Europa Jazz : Roberto Negro, Émile Parisien, Michele Rabbia, l'alchimie rêvée

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 19/05/2017 à 17H01, publié le 06/05/2017 à 12H47
Roberto Negro, Émile Parisien et Michele Rabbia sur la scène de l'abbaye de l'Épau, le 5 mai 2017

Roberto Negro, Émile Parisien et Michele Rabbia sur la scène de l'abbaye de l'Épau, le 5 mai 2017

© Capture écran Oléo Films

À la tête du trio "Dadada", le pianiste Roberto Negro, entouré du saxophoniste Émile Parisien et du batteur-percussionniste Michele Rabbia, a ouvert l’avant-dernière soirée du festival Europa Jazz, vendredi à l’abbaye de l’Epau, au Mans. Proposant le répertoire d’un futur album qui sortira l'automne prochain, les trois musiciens ont livré une performance éblouissante.

Le répertoire original du projet "Dadada" de Roberto Negro, pianiste natif de Turin et installé en France, a été étrenné il y a presque un an, en juin 2016, à Rome. Depuis, il a été joué en France en de rares occasions. On espère que la future sortie du disque entraînera beaucoup de dates. Cette musique se savoure pleinement –ou se reçoit de plein fouet– dans le contexte incomparable du concert. Chaque musicien s'y transcende.

Au début de la performance de vendredi soir à l'abbaye de l'Epau, le trio instaure un climat de mystère. L'Italien Michele Rabbia se partage entre percussions et bruitages électro. Au piano, Roberto Negro alterne deux accords, posant le décor sur lequel Émile Parisien, au saxophone soprano, entre dans la danse.

Avec Parisien, il n’est pas usurpé de parler de danse. Comme à son habitude, tandis qu’il développe son discours en phase d'improvisation, c’est tout son corps qui s’exprime au diapason de son instrument. Un genou, puis toute une jambe, s’élèvent soudainement, ses yeux s’écarquillent, il est connecté. Un soir, il finira par léviter. Le lyrisme de son discours agit en contrepoids, en contrepoint, aux échos du monde urbain, futuriste, inquiétant, que Michele Rabbia dépeint avec subtilité, par touches de percussions électro, de sons sourds, d'effets aux couleurs et nuances multiples, de murmures préenregistrés, de coups d’archet sur une cymbale...
"Bagatelle" sur la scène de l'abbaye de l'♫pau

Explorations sonores

Même les morceaux aux mélodies plus lumineuses ne suffisent pas à dissiper la tension latente. D’autant que Roberto Negro s’en donne aussi à cœur joie, à coups de maillets dans les entrailles du piano, allant jusqu’à diffuser du spray autour de son instrument… Roberto Negro l’a démontré vendredi soir, il peut être très drôle, plaçant ici et là des petites phrases d’un humour pince sans rire terriblement efficace. Mais ce qui nous reste surtout en mémoire, c’est la beauté de ses thèmes, inspirés par la peinture, Miró en particulier. Ce dont on se souviendra enfin, c’est de la merveilleuse alchimie qui lie les trois musiciens. Les regards et les sourires qu’ils s’échangent témoignent d’un plaisir évident de jouer ensemble. Et forcément, cela rejaillit sur la musique.

Roberto Negro, Emile Parisien et Michele Rabbia saluent le public à la fin de leur très beau concert à l'abbaye d'Epau, dans le cadre d'Europa Jazz, au Mans (5 mai 2017)

Roberto Negro, Emile Parisien et Michele Rabbia saluent le public à la fin de leur très beau concert à l'abbaye d'Epau, dans le cadre d'Europa Jazz, au Mans (5 mai 2017)

© Annie Yanbékian / Culturebox

> Un concert à retrouver bientôt sur Culturebox avec Oléo Films
> Dernière soirée Europa Jazz à l'abbaye de l'Epau : l'ensemble du clarinettiste Louis Sclavis et le quartet du trompettiste, samedi 6 mai à 20H
> Le guitariste Marc Ribot joue en solo samedi à 17H