

Le festival Jazz à Vienne s'est clôturé ce jeudi dernier avec la soirée "All Night Jazz". Une folle nuit durant laquelle se sont succédés sur un rythme effréné, têtes d'affiches, et artistes moins connus mais tout aussi virtuoses. L'édition 2017 de Jazz à Vienne, c'est fini, et en beauté.

Amaury Fay Trio, la nouvelle garde du jazz français

Loin d'être inconnu, le trio s'affirme depuis 2013 aussi bien en France que sur les scènes internationales. Finaliste du Tremplin National Jazz en Baie et finaliste du concours national de jazz de la Défense la même année, Amaury Fraye est nommé meilleur pianiste en 2015 au Berklee Jazz Performance Award aux États-Unis. L'année suivante, le trio complet est récompensé du prix du public et du second prix du jury à l'International Biberacher Jazzpreis en Allemagne, avant de gagner plusieurs tremplins musicaux en France.
Amaury Faye Trio a ouvert la "All Night Jazz"

Amaury Faye Trio a ouvert la "All Night Jazz"

© Adrien Pittore
Le répertoire du trio est constitué de compositions originales mais aussi de quelques standards arrangés aux influences jazzy. Dès le début, le trio plonge le public dans l'ambiance américaine des années cinquante avec un classique parmi les classiques, "Witchcraft" de Cy Coleman. Morceau sur lequel Frank Sinatra venait poser sa voix. Faisant la synthèse entre la scène new-yorkaise et les courants européens modernes du jazz, le trio trace sa propre voie avec virtuosité.
Avec ses compagnons Louis Navarro et Théo Lanau, Amaury Faye mêle finesse et changements de rythmes, en apportant une touche d'improvisation inimitable sur scène. La critique ne s'y trompe pas quand elle parle de ce jeune trio qui fait harmonieusement cohabiter l'héritage traditionnel du jazz  avec la force créatrice et dynamique d'Amaury Faye. 

Amaury est un pianiste et compositeur très créatif. Son travail est en permanence au sommet, très musical et intriguant. Il appartient au top niveau!

Joanne Brackeen, pianiste internationale

 

Bixiga 70 chante la resistance brésilienne

Dans un tout autre registre, le groupe Bixiga 70 tout droit venu de Sao Paulo a pris possession de la scène. Une belle bande de dix agités qui donnent tout sur scène, obligeant même les quelques sceptiques présents à se déhancher sur des sons brésiliens et africains. S'ils jouent ensemble depuis presque sept ans, ils n'ont produit que quelques albums, mais ne restent pas inactifs comme le confirme Mauricio Fleury :

On a commencé à enregistrer en studio. Ça s’est passé naturellement entre tous les musiciens. On a d’abord produit pas mal d’artistes underground de Sao Paulo. Depuis qu’on a monté ce groupe on a beaucoup tourné.

Avec ses dix musiciens, le groupe fait preuve d'un grand éclectisme musical. Entre les cuivres et les percussions, on peut entrendre de l'afro-beat nigérian, de l'ethio-jazz et du funk. Le nom du groupe lui-même repose sur cet horizon musical très ouvert. Bixiga est le nom de l'un des quartiers de Sao Paulo; 70 est le numéro de la rue où se trouve le studio d'enregistrement du groupe. Évidemment, on peut aussi y voir un clin d'œil à Fela Kuti et son groupe Africa 70.

Si le groupe génère une énergie incroyable sur scène, il n'en oublie pas son engagement politique.  Ainsi le groupe termine son show par un message à transmettre au gouvernement en place, après avoir rendu hommage à Luiz Gonzaga surnommé le "Rei do baião", une musique très populaire au Brésil, qui s'accompagne de danses folkloriques. 

Le Brésil est dans un moment de grandes tensions, avec un coup d'État en cours. Les gens souffrent avec Michel Temer. Ils ont supprimé le ministère de la culture, avant de le remettre, mais ils sont en train de le démonter de l’intérieur en supprimant des crédits. On a le sentiment qu’on est en train de perdre encore plus de droits que nos parents en ont perdu pendant la junte

Con Brio, un sextet explosif

Pour ceux qui en redemandaient, Jazz à Vienne proposait une deuxième dose de bonheur et d'énergie débordante avec le groupe Con Brio, originaire de San-Francisco. À sa tête, c'est une véritable pile électrique qui s'approprie la scène. Ziek McCarter possède une voix aux multiples facettes, de Janis Joplin lorsqu'il monte dans les aigus et fait le show, à plus de profondeur et de rondeur lorsqu'il s'attaque à James Brown. Mais ce qui retient particulièrement l'attention, c'est sa présence scénique hallucinante, son déhanché, sa course effréné dans les gradins, ses pas de danse incroyables et son superbe demi-grand écart.
Entre funk et soul, le mot d'ordre est de rendre la musique absolument positive, ouverte d'esprit et créative.  

Des messages sont plus forts que d'autres, ça dépend beaucoup de ce que je vois.

Ziek McCarter en interview avant le concert

L'aventure Con Brio débute en 2013. L'avantage d'un tel nom pour ce sextet, est qu'on peut lui donner de nombreuses significations : avec esprit, avec énergie, avec vigueur. Mais en somme, chaque membre n'est motivé que par une seule idée, celle de pousser le volume à fond. Avec sa musique, Con Brio veut faire danser les gens, les divertir. Mission accomplie, après un show ahurissant.

Guillaume Perret, l'inventeur du saxophone-électronique

Alors que les spectateurs de la "All Night Jazz" en étaient au café et aux croissants, autrement dit au petit matin, une drôle de structure prenait place sur la grande scène de Vienne. Son saxophone personnel à la main, Guillaume Perret s'installait avec sa multitude de pédales "looper" pour un show musical incomparable.
Guillaume Perret a livré un show sons et lumières incroyable.

Guillaume Perret a livré un show sons et lumières incroyable.

© Adrien Pittore
Le saxophoniste originaire d'Annecy se caractérise par un univers psychédélique. Un monde presque spatial où se révèlent ses influences funky et électro. Après s'être produit avec son groupe Electric Epic, il décline aujourd'hui son projet musical en solo. Souffleur d'exception, il est aussi un formidable architecte du son puisqu'il relie son cuivre à plusieurs pédales qui forment des boucles musicales modifiables à l'infini. 

L'idée était de me recentrer pour livrer la source de la musique, son essence même. Dans mon album "Free", le style des morceaux change mais l'esthétique reste la même.

Guillaume Perret en interview avant le concert
Il espérait faire voyager l'auditeur pour que celui-ci se fasse son propre film. Et bien c'est réussi. L'écouter, c'est partir dans une bulle futuriste, certes très électronique, mais qui incite à danser. Tout le monde s'est pris au jeu, la preuve, Guillaume Perret a pu s'offrir deux rappels au petit matin. Aucun artiste n'a eu l'occasion de faire cela durant le festival. C'était aussi lla plus belle façon de clôturer l'édition 2017 de Jazz à Vienne. 

Le bilan 2017 de Samuel Riblier et Benjamin Tanguy

14 soirées au théâtre antique réparties sur 15 jours. En 2016, on comptait 16 soirées sur 18 jours
- Une moyenne de 5150 spectateurs par soirée au théâtre antique
137 000 spectateurs sont venus aux scènes gratuites
215 000 festivaliers au total
Jazz à Vienne 2018 aura lieu de 28 juin au 13 juillet. Le festival s'est associé au festival de BD d'Angoulème. Le dessinateur Brüno réalisera l'affiche du festival 2018. Chaque année, un nouveau dessinateur crée l'affiche du festival.