Édouard Bineau sort un album "Bluezz" avec Jean-Jacques Milteau

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 02/11/2014 à 22H33, publié le 30/10/2014 à 19H34
Édouard Bineau à Bamako (2014)

Édouard Bineau à Bamako (2014)

© Gildas Boclé

En 2013, le pianiste Édouard Bineau a été invité à rejoindre le groupe de l’harmoniciste Jean-Jacques Milteau, Bluezz Gang. Pour son nouvel album, il lui a renvoyé l’invitation et a convié aussi le chanteur Michael Robinson. Le disque s’appelle simplement "Bluezz", entre jazz, blues, musique instrumentale et chant. Bel album et beau casting à découvrir samedi soir à Paris, au New Morning.

Deux ans et demi après un disque malicieusement intitulé "Sex Toy", enregistré avec son quintet Wared (son prénom en verlan), Édouard Bineau est de retour. Il renoue avec sa passion première, le blues. Le pianiste étant aussi harmoniciste, il invite Jean-Jacques Milteau, référence en France sur cet instrument, sur trois titres dont un arrangement d’un classique, "St James Infirmary".

Édouard Bineau a composé tout le reste de l’album à l’exception d’un "Blues pour Marthe" signé par ses vieux complices Daniel Erdmann (saxophone) et Sébastien Texier (saxophone-clarinettte). Pour les trois titres chantés, les textes ont été écrits par leur interprète, Michael Robinson, qu’Édouard Bineau a connu dans le Bluezz Gang de Jean-Jacques Milteau. L’occasion de redécouvrir un excellent morceau du pianiste, "Rootless" (2010), au travers de paroles en anglais et du timbre cristallin du chanteur.
Extraits de l'album "Bluezz" d'Édouard Bineau, sorti le 20 octobre 2014 (Socadisc / Derry Dol Records)
- Culturebox : Comment le projet "Bluezz" est-il né ?
- Édouard Bineau : J’y pensais depuis environ deux ans. Ces dernières années, j’étais un peu sorti du blues. J'avais commencé à imaginer quelque chose autour de Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette, ndlr) et Daniel Erdmann (saxophones ténor et soprano). L’idée de base était de faire un disque sans rythmique, donc sans basse ni batterie. C’est le cas sur l’album à l’exception d’un morceau. Comme j'ai pas mal tourné avec Sébastien et Daniel et qu’il y a une vraie complicité entre eux, j’ai eu envie de les retrouver dans l'ambiance un peu intime du piano et du chant. Ça ouvrait sur un autre univers.

- Comment Jean-Jacques Milteau et Michael Robinson se sont-ils retrouvés dans votre disque ?
- Il y a deux ans et demi, Jean-Jacques m'a invité à le rejoindre sur un de ses projets, le Bluezz Gang, auquel participe Michael Robinson, ainsi que Gildas Boclé (contrebassiste, l’un des camarades de route d’Édouard Bineau, ndlr). "Bluezz" est né d’un concours de circonstances. Je pensais faire un disque autour du blues et voilà que je rencontre Jean-Jacques, qui est mon idole, même si je n’aime pas trop ce mot. Il m’est apparu évident qu'il devait faire partie du projet. C'est un personnage important en France et en Europe dans le blues.

- On l’entend donc sur trois morceaux.
- J'ai écrit l’arrangement de "St James Infirmary" pour lui. Et j’ai composé le titre "I miss you", ainsi que "Pêcheurs de sable" où on joue tous les deux de l’harmonica. Ce morceau, tout comme "Bamako Blues", où je joue seul de l’harmonica, fait référence à un voyage que nous avons fait au Mali pour des concerts. Je les ai écrits à mon retour.
L'harmonica de Jean-Jacques Milteau sur "St James Infirmary" (traditionnel)
- Je crois savoir que vous admirez Jean-Jacques Milteau depuis très longtemps.
- C'est quelqu'un que j'écoutais quand j'ai commencé la musique, vers 14-15 ans. J’écoutais ses disques, je repiquais... YouTube n’existait pas à l’époque ! L'harmonica, c'est l’un des premiers instruments que j'ai joué sur scène. À l’époque, je suis allé le voir en concert. Un an avant qu’il m’appelle, je l’avais encore revu sur scène...

