Automatic City : "Bongoes & Tremoloes", un deuxième album au blues rugueux, hypnotique et expérimental

Par @Culturebox
Mis à jour le 22/09/2017 à 10H22, publié le 04/09/2017 à 14H53
Le quatuor Automatic City en concert

Le quatuor Automatic City en concert

© Renaud Allouche

Avec son deuxième album "Bongoes & Tremoloes", Automatic City poursuit son retour aux racines du blues entamé sur le premier opus "On batch of the blues". Un blues primal, brut de décoffrage, mais qui explore à la fois du côté africain et aux limites de la musique expérimentale. Un cocktail surprenant savamment concocté par ce quatuor lyonnais qui se produit dans sa région ce jeudi 7 septembre.

Le blues est une musique multiple. Il remonte aux racines africaines, apporté en Amérique par la traite des esclaves, transcendé par le Negro Spiritual dans les champs de coton, véhiculé par les vagabonds du "south delta" tels Robert Johnson ou Son House, urbanisé dans les villes du nord, entre autres par Muddy Waters, "jazzifié" par des personnes comme le roi B.B. King, et enfin "blanchisé" par toute la vague du british blues boom des années 60 avec les Rolling Stones, Yardbirds, Animals et consorts.
La reprise de "Crawfish". Morceau figurant à l'origine dans le film "King Creole" (1958) et qui fût pour Joe Strummer, son morceau préféré d'Elvis
A mi-chemin entre le blues acoustique du Mississipi (Bukka White, Fred McDowell, Blind Blake...) et celui électrifié de Chicago (Muddy Waters, Buddy Guy, Howlin' Wolf...), on trouve à Detroit celui de John Lee Hooker, qui emprunte la structure rudimentaire du premier et l'amplification du second. S'il fallait trouver une influence flagrante au groupe lyonnais Automatic City, ce serait bien celle-là : des morceaux qui tournent souvent sur un seul accord, une voix qui scande plus qu'elle ne chante, un rythme lancinant et hypnotique, un mélange de brutalité sauvage et d'ambiance envôutante.
Extrait de "Satisfied"

Des influences multiples, de l'Afrique à la Louisiane

Il s'agit effectivement d'envoûtement, car aux habituelles guitares électriques ou acoustiques et contrebasse viennent s'ajouter des percussions tribales, des rythmes caribéens, et les inspirations empruntent à la tradition vaudou. Plusieurs morceaux, essentiellement instrumentaux, semblent provenir d'un rituel de magie, dans une ambiance inquiétante et attirante à la fois. On pense au bayou, à l'atmosphère moite et mystérieuse du sud de la Nouvelle-Orléans, à un clair de lune à la Havane...
Extrait de "Moonshine twang"
L'instrumentation exotique apporte une véritable authenticité : que ce soit la Sanza (piano à pouces), ou le sitar électrique comme par exemple sur "I wish you would".
Extrait de "I wish you would"

Un mélange "modern & roots"

Mais le groupe formé à Lyon ne se contente pas de reprendre des recettes maintes fois éculées. S'il remonte aux origines du blues électrique et de plusieurs musiques ethniques, c'est aussi pour les moderniser avec une approche expérimentale. Aux riffs primaires s'ajoutent des instruments électroniques (certes pas tout neufs) comme le Stylophone, le Thérémine ou la boîte à rythme "Ace Tone", notamment utilisée par J.J. Cale ou Sly Stone.
Extrait de "More space out in the sticks"
Le Thérémine, instrument électronique produisant des ondes sonores, est bien connu des fans de Led Zeppelin. En effet, Jimmy Page l'a utilisé notamment sur Whole lotta love. Ces différents effets sonores apportent une couleur fantastique à la musique d'Automatic City. Une façon de rappeler la transcendance du blues et sa dimension quasi-mystique, à travers les légendes vaudou ou sataniques qui l'ont souvent accompagné.
Extrait du morceau-titre "Bongoes & Tremoloes"

Un groupe à voir sur scène

Le quatuor est composé de Eric Duperray (connu sous le nom de Mr Dray) au chant et à la guitare, Emmanuel Mercier à la guitare, au thérémine et au stylophone, Raphaël Vallade à la contrebasse, et enfin le percussioniste brésilien Zaza Desiderio, bien connu dans le milieu du jazz. L'album, sorti fin mai, a été enregistré en seulement deux jours, et on sent bien cette atmosphère live. Il faut absolument les voir sur scène pour ressentir la magie et l'ambiance si particulière de ces enregistrements.
"Going down south" qui figure sur l'album. Ici en concert à Feyzin le 28 septembre 2016
Ce jeudi 7 septembre, Automatic démarre la nouvelle saison de l'émission radio Blues cafe à L'Isle d'Abeau (38). Les autres dates sont consultables ici. Vous pouvez retrouver plus d'infos sur leur site officiel ou leur page Facebook, et découvrir leur musique sur leur chaine YouTube.
La pochette de l'album

La pochette de l'album