Jazz à Vienne : John McLaughlin et son jazz-rock joyeux et coloré

Par @Culturebox
Mis à jour le 08/07/2016 à 16H21, publié le 08/07/2016 à 16H11
John McLaughlin et le bassiste Etienne Mbappe, Jazz à Vienne le 7 juillet 2016

John McLaughlin et le bassiste Etienne Mbappe, Jazz à Vienne le 7 juillet 2016

© Jean-François Lixon

Le guitariste John McLaughlin a joué jeudi 7 juillet 2016 sur la scène de Jazz à Vienne avec son groupe 4th Dimension. Le fondateur du Mahavishnu Orchestra, jazzman ou rocker selon les périodes de sa carrière, continue de partager ses émotions personnelles à travers la musique. Il rend également hommage, à travers des morceaux, à certains compagnons de route disparus comme Paco de Lucia.

Immense sourire

Succédant au trio John Scofield, Brad Mehldau et Mark Guiliana, John McLaughlin et les trois musiciens qui l'accompagnent ont immédiatement apporté une chaleur et un contact avec le public qui avaient manqué à la première partie de la soirée. L'osmose entre les quatre instrumentistes était flagrante, de même que le plaisir de jouer. Très souvent éclairé d'un immense sourire, le visage de John McLaughlin était là pour en attester du début à la fin du spectacle qui a duré une bonne heure et demie. 


La vie intérieure

Jazzman, rocker, illustre figure du courant jazz-rock, impliqué dans des projets avec des musiciens latinos ou indiens, cofondateur du Mahavishnu Orchestra et de Shakti, John McLaughlin a notamment joué avec Miles Davis, Jack Bruce, Jimi Hendrix, David Bowie, les Stones, Carla Bley, Billy Cobham, Jean-Luc Ponty, Zakir Hussain, Jaco Pastorius, Carlos Santana, George Benson, Paco de Lucia, Al di Meola ou encore la pianiste classique Katia Labèque (alors sa compagne). La simple énumération de ces collaborations artistiques illustre la diversité de la palette musicale à la disposition du magnifique guitariste. Cette richesse se veut le reflet de la vie intérieure de l'artiste qui a toujours tenté de partager avec son auditoire ses sensations et les images qui l'habitent. Le spectacle proposé à jazz à Vienne était traversé de toutes ces influences. 

Le bassiste Etienne Mbappe, Jazz à Vienne le 7 juillet 2016

Le bassiste Etienne Mbappe, Jazz à Vienne le 7 juillet 2016

© Jean-François Lixon

 

Avec des gants

Aux côtés de McLaughlin, le bassiste camerounais Etienne Mbappe, le batteur indien, Ranjit Barot et le claviériste/batteur britannique Garry Husband. Jouant étrangement de son instrument avec une épaisse paire de gants noirs, le bassiste a offert quelques moments d'une haute intensité, en solo, ou en "dialogue" avec la guitare de McLaughlin. Ces échanges ont permis de retrouver le son jazz-rock des années 70 et 80, grâce notamment à de longs riffs profonds soutenus par une époustouflante ligne de basse. Des vibrations de bonheur qui pénétraient au plus profond de chacun. Au sens propre comme au figuré.

 

Le batteur Ranjit Barot à Jazz à Vienne le 7 juillet 2016

Le batteur Ranjit Barot à Jazz à Vienne le 7 juillet 2016

© Jean-François Lixon

 

La partition des tablas

La présence du batteur indien originaire de Bombay Ranjit Barrot a rappelé l'immense travail que John McLaughlin a produit depuis des décennies avec des musiciens issus du sous-continent. Son complice de toujours, Zakir Hussain, n'était pas là, mais l'art de Barrot a rappelé certains concerts inoubliables de Shakti ou, plus récemment de Remember Shakti. Ranjit Barrot, tout en jouant de manière classique de sa batterie, ajoute des onomatopées à contre-temps. Cette technique très courante dans la musique indienne transcrit oralement la partition des tablas, les remplaçant ou les complétant. L'usage de ces onomatopées change instantanément la couleur de la musique, transportant le public bien loin des rives du Rhône. 
 

Garry Husband aux claviers, Jazz à Vienne le 7 juillet 2016

Garry Husband aux claviers, Jazz à Vienne le 7 juillet 2016

© Jean-François Lixon

Battle

Quand John McLaughlin a  rencontré Garry Husband il était batteur. Aussi brillant derrière ses caisses qu'aux claviers, le musicien britannique a plusieurs fois quitté son synthétiseur pour prendre les baguettes et doubler la rythmique de Ranjit Barrot. le duo s'offrant même une magnifique battle sous le regard toujours souriant et d'une extrême bienveillance de John McLaughlin. 

 

La mémoire de Paco de Lucia

Le jazz-rock de John McLaughlin a muri. En allant chercher sur d'autres continents des influences et des couleurs nouvelles, il lui a donné une sensibilité qui pouvait lui manquer lors de l'éclosion de ce style musical. Le concert de ce soir d'été à Vienne a confirmé cette "humanisation" d'un courant qui pouvait parfois paraître obscur, élitiste, en tout cas d'une approche difficile. Face au public du théâtre antique, le quatuor a offert un spectacle coloré, généreux, profond, à la fois spirituel et gai. Emouvant aussi, quand John McLaughlin a évoqué la mémoire de son ami Paco de Lucia. Il a interprété avec beaucoup de ferveur l'une des chansons écrite pour un disque qu'ils devaient enregistrer ensemble et dont le projet a été interrompu par le décès du guitariste espagnol en février 2014.
Pour quelques afficionados exigeants, il n'aura finalement manqué que le son du violon de Jean-Luc Ponty. Il aurait admirablement complété le quatuor.
Le lendemain du concert de Vienne, John McLaughlin jouait encore à Vienne, mais cette fois en Autriche.
 

John McLauglhin à Vienne, le 7Juillet 2016

John McLauglhin à Vienne, le 7Juillet 2016

© Jean-François Lixon