Académie du Jazz : Paul Lay grand vainqueur de l'édition du soixantenaire

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 10/02/2016 à 16H13, publié le 09/02/2016 à 10H49
Paul Lay, lauréat du Prix Django Reinhardt, et le président de l'Académie du Jazz François Lacharme, le 8 février 2016 au Théâtre du Châtelet, à Paris

Paul Lay, lauréat du Prix Django Reinhardt, et le président de l'Académie du Jazz François Lacharme, le 8 février 2016 au Théâtre du Châtelet, à Paris

© Philippe Marchin / Académie du Jazz

Lundi soir à Paris, au Théâtre du Châtelet, l'Académie du Jazz a livré ses dix trophées annuels. Les pianistes Paul Lay (lauréat du fameux Prix Django Reinhardt) et Fred Hersch (Grand Prix), les saxophonistes Géraldine Laurent (meilleur disque enregistré par un musicien français) et John Surnam (musicien européen), et la chanteuse Cécile McLorin Salvant (Jazz vocal) figurent notamment au palmarès.

La cérémonie de lundi soir était organisée dans le cadre d'un concert marquant les soixante ans d'existence d'une institution qui revendique plus que jamais "son indépendance", selon les termes de son président François Lacharme. À l'issue de la cérémonie, nous avons pu rencontrer Paul Lay et Géraldine Laurent.

Paul Lay, Prix Django Reinhardt

Rien ne résiste à Paul Lay, 31 ans, qui succède à Airelle Besson au palmarès du Prix Django Reinhardt, le plus prestigieux de l'Académie du Jazz puisqu'il récompense le musicien français de l'année. Quelques jours plus tôt, "Jazz Magazine" venait de le désigner "révélation française" parmi ses "Chocs 2015".

Depuis quelques années, le vibrant pianiste béarnais brille autant en leader (avec son quartet "Mikado", sorti en 2014, à propos duquel nous l'avions interviewé et qui lui avait valu le Grand Prix Charles-Cros du Jazz), qu'au service des autres, qu'il s'agisse du puissant ensemble Ping Machine ou du quartet "At Work" de Géraldine Laurent, autre lauréate de l'Académie lundi soir.

Paul Lay et Géraldine Laurent devant le club Sunside/Sunset peu après la cérémonie de l'Académie du Jazz, le 8 février 2016

Paul Lay et Géraldine Laurent devant le club Sunside/Sunset peu après la cérémonie de l'Académie du Jazz, le 8 février 2016

© Annie Yanbékian / Culturebox

À chacune de ses performances, Paul Lay marque les esprits. On citera pour exemple sa prestation remarquée auprès de Géraldine Laurent, Yoni Zelnik et Donald Kontomanou pour défendre l'album "At Work" de la saxophoniste lors d'un concert privé retransmis en direct sur la radio TSF Jazz, le 7 octobre 2015. Le concert, première présentation live de "At Work", avait été organisé dans le studio parisien de Laurent de Wilde, producteur de l'album. Parmi la trentaine de spectateurs présents, figuraient certains des plus influents représentants de la presse jazz. Ce soir-là, le jeune pianiste a incontestablement marqué des points, comme en attestaient certains commentaires entendus à l'issue du concert.

3 questions à Paul Lay

- Culturebox : Vous êtes le nouveau lauréat du Prix Django Reinhardt. Votre réaction ?
- Paul Lay : Je suis évidemment super honoré, très touché que les membres de l'Académie m'aient remis ce prix, surtout quand je pense à son palmarès. Quelques-uns de mes héros l'ont remporté avant moi, comme Michel Petrucciani, Martial Solal, Jacky Terrasson... et Géraldine Laurent, et Éric Le Lann ! Je suis ravi de faire partie de la famille. Certes, ça tombe sur moi cette année, et un ensemble de chose a contribué à ce focus sur mon travail. Mais c'est aussi grâce à tout ce qu'on a créé en équipe, au travers des musiciens de mes groupes, avec lesquels je me régale sur scène, dont Géraldine, et grâce au soutien de journalistes, de programmateurs... Ce genre de prix, c'est vraiment une récompense collective.

