Charles Lloyd, le saxophoniste en quête spirituelle de musicalité

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/12/2016 à 09H08, publié le 26/12/2016 à 18H30
Portrait Charles Lloyd

Portrait Charles Lloyd

© France3/Culturebox

Véritable monument du jazz, Charles Lloyd a joué sur les plus grandes scènes du monde. A 78 ans, ce saxophoniste et flûtiste de renom continue de nous enchanter avec son "new" quartet, cette formation musicale qui fit sa célébrité.

L’année 2016 est tout un symbole pour Charles Lloyd puisqu’elle célèbre les cinquante ans du deuxième album enregistré par son quartet mythique, "Dream Weaver". C’est bel et bien ce quatuor de jazzmen qui a révélé au monde entier le talent de Charles Lloyd.
Entouré de 1965 à 1969 du pianiste Herbie Hancock, de son ami Keith Jarrett et du contrebassiste Cecil McBee, Charles Lloyd est devenu une référence du jazz sur la scène musicale. Dès sa formation, le quartet a su se démarquer par sa musique étonnante qui mêle free jazz, musiques du monde ou post-bop et attire l’attention des férus et critiques de jazz.

Reportage : A. Delcourt / G. Sabin / O. Darmostoupe / P.Guény

Premier groupe à se produire au Filmore, le quartet parvient à plaire aussi bien aux mélomanes de jazz qu’aux fans de rock dans cette époque hippie. Leurs albums "Forest flowers" ou encore "Live at Monterey" sont considérés comme des chefs-d’œuvre du jazz.

A la tête d’un "nouveau" quartet

Le quartet est donc extrêmement symbolique pour Charles Lloyd et c’est encore sous cette forme qu’il se produit sur scène aujourd’hui. Après avoir joué un certain temps avec Mare Nostrum, le compositeur se place désormais à la tête d’un  "nouveau" quartet. Accompagné du pianiste Gerald Clayton, du batteur Kendrick Scott et du contrebassiste Reubens Rogers, Charles Lloyd a enchanté la toute nouvelle scène de la Salle Pleyel le 19 novembre dernier dans le cadre du Blue Note Festival. Les incontournables performances de cet artiste de 78 ans auraient cependant pu ne jamais avoir lieu.

Charles Lloyd - Salle Pleyel © France3/Culturebox


Une renaissance musicale

Charles Lloyd ne comptait pas faire de la musique toute sa vie. Lorsque le quartet prend fin en 1969, le compositeur décide de mettre un point final à sa partition et se retire avec sa famille en Californie. En quête de spiritualité, il mène une vie selon une philosophie bouddhiste en se consacrant à la méditation transcendantale. Presque totalement absent de la scène musicale, les grands artistes ne cessent de le solliciter durant cette période. Seuls les "Doors", les "Canned Heat" et les "Beach Boys" auront eu le privilège inouï d’enregistrer ses rares solos de saxo.  
Charles Lloyd - Californie

Charles Lloyd - Californie

© France3/Culturebox
Si cette réclusion commença pour des raisons spirituelles, la spiritualité en fut aussi la fin. C’est après avoir frôlé de peu la mort en 1986, échappant à une rarissime maladie intestinale, que Charles Lloyd décide de renouer avec la scène. Conscient que sa fin n’était pas venue et désireux de faire bénéficier les autres de son talent musical, il enchaine dès lors les tournées, les festivals et ne perd plus une occasion de rejoindre son public, heureux de l’avoir retrouvé.


Musique spirituelle ou spiritualité musicale ?

C’était sans conteste que les deux parties de la vie de Charles Lloyd que sont la musique et la spiritualité cohabitent en harmonie. Inséparable l’une de l’autre, le compositeur ne cesse de mener une quête musicale depuis sa naissance dans le berceau du jazz à Memphis en 1938.
Le saxophoniste parcourt d’album en album un voyage initiatique et tente d’aller aussi loin que possible dans le son. Désireux de se rapprocher au plus près de la nature, il puise son inspiration dans la contemplation et décèle la beauté en chaque chose afin de nous
la transmettre en musique : "Je me sens en harmonie avec la nature. Je cherche toujours le son qui pourra changer la molécule, faire de la Terre un meilleur endroit pour l’humanité". Charles Lloyd prêche à sa manière la bonne parole, tout en musique et en douceur, par petites notes et touches colorées, il suscite chez nous une émotion aussi physique que psychique.
Charles Lloyd - Parc Monceau 

Charles Lloyd - Parc Monceau 

© France3/Culturebox
Un seul bémol subsiste, celui de le voir repartir. Chose bien possible comme il le souligne ironiquement : "Si j’arrive à jouer tous les sons que j’ai dans ma tête, alors je poserai l’instrument et je retournerai dans la forêt". Subtile façon de nous donner finalement une dernière leçon : celle de profiter de l’instant présent…