Jazz à Vienne : Sergio Mendes, Eliane Elias et Cantuaria, le Brésil en force !

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/07/2014 à 16H05, publié le 11/07/2014 à 13H04
Sergio Mendes et Brasil 2014 sur la scène de Jazz à Vienne

Sergio Mendes et Brasil 2014 sur la scène de Jazz à Vienne

© Jean-François Lixon

La traditionnelle soirée brésilienne de Jazz à Vienne dont l'invité principal était l'inoxydable Sergio Mendes et sa formation Brasil 2014, s'est ouverte avec le guitariste et chanteur intimiste Vinicius Cantuaria et poursuivie avec la pianiste et chanteuse Eliane Elias. Un beau panel des tendances de la musique de ce pays aux influences variées. Un "Pais Tropical" arrosé par un crachin breton.

A 73 ans, Sergio Mendes regarde toujours vers l'avant. Quand on lui parle de sa légendaire formation "Brasil 66", il évoque en riant "Brasil 2025", et quand il reprend sur scène son grand succès (composé par Jorge Ben) "Mas que Nada", presque l'hymne du Brésil, il y adjoint un rappeur.

Le spectacle qu'il a donné au théâtre antique de Vienne avec son groupe actuel "Brasil 2014" a été irrégulier. Il a bien sûr repris les titres que tout le monde voulait entendre, et le début puis la fin du spectacle ont tenu les promesses de l'affiche. Il en va autrement du milieu du show, espèce de ventre mou où le son brésilien se perdait dans des vociférations rap qui ont banalisé les plus belles chansons. Il n'est peut-être pas bon de toujours moderniser à tout va. Si l'on oublie cet épisode (et celui du saxophoniste venu chanter faux l'une des chansons du répertoire), le concert aura été un véritable plaisir physique pour qui aime la bossa nova et les rythmes du Brésil.

Paradoxal Sergio Mendes
Sergio Mendes est un musicien paradoxal. Depuis 1961, il produit sans cesse des disques qui trouvent leur public dans le monde entier. Spécialisé dans la reprise de succès qu'il adapte aux rythmes bésiliens, il a produit le meilleur comme le pire. Côté pire, certains de ses morceaux pourraient être rangés dans la section "musique d'ascenseur", côté meilleur il peut être comparé à Jorge Ben, à Gilberto Gil ou Chico Buarque, quelques-uns des meilleurs musiciens brésiliens ou même à Joao Gilberto période Stan Getz. A l'écoute de son impressionnante discographie, on se dit que cet homme-là a surtout envie de se faire plaisir en revisitant les chansons qui lui plaisent, quitte à parfois s'égarer. Il a ainsi repris "The Fool on The Hill" des Beatles (au programme du concert de Jazz à Vienne) et nombre de hits internationaux.


On frôle le meilleur jazz
Brasil 2014, la formation qui entourait à Vienne le claviériste et chanteur, se compose de jeunes musiciens et choristes et d'un rappeur. Elle prend la succession de nombreuses autres formations au fil des decennies, la plus célèbre restant la première "Brasil 66". Après 50 ans de carrière, Sergio Mendes conserve un son immédiatement identifiable.

Cependant, même si l'on frôle souvent le meilleur du jazz, qu'on plonge de temps en temps dans les racines de la musique du Brésil, que les arrangements nous emportent en plein carnaval, il faut se rendre à l'évidence qu'on est toujours dans la variété brésilienne, même si c'est de l'excellente variété. Et que ça n'empêche pas d'y prendre un immense plaisir.

Sergio Mendes et Brasil 2014 à Vienne le 10 juillet 2014

Sergio Mendes et Brasil 2014 à Vienne le 10 juillet 2014

© Jean-François Lixon

Vinicus Cantuaria
La soirée brésilienne de Vienne s'était ouverte avec le guitariste et chanteur Vinicius Cantuaria.  "Vinicius" un prénom lourd à porter quand on se lance dans la chanson au Brésil ! Avec ce musicien intimiste et très nuancé, on est loin de la samba et du carnaval. Il propose des ballades en clair-obscur qui demandent au public une écoute attentive. Il a terminé son concert dans le théâtre antique par deux morceaux plus rythmés qui anticipaient bien l'arrivée, quelques minutes plus tard d'Eliane Elias.

Vinicius Cantuaria a donné un deuxième récital dans la soirée. Le cadre du Club de Minuit convenait d'ailleurs beaucoup mieux à sa musique que l'immense théâtre antique dans lequel il avait du jouer alors que la nuit n'était pas encore tombée.

Vinicius Cantuaria à Vienne le 10 juillet 2014

Vinicius Cantuaria à Vienne le 10 juillet 2014

Eliane Elias
La pianiste blonde est exactement là où se rencontrent le jazz et la bossa nova, la musique brésilienne en général. De formation classique, elle a ensuite été amenée à travailler aux côtés des plus grands musiciens et compositeurs brésiliens comme Toquinho et Vinicius de Moraes, Gilberto Gil ou Caetano Veloso. Mais son éclectisme et son goût pour la découverte l'amènent aussi à fréquenter des gens comme James Taylor côté rock-country ou Gal Costa, Toots Thielemans, Joe Henderson et Herbie Hancock. Quand elle enregistre sous son nom, elle s'entoure de pointures du jazz comme Eddie Gomez ou Jack DeJohnette. Eliane Elias a fait monter d'un cran la température (il le fallait, le météo humide n'affichait pas plus de 13 degrés dans le théâtre antique) et ses reprises de chansons du répertoire brésilien ont alterné avec des morceaux instrumentaux, très ancrés dans la tradition du jazz. 

Ce morceau extrait du spectacle d'Eliane Elias ne permet pas de prendre la mesure du plaisir que le public de Vienne a pris à l'écouter chanter. Eliane Elias a, par ailleurs, interdit la prise de toute photographie pendant son concert.

Une météo très peu tropicale
Une petite bruine est tombée sur le théâtre antique de Vienne pendant toute la deuxième partie de la soirée et les températures n'ont pas permis à l'ambiance de monter comme elle l'aurait du. Le public resté jusqu'à la fin a quand même eu droit à une très belle soirée. Avec pull et imperméables.