- À votre avis, qu'est-ce qui a le plus joué en votre faveur ? L'album "Mikado", vos participations en tant que sideman dans différentes formations ?
- Je pense que les académiciens m'ont vu dans divers contextes, dans mes projets et dans ceux des autres copains ! Il y a Ping Machine où je joue une musique un peu radicale dans l'écrit et dans la manière d'improviser. Il y a les contextes un peu plus jazz et jazz free, comme avec Géraldine. J'ai accompagné Hugh Coltman sur scène tout l'automne, tout en faisant des choses en solo... Je pense que les académiciens ont voulu saluer ce côté polyvalent chez moi.

- Avez-vous de nouveaux projets en chantier ?
- En tant que sideman, accompagnateur, il y a pas mal de choses qui vont arriver avec Géraldine. Concernant les projets personnels, il y a trois choses que j'essaye de mener. J'ai enregistré deux nouveaux albums en juin. Je pense qu'ils sortiront en 2017, le premier en janvier, l'autre un peu plus tard. Il y a un trio avec les musiciens de "Mikado" Dré Pallemaerts et Clemens Van Der Feen, mais sans Antonin-Tri Hoang. Il y a un autre trio avec une chanteuse suédoise, Isabel Sörling, qui est une copine et dont je suis fan, et Simon Tailleu à la basse. Ce sera plus un répertoire de chansons suédoises, françaises, avec ces compositions. Il y a aussi un spectacle qui a été créé en janvier à Guebwiller, où j'étais en résidence, avec le vidéaste Olivier Garouste, le fils du peintre Gérard Garouste. C'est un hommage à Billie Holiday et une performance interactive vidéo et musicale. Ça a aussi une portée pédagogique, puisqu'on l'a présenté dans des lycées en évoquant le contexte social et culturel de l'époque. Pour l'instant, on a de nouvelles dates à Lille et Albi.

Géraldine Laurent et François Lacharme sur la scène du Théâtre du Châtelet

Géraldine Laurent et François Lacharme sur la scène du Théâtre du Châtelet

© Philippe Marchin / Académie du Jazz


Géraldine Laurent, Prix du disque français

La saxophoniste native de Niort, toute jeune quadragénaire, peut se féliciter d'avoir renoué avec le leadership d'un projet discographique, six ans après "Around Gigi" et neuf ans après "Time out trio". Lauréate du Prix Django Reinhardt en 2008 (ex-aequo avec Médéric Collignon), "Révélation" aux Victoires du Jazz la même année, Géraldine Laurent a sorti cet automne l'une des plus belles réussites jazz de l'année 2015, le nerveux et swingant "At Work", à propos duquel nous l'avions interviewée.

Tout récemment désignée musicienne de l'année par "Jazz Magazine", distinguée par le Grand Prix du Jazz de l'Académie Charles-Cros en novembre, louée et appréciée autant par la critique que par le public, la percutante saxophoniste a reçu lundi soir le trophée désignant le meilleur disque enregistré par un musicien français.

Géraldine Laurent "ravie et touchée"

"Je suis ravie et touchée, une fois de plus, par ce Prix, par ce retour de la profession et du public", a confié Géraldine Laurent à l'issue du concert. "Ravie pour Paul, bien sûr, et ravie pour les membres du groupe, Donald Kontomanou ainsi que Yoni Zelnik qui est un fidèle compagnon de musique depuis quinze ans. C'est le troisième prix que je reçois de la part de l'Académie du Jazz depuis le Django Reinhardt en 2008, et un deuxième en 2010 (le Prix du Disque français pour "Around Gigi", ndlr)."

À la question de savoir si un tel prix a un impact sur sa carrière, elle n'est pas catégorique. "Je l'espère mais je n'arrive pas à le savoir... Bien sûr, il y a une reconnaissance, ça sert à créer une petite émulation, ça peut jouer sur des institutions. J'imagine qu'il y a des conséquences. Sur le travail en lui-même, je ne sais pas exactement. Mais je fais toujours les choses à l'envers ! En général, on se produit avant de faire le disque. Cette fois, on a enregistré directement mais il n'y avait pas vraiment de dates pour la sortie... Mais les choses se font là, maintenant, en temps réel, c'est vraiment 'at work', en fait ! Donc on va jouer ! Par ailleurs, je travaille aussi en sidewoman et j'aime ça, j'aime travailler dans des contextes différents. Mais j'aime beaucoup l'équipe de 'At Work'. Peut-être qu'il y aura une deuxième mouture...

