Eliane Elias, une soirée samba, bossa et jazz à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 10/11/2011 à 13H14
Eliane Elias

Eliane Elias

© Bob Wolfenson

Sur la scène du Théâtre du Châtelet, la célèbre pianiste et chanteuse brésilienne présente son nouvel album "Light my Fire", qui rassemble des reprises de grands succès internationaux et des chansons originales, et auquel son compatriote Gilberto Gil a participé. Nous l'avons rencontrée (voir plus bas).

Eliane Elias, native de São Paulo, installée à New York en 1981, navigue entre jazz et musique brésilienne depuis près de trente ans. Pianiste classique de formation, elle pose une voix suave et claire, sans emphase, sur les chansons qu'elle compose ou revisite, et qu’elle agrémente d'improvisations aux claviers.

Admiratrice de João Gilberto, l'un des trois pères de la bossa nova, Eliane Elias a fait ses premières armes à 17 ans, avec un autre cofondateur mythique de ce style musical né à Rio, Vinicius de Moraes (1913-1980). Elle a accompagné durant trois ans le célèbre diplomate, poète et parolier de la bossa, ainsi que son complice guitariste Toquinho. Ensuite, elle a quitté le Brésil pour New York.

En pas moins de 23 albums (et quelques best of et CD live), elle s'est forgé un style jazzy élégant et raffiné, métissé avec les rythmes et la sensualité de son pays d'origine. Eliane Elias a repris des chansons d'artistes non brésiliens comme Bob Marley («Jammin'») ou Tito Puente («Oye Como Va»). Elle a rendu hommage au troisième cofondateur -et compositeur- de la bossa nova, Tom Jobim (1927-1994), dans deux disques en 1990 et 1998. En 2004, l'album «Dreamer» d'Eliane Elias a connu un grand succès.

Eliane Elias

Eliane Elias

© Bob Wolfenson

Des reprises des Doors, de Stevie Wonder, Gilberto Gil, Dorival Caymmi...
Dans son dernier album «Light my fire», Eliane Elias propose un dosage entre rythmes brésiliens variés -de la bossa à la samba- et ambiances romantiques sur des titres venus de la pop et du jazz. La chanson-titre du disque est une reprise sensuelle, au tempo ralenti, du tube des Doors. La musicienne reprend en outre «My chérie Amour» de Stevie Wonder et en propose aussi une version française. Autre standard américain, de jazz cette fois, l'intemporel «Take five» que le saxophoniste Paul Desmond avait signé pour le Dave Brubeck Quartet.

Les moments les plus vivifiants et ensoleillés du disque sont 100% brésiliens, avec des échos certains de Bahia. La pianiste chanteuse a fait appel à un invité prestigieux : Gilberto Gil, célèbre chanteur bahianais et ancien ministre de la Culture de l'ex-président Lula. Ils chantent ensemble sur trois titres, dont deux reprises de grands succès de Gil, «Toda menina baiana» et «Aquele abraço». Eliane Elias reprend aussi «Bananeira», tube brésilien co-écrit par Gilberto Gil et le pianiste João Donato, et le splendide «Rosa Morena» de Dorival Caymmi (1914-2008), un autre artiste bahianais vénéré au Brésil.

Par ailleurs, Eliane Elias signe ou co-signe quatre titres de l’album, dont «What about the heart (bate bate)», pour lequel elle a écrit paroles et musiques. Cette très jolie chanson en portugais a décroché une nomination aux Latin Grammy Awards dans la catégorie «meilleure chanson brésilienne».

Pour son récital samedi soir au Châtelet, Eliane Elias a invité le grand harmoniciste belge Toots Thielemans, 89 ans. Le rêve serait de voir y surgir une autre guest star, Gilberto Gil, qui vient fréquemment en France et qui s'était produit sur cette même scène en avril dernier. On ne sait jamais.
 

Une vidéo de présentation de l'album "Light my fire"

 

RENCONTRE AVEC ELIANE ELIAS________________________________
La pianiste chanteuse nous a accordé une interview le 7 octobre à Paris, du côté de la place de la République... Un brin diva -assumée- dans ses attitudes, la musicienne n'en est pas moins posée, souriante et attentionnée. Quand elle parle, vous reconnaissez d'emblée le timbre chantant qui vous charme sur ses disques...

