Europa Jazz : le clarinettiste Louis Sclavis en clôture du festival

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 19/05/2017 à 17H11, publié le 03/05/2017 à 19H28
Louis Sclavis (2015)

Louis Sclavis (2015)

© Luc Jennepin

Lancée le 9 mars au Mans, l'édition 2017 du festival Europa Jazz s'achève ce week-end avec un final haut de gamme. Le clarinettiste Louis Sclavis se produit samedi lors de la soirée de clôture, en leader d'un nouveau quintette. Il partagera l'affiche de la soirée avec le trompettiste Avishai Cohen. Pour Culturebox, Louis Sclavis revient sur la relation très particulière qui le lie à Europa Jazz.

Parmi les dernières festivités au programme d'Europa Jazz 2017, mercredi soir, deux étonnantes formations, le sextet "Traces", pétri d'une histoire douloureuse, du contrebassiste Claude Tchamitchian, et un excellent quartet formé par le batteur Daniel Humair se succèdent à l'abbaye de l'Épau. Jeudi, deux contrebassistes hors norme, Barre Phillips et Renaud Garcia-Fons, proposent un duo inédit à la Collégiale Saint-Pierre-La-Cour. Certains concerts ont lieu à la mi-journée.

Ce week-end, le guitariste américain Marc Ribot investit la Fonderie en solo. À l'abbaye de l'Épau, le pianiste Roberto Negro présente vendredi son trio "Dadada" (avec Émile Parisien et Michele Rabbia), alors que les deux illustres vétérans de la clarinette basse, Michel Portal et Louis Sclavis, jouent successivement vendredi et samedi. Une création pour le premier, puis une co-production encore très peu jouée pour le second, entouré de jeunes musiciens comme la contrebassiste Sarah Murcia et le pianiste Benjamin Moussay. Culturebox sera présent ce week-end et proposera bientôt de larges séquences live dont voici un extrait.

"Récifs" sur la scène de l'abbaye de l'Épau

Louis Sclavis : "Europa Jazz, un festival essentiel pour ma carrière"

Riche d'une carrière exceptionnelle de plus de quarante ans, Louis Sclavis est un grand fidèle du festival Europa Jazz. Il nous raconte cette relation particulière.

- Culturebox : Vous n'en êtes pas à votre première participation à Europa Jazz. Combien de fois vous y êtes-vous produit ?
- Louis Sclavis : Je n'en sais rien, vu que ma première participation au festival remonte à pas loin de trente ans...

- Pouvez-vous nous raconter votre histoire avec ce festival ?
- D'abord, c'est une relation particulière avec son directeur, Armand Meignan. Une relation de travail, de confiance et qui est devenue, au fil des années, une relation d'amitié. C'est un lieu où j'ai pu présenter pratiquement tous les nouveaux projets que j'ai réalisés. Donc c'est l'un des festivals essentiels pour ce qui concerne ma carrière.

- Qu'est-ce qui caractérise, selon vous, ce festival ?
- Avant tout, porter le nom "Europa" Jazz, ça veut dire beaucoup. C'est une revendication forte d'une appartenance à l'Europe. Et aujourd'hui, c'est on ne peut plus sensible et important de réaffirmer cela. C'est un festival qui s'est ouvert très tôt aux musiciens étrangers, européens mais pas seulement. C'est un manifeste très fort, assez remarquable de ce point de vue. Il n'y a pas beaucoup de festivals qui le reprennent. C'est aussi un festival ouvert à beaucoup de musiques différentes. Armand Meignan programme aussi bien du blues que du free jazz, des musiques extrêmement improvisées, tout ce qui compose le jazz et les musiques associées, dans un souci grand public, populaire : toutes les formes de musiques proposées durant ce festival sont présentées de façon à ce que tout le monde puisse y accéder.

- Vous souvenez-vous de moments particulièrement marquants pour vous, dans les éditions précédentes ?
- Dans la mesure où mes souvenirs sont tous liés à des projets musicaux particuliers, il m'est difficile d'y établir une hiérarchie. J'ai le souvenir de concerts avec Henri Texier (ndlr : célèbre contrebassiste), d'une soirée consacrée à Guy Le Querrec (ndlr : photographe de l'agence Magnum qui a beaucoup photographié le monde du jazz), de concerts avec des musiciens américains... Je n'ai pas seulement présenté mes projets. J'ai aussi participé, évidemment, à des créations d'autres musciens. Je me souviens d'un projet autour de la clarinette, avec beaucoup d'amis clarinettistes...

- Parlez-nous du projet que vous présentez cette année au Mans.
- Tout d'abord, chaque année, avant le festival, une tournée est organisée, le Régional Tour. Cette année, on a pu faire cette tournée en trio avec Dominique Pifarély [ndlr : violoniste] et Vincent Courtois [violoncelliste]. C'est formidable d'avoir une dizaine, une quinzaine de concerts de suite avec le même projet, dans la même région. Samedi soir, je viens présenter un nouveau projet coproduit par le festival Jazzdor à Strasbourg et l'Europa Jazz. Il s'agit d'un quintette que j'ai monté, et pour lequel j'ai composé une musique spéciale. Je n'avais encore jamais joué avec certains musiciens de ce groupe. Donc la musique et l'effectif sont nouveaux. Nous avons eu quelques occasions de présenter ce projet sur scène, mais jamais au Mans, et encore très peu en France jusque-là.

- Un album a-t-il déjà été enregistré ?
- Non, c'est trop récent. Mais les musiques que je propose sont surtout faites pour la scène. J'ai toujours donné la priorité aux concerts plutôt qu'aux disques.

Louis Sclavis ensemble "Loin dans les terres" en concert à Europa Jazz
Samedi 6 mai 2017, 20H
Abbaye de l'Épau
Route de Changé
72530 Yvré-l'Évêque

Avec Louis Sclavis (clarinettes), Dominique Pifarély (violon), Benjamin Moussay (piano), Sarah Murcia (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie)
"Loin dans les terres" a été joué au Triton, aux Lilas, en septembre 2016.

En 2e partie de soirée : Avishai Cohen quartet
Avec Avishai Cohen (trompette), Yonathan Avishai (piano), Barak Mori (contrebasse), Nasheet Waits (batterie)