Salut final au concert de l'Académie du Jazz, avec le Duke Orchestra, Sanseverino (tout en blanc), le saxophoniste Stéphane Guillaume (à sa gauche), Laurent Mignard (qui lève les bras)...

Salut final au concert de l'Académie du Jazz, avec le Duke Orchestra, Sanseverino (tout en blanc), le saxophoniste Stéphane Guillaume (à sa gauche), Laurent Mignard (qui lève les bras)...

© Philippe Marchin / Académie du Jazz


Un authentique concert pour le 60e anniversaire

L'édition 2016 de la cérémonie annuelle de l'Académie du jazz s'est déroulée dans un contexte aussi inédit que prestigieux. Pour fêter ses soixante ans, l'institution avait réservé la grande salle du Théâtre du Châtelet (au lieu du grand foyer habituellement) et y a organisé un concert qui s'est tenu à guichets fermés.

En première partie, un "All Star" haut de gamme, intergénérationnel, de huit anciens lauréats du fameux Prix Django Reinhardt (de René Urtreger en 1961 à Airelle Besson l'an passé... et Géraldine Laurent) s'est produit tantôt en octet, tantôt dans des formations plus réduites.

Après l'entracte, le Duke Orchestra de Laurent Mignard a joué du Duke Ellington, dédiant l'un des morceaux à la chanteuse La Velle, récemment disparue. Il a aussi interprété des partitions de deux de ses invités, l'excellent saxophoniste anglais John Surnam et le célèbre violoniste Jean-Luc Ponty. Enfin, le chanteur Sanseverino, costume blanc et guirlande phosphorescente autour du cou, a jeté sa fantaisie dans des scats endiablés sur "Take the A train" et "It don't mean a thing".

C'est au début de la seconde partie, en dix-huit minutes chrono, que le président de l'Académie du Jazz François Lacharme a livré son palmarès, les seuls récipiendaires présents étant Paul Lay, Géraldine Laurent (membre du All Star de la première partie), John Surnam (invité du Duke Orchestra quelques minutes plus tard) et Philippe Milanta (membre du Duke Orchestra). Paul Lay, lauréat du prix le plus prestigieux de la soirée, a conclu la séquence du palmarès par une lecture habitée et poétique, ovationnée, de "Cheek to cheek".

Le musicien anglais John Surnam, élu Musicien européen de l'année 2015, plaisante avec François Lacharme au moment de recevoir son Prix

Le musicien anglais John Surnam, élu Musicien européen de l'année 2015, plaisante avec François Lacharme au moment de recevoir son Prix

© Philippe Marchin / Académie du Jazz

Palmarès complet (comptant pour l'année 2015)

Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année) : Paul Lay

Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) : Fred Hersch "Solo" (Palmetto)

Prix du Disque français (meilleur disque enregistré par un musicien ou groupe français) : Géraldine Laurent "At Work" (Gazebo / L'Autre distribution)

Prix du Musicien européen (récompensé pour son œuvre ou son actualité récente) : John Surnam

Prix du Jazz Classique : André Villéger / Philippe Milanta "For Duke and Paul" (Camille Productions / Socadisc)

Prix du Jazz Vocal : Cécile McLorin Salvant "For one to love" (Mack Avenue / Harmonia Mundi)

Prix Soul : Tad Robinson "Day into night" (Severn / www.severnrecords.com)

Prix Blues : Harrison Kennedy "This is from here" (Dixiefrog / Harmonia Mundi)

Prix de la meilleure réédition ou du meilleur inédit : Erroll Garner "The Complete Concert by the sea" (Columbia Legacy / Sony Music)

Prix du Livre de jazz : Julia Blackburn "Lady in Satin" (Rivage Rouge / Payot)

> Palmarès 2014 (cérémonie du 19 janvier 2015)
> Palmarès 2013 (cérémonie du 14 janvier 2014)
> Palmarès 2012 (cérémonie du 15 janvier 2013)