- Votre nouvel album débute avec «Rosa Morena» de Dorival Caymmi. Pourquoi commencer avec une reprise, plutôt qu’une de vos propres chansons ?
- Quand je réfléchis à un enchaînement de morceaux, le plus important n’est pas de savoir s’il s’agit de ma chanson ou de celle d’un d’autre. J'aime concevoir une suite qui soit fluide, plaisante et captivante du début à la fin pour l'auditeur. L’arrangement de «Rosa Morena» préfigure le reste de l’album. Quand la chanson commence, il y a un peu de percussions, le piano surgit, puis s’éclipse, puis surviennent la voix, la guitare, puis la basse, la batterie, et à nouveau le piano... Le disque a une forme d’architecture musicale. Tous les musiciens ne jouent pas sur tous les morceaux. Mais les instruments vont et viennent. «Rosa Morena» pourrait être une bonne introduction. En plus, j’adore Dorival Caymmi. Et j’adore Bahia, d'où il était originaire, et où je me rends très souvent.

- Comment Gilberto Gil s'est-il retrouvé associé à ce nouveau disque ?
- J’avais déjà travaillé avec lui mais nous n’avions jamais enregistré ensemble. L'idée m'est venue alors que j’allais enregistrer «Samba Maracatù (Turn to me)», une chanson que j’ai écrite il y a des années avec Gonzaguinha. J’étais en train d'en faire les arrangements. J’ai pensé qu’une voix masculine serait un plus sur ce morceau. J’ai pensé à Gilberto Gil et je l’ai appelé. Il a répondu: «Oui, je veux le faire !» A ce moment, je ne savais pas que le père de Gonzaguinha représentait la plus importante influence musicale pour Gilberto Gil ! Nous nous sommes retrouvés en studio à New York et nous avons enregistré la chanson. C'était si enthousiasmant que nous avons cherché d’autres chansons à faire ensemble. C’est ainsi que nous avons chanté « Aquele abraço » et « Toda menina bahiana » que nous adorons.

- Comment choisissez-vous les chansons dont vous allez faire une reprise ?
- Je n’ai pas de préjugé, qu’il s’agisse de chansons rock, pop, jazz ou brésiliennes. Pour moi, il faut que ce soit une bonne chanson, qui ait une mélodie, ainsi qu'une histoire, qui me touchent. Les paroles comptent beaucoup, parce que cette histoire, je devrai vous la raconter. Je voyage beaucoup, et où que j'aille, je prends toujours des notes. Parfois j’entends quelque chose qui me plaît. Je le mets sur ma liste. Des années peuvent passer avant que j’utilise la chanson. Je possède de longues listes, vous savez !

- Parlons des chansons que vous composez. Avez-vous une méthode particulière pour les écrire ?
- La plupart du temps, la musique et les paroles me viennent en même temps, lors de moments de grande inspiration. C'était le cas pour «What about the heart (Bate bate)». J'avais pris trois jours de congés que j'ai passés dans ma maison de campagne. Le premier matin, je me suis levée, préparée, assise au piano et la chanson est venue d'un coup. L'inspiration peut surgir à n'importe quel moment. Sur la reprise de «Light my fire», il y a une toute nouvelle partie que je joue en concert. Elle m'est venue en tête alors que je somnolais dans un avion ! Pour «Made in Moonlight», je me trouvais au Brésil, chez ma mère. Il y avait plein d'enfants, des nièces, des neveux, mon frère, une femme de ménage, ils étaient très bruyants. D'un seul coup, j'ai dit : «Tout le monde dehors ! J’ai besoin d’être seule, s’il vous plaît !» Je me suis assise au piano, j’ai regardé par la fenêtre et la chanson est venue. Quant à ma famille, elle a réagi avec philosophie... Ils me connaissent bien ! (rires)

- Vos textes vous viennent-ils d'abord en portugais, ou bien en anglais ?
Vous savez, après avoir passé tant d’années aux Etats-Unis, les deux langues me viennent aussi facilement l’une que l’autre. Il y a certaines chansons que j'écris directement en anglais. C'était le cas de «Made in Moonlight». Mais le portugais, ma langue naturelle, est plus riche. Quand vous voulez écrire des paroles, le portugais offre plus de possibilités que l'anglais. Il a plus de couleurs… C’est une langue très romantique.

Propos recueillis par A.Y.
 

Eliane Elias en concert, samedi 12 novembre, 20H
Invité spécial : Toots Thielemans, harmonica
Théâtre du Châtelet
1, place du Châtelet, Paris 1er
Renseignements et réservations : 01 40 28 28 40

“Light my fire”, sorti chez Concord Jazz (Universal) le 17 octobre 2011
Eliane Elias : chant et piano
Oscar Castro Neves : guitare
Romero Lubambo : guitare
Ross Traut : guitare
Marc Johnson : basse
Paulo Braga : batterie
Rafael Barata : batterie
Marivaldo dos Santos : percussions
Lawrence Feldman : flûte
Amanda Brecker (fille d'Eliane Elias) : choeurs sur « Toda menina baiana »
 

Une interview d'Eliane Elias par l'AFP

 

"Baubles, bangles and beads" (Borodine / Wright / Forrest), extrait de l'album "Dreamer" (2004)