E.S.T. : «301», un album d'inédits pour se souvenir d'Esbjörn Svensson

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 04/04/2012 à 19H18
Magnus Öström, Esbjörn Svensson et Dan Berglund : le trio E.S.T.

Magnus Öström, Esbjörn Svensson et Dan Berglund : le trio E.S.T.

© ACT / Jörg Grosse-Geldermann

Près de quatre ans après la disparition tragique de son fondateur et leader, l'Esbjörn Svensson Trio (E.S.T.), groupe star du jazz européen, se rappelle à notre -nostalgique- souvenir. Un album contenant des morceaux inédits vient de sortir chez le label ACT. Une heure d’improvisations -divisée en sept plages- issues de sessions réalisées en 2007 en marge d’une tournée en Australie.

Le trio E.S.T., c’est d’abord une quinzaine d’albums sortis entre 1993 et aujourd’hui, dont trois «live» et un best-of, et quelques collaborations (avec le guitariste Pat Metheny entre autres). C’est surtout un son novateur, ouvert à l’électronique, un univers introspectif et une esthétique raffinée. En quelques années, le trio suédois a su séduire un large public à travers l’Europe, dépassant le strict cadre des amateurs de jazz.

E.S.T. - "301" (2012)

E.S.T. - "301" (2012)

© ACT

Un groupe de jazz suédois au rayonnement international
Le trio a été fondé en 1990 par le pianiste Esbjörn Svensson et le batteur Magnus Öström, un ami d’enfance, rejoints en 1993 par le contrebassiste Dan Berglund.

Le groupe a accédé à une renommée internationale en 2002 avec son cinquième album studio, «Strange Place for Snow». Des disques mémorables ont suivi. D’abord «Seven Days of Falling» en 2003, dont le lyrisme et l’intensité dramatique ont valu au trio de figurer à la fois dans les charts jazz et pop. Ensuite, un éblouissant «Live in Hamburg» en 2007. Enfin, «Leucocyte», un album à la mélancolie  d’autant plus palpable qu’il est sorti à titre posthume, en septembre 2008, trois mois après la disparition accidentelle d’Esbjörn Svensson. Le pianiste suédois s’est noyé le 14 juin 2008 en pratiquant la plongée sous-marine dans la baie de Stockholm. Il avait 44 ans. Quelques semaines plus tard, le trio suédois aurait dû partir à la conquête de l’Amérique.
 

"Seven Days of Falling" (2003), extrait de l'album éponyme, en live à Burghausen (Allemagne) en mai 2004

 

Des sessions australiennes
L’album posthume «Leucocyte» avait été enregistré à Sydney. Au début de l’année 2007, profitant d’une pause dans leur tournée australienne, Esbjörn Svensson, Magnus Öström et Dan Berglund donnaient libre cours à l’improvisation, deux jours durant, au studio 301. Neuf heures d’enregistrement au total. Il en est sorti «Leucocyte», puis, quatre ans plus tard, «301», clin d’œil au nom du studio de Sydney.

En novembre 2011, les deux survivants du trio, Magnus Öström et Dan Berglund, se sont retrouvés avec l’ingénieur du son du groupe, Ake Linton, pour se replonger dans les sessions de Sydney. Il en est sorti cet album, émouvant et profond, qui n’a rien à voir avec un empilement de prises de seconde classe exhumées des tiroirs. « Cet enregistrement vous fait découvrir l’histoire du trio, de l’acoustique à l’électronique. C’est un tableau qui dépeint l’âme et le parcours d’E.S.T.», estime le batteur Magnus Öström dans l’édition d’avril du mensuel So Jazz.

Qu’adviendra-t-il des sept heures restantes des sessions de Sydney ? «J’aurais tendance à dire qu’il n’y aura pas de suite mais on ne sait jamais, si l’on considère qu’il y a encore de la matière de qualité», ajoute Magnus Öström dans So Jazz. «Il est hors de question de sortir de nouveaux albums uniquement pour se remplir les poches. Je trouve cela horrible.»

"Behind the Stars", extrait de "301" (2012)


L’album "301"
D’emblée, le disque s’ouvre sur une touche de mélancolie, un morceau de piano entamé en solo, «Behind the Stars» (derrière les étoiles…), le fameux toucher d’Esbjörn Svensson… Comment oublier, en les découvrant, que ces bandes nous racontent un temps révolu, une vie envolée trop vite ? Les sept improvisations du disque offrent de multiples alternances de rythmes et d’atmosphères. Elles vont du morceau de trois minutes et demi, comme «Houston, the 5th», curiosité cosmique illustrant le lien décomplexé entre E.S.T. et l’électro, aux fresques dépassant les treize minutes. On pense au jazz classique et léger de «The Left Lane», ou à celui, plus psychédélique, de «Three Falling Free Part II»… A l’issue du crescendo haletant de ce morceau, cet album somptueux s’achève sur «The Childhood Dream», une ballade sobre et tendre qui sonne comme un adieu, apaisé, à Esbjörn Svensson.

"301", E.S.T. Esbjörn Svensson Trio, album sorti le 3 avril 2012 chez ACT

"The Childhood Dream", extrait de "301" (2012)

"Elevation of Love", extrait de l'album "Seven Days of Falling" (2003), en live à Burghausen (Allemagne) en mai 2004

"What Though The Way May Be Long", extrait de l'album "Viaticum" (2005)