Décès de Ward Swingle, le musicien qui faisait swinguer Bach

Par @Culturebox
Publié le 22/01/2015 à 18H29
Ward Swingle (à gauche) et les Swingle Singers

Ward Swingle (à gauche) et les Swingle Singers

© capture YouTube

Le musicien américain Ward Swingle, membre des Double Six et fondateur des Swingle Singers, ensemble vocal qui mêlait le scat du jazz à la musique de Jean-Sébastien Bach, est décédé lundi à Eastbourne, en Angleterre, à l'âge de 87 ans.

Né en 1927 à Mobile, dans l'Alabama, Ward Swingle a étudié la musique, notamment le jazz, et appris la clarinette et le piano aux Etats-Unis. Il joue dans des big bands avant de s'installer en France au début des années 1950 avec sa femme la violoniste française Françoise Demorest. Il gagne sa vie comme pianiste répétiteur des danseurs de Roland Petit. A Paris, il rencontre Michel Legrand et sa sœur, la chanteuse Christiane Legrand, qui le fait entrer dans les Blue Stars, le groupe vocal de Blossom Dearie, qui vit elle aussi à l'époque dans la capitale française.
 
A la fin de la décennie et au début des années 1960, il est un des membres des célèbres Double Six qui adapte pour les voix des standards de jazz instrumental.
Les Swingle Singers, J-S Bach, Partita n°2, Sinfonia, 1969
 
Après les Double Six, les Swingle Singers
 
Puis c'est la musique classique que Ward Swingle va adapter au jazz, la faisant balancer et y introduisant également le scat : il fonde en 1962 les Swingle Singers, un octuor vocal, avec d'autres chanteurs des Double Six, dont Christiane Legrand. Ils chantent d'abord Jean-Sebastien Bach et enregistrent "Jazz Sebastien Bach", un album qui connaît un triomphe aux Etats-Unis et reçoit deux Grammy (récompenses pour les meilleures musiques aux Etats-Unis) en 1963.
 
"La raison pour laquelle nous swinguons, c'est en partie Bach lui-même, et en partie la formation des chanteurs. Ils ont tous une expérience classique et une expérience dans le jazz", expliquait Swingle au New York Times en 1964. "Ce serait de mauvais goût de faire swinguer certaines pièces", soulignait-il. "De Bach, nous n'avons pas retenu les œuvres vocales, pour la plupart religieuses. Et certaines de ses fugues lentes et majestueuses ont une certaine gravité qui ne collerait pas avec notre style."
Les Swingle Singers, Prélude et fugue n°1 du "Clavecin bien tempéré" de Bach, 1963
 
En 1973, Swingle monte un nouveau groupe en Angleterre 
 
Ce sont ensuite d'autres compositeurs, Mozart, Vivaldi, Beethoven, Chopin, Schubert ou Schumann qui sont adaptés. Luciano Berio a inclus les Swingle Singers dans sa composition "Sinfonia".
 
Les Français des Swingle Singers se séparent en 1973 et Ward Swingle contine en Angleterre, avec un nouveau groupe qui prendra successivement les noms de Swingle II, New Swingle Singers et the Swingles. Le groupe a continué sa carrière après que son fondateur est reparti aux Etats-Unis en 1984 pour se consacrer à des ateliers et à la diffusion de ses arrangements.
 
Dix ans plus tard, le musicien était revenu en France où il continuait à composer et à écrire des arrangements. Il a publié une autobiographie, "Swingle Singing", où il décrit la technique utilisée par ses groupes.
Les Swingle Singers, Jean-Sébastien Bach, La Cantate du veilleur