- Cela a dû vous faire bizarre de recevoir un coup de téléphone de sa part !
- Au début, je pensais que c'était une blague ! Quand je lui ai proposé plus tard de faire partie de mon projet, il a accepté tout de suite. L’enregistrement s'est passé de façon très naturelle, très simple. En une prise, tout était fait. Il est très sympa, très professionnel. Et il fait ce qu'il dit. Ce n'est pas toujours le cas dans ce métier.
Jean-Jacques Milteau, Édouard Bineau et Michael Robinson

Jean-Jacques Milteau, Édouard Bineau et Michael Robinson

© Fabien Ferreri
- Qu’avez-vous ressenti la première fois que vous vous êtes retrouvé sur scène avec lui ?
- C'était chouette, sympa. J'ai adoré ! À la fois impressionnant et très amusant, très agréable. J'adore cette musique, j'adore ce qu'il fait, c'est pour des moments comme ça qu'on fait ce métier.

- "Bluezz" vous donne aussi l’occasion de mettre de la voix dans votre musique, grâce à Michael Robinson.
- Dans le blues, il y a traditionnellement pas mal de chant. Or je n’avais jamais écrit de chanson. Pendant que je réfléchissais à mon projet et que je tournais avec le Bluezz Gang, j’ai soumis des morceaux à Michael Robinson et je lui ai demandé si ça l’intéressait de les chanter et de mettre un texte dessus. J’avais aussi envie de poser des paroles sur "Rootless", un morceau qui collait bien au projet et que j'avais envie d'entendre autrement.
Édouard Bineau (piano, harmonica) et Michael Robinson (voix) interprètent "Deep in the night" (Bineau / Robinson) - 2014
- Parlez-moi du "Blues pour Marthe", ce morceau cosigné par Daniel Erdmann et Sébastien Texier...
- C'est un morceau totalement improvisé, dédié à quelqu’un de la famille de Daniel. Je leur ai donné carte blanche sur une piste, ils ont joué en direct, sans se préparer. Ils ont fait deux ou trois prises.

- Vous êtes un formidable mélodiste. La composition est-elle un processus facile pour vous ?
- Si je dis oui, ça va paraître prétentieux, mais c'est pourtant vrai. Cela dit, c'est variable, il y a des mélodies que vous faites en moins d'une demi-heure, et d'autres qui ne vous plaisent pas, que vous retouchez… Mais globalement, c'est assez facile. Il y a d'autres trucs que je trouve plus compliqués dans la musique.

- Quoi, par exemple ?
- L'instrument, puisque j'ai commencé le piano tard, et avec lequel je lutte souvent. Je ne suis pas un virtuose, je n'ai pas de facilités avec l'instrument, il faut que je bosse beaucoup.

- Comment composez-vous ?
- En travaillant le piano, en écoutant des choses, en furetant comme un chimiste avec ses fioles ! Parfois, c’est juste une deadline, on se dit : "J'ai envie de faire un projet, j'ai zéro morceau. Ce soir, je commence à écrire." Je compose essentiellement avec l'instrument. Je peux commencer par une ligne de basse, ou penser à la voix, à une grille d'accords, une mélodie, je n'ai pas de règle. Pour moi, un morceau, c'est au moins une idée, il ne faut pas qu'il y en ait plusieurs. Ça peut être une idée rythmique, esthétique, mélodique, qu’il faudra développer. J'aime de plus en plus les choses simples. Il m'arrive de partir sur une mélodie, même improvisée, puis d'essayer de la figer. Ensuite j'élague, j'enlève des notes, tout ce qui me semble inutile, comme quelqu'un qui taillerait une haie, j'essaye d'éviter qu'il y ait la note de trop. Afin qu'il ne reste que l'essentiel.

(Propos recueillis par A.Y. le 28 octobre 2014)

Concert de sortie de l'album "Bluezz" à Paris
Samedi 1er novembre 2014, 20H30, au New Morning
Rencontre du projet "Bluezz" et du Bluezz Gang

Édouard Bineau : piano, harmonica
Jean-Jacques Milteau : harmonica
Sébastien Texier : clarinette, saxophone
Daniel Erdmann : saxophones
Michael Robinson : voix
Gildas Boclé : contrebasse
Simon Bernier : batterie

> Tout l'agenda d'Édouard Bineau ici
> Le Bluezz Gang se produira le 23 novembre 2014 à L'Isle Adam dans le cadre du festival Jazz au Fil de l'Oise