Hubert-Félix Thiéfaine et sa "Stratégie de l'inespoir", un album de famille

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/11/2014 à 12H12, publié le 21/11/2014 à 12H10
Thiefaine aux Francofolies 2014

Thiefaine aux Francofolies 2014

© Xavier Leoty/AFP

Hubert-Félix Thiéfaine a le sens de la famille: deux ans après décroché ses premières Victoires de la musique, le poète-rock du Jura a confié à son fils le soin de co-réaliser un 17e album studio, « Stratégie de l'inespoir », à la poésie sombre (sortie lundi). Entretien.

A chacun de ses deux fils, Thiéfaine père, 66 ans, a déjà écrit une chanson: l'émerveillé "Septembre rose" (1988) pour son aîné Hugo, et l'enfantin "Tita dong dong song" (1996) pour le second, Lucas. Les fans ont aussi eu l'occasion de voir ce dernier sur scène aux côtés de son père à la batterie à seulement 5 ans à l'Olympia en 1999 ou ponctuellement à la guitare lors de la dernière tournée.

Son fils Lucas co-réalise son nouvel album 

"HFT" est allé plus loin cette fois en confiant à son plus jeune fils, multi-instrumentiste désormais âgé de 21 ans, la co-réalisation de son nouvel album avec Dominique Ledudal. Un fils novice qui l'a "un peu bluffé", affirme à l'AFP Hubert-Félix Thiéfaine de sa voix dense et un peu traînante.
 
"Il avait enregistré mes chansons pour une maquette. Peu après, il m'a renvoyé le premier titre, +En remontant le fleuve+, et l'arrangement qu'il avait fait est pratiquement celui qui nous a servi pour l'album", raconte-t-il. 
"Angélus", premier extrait de "Stratégie de l'inespoir"
Lucas souligne n'avoir pas eu de peine à naviguer dans cet univers artistique qu'il connaît si bien: "Je savais où je ne pouvais pas aller et où je pouvais au contraire prendre plus de risques", explique au téléphone le jeune homme, fan d'électro, qui, sans révolutionner l'ensemble, réussit à donner un petit coup de jeune aux chansons de son père.

Hubert-Félix Thiéfaine, s'il aime "l'idée de la course de relais", reconnaît quand même avoir un peu hésité: "Je trouvais que c'était le charger lourdement surtout que ce disque suit un album qui a eu du succès.... On part toujours un peu perdant dans ces cas-là."
   
"Le futur rétrécit' 
   
 "Suppléments de mensonge" (2011), écoulé à 150.000 exemplaires, a valu à Thiéfaine ses meilleures critiques depuis longtemps et les deux premières Victoires de la musique de sa carrière.

"C'est assez étrange, on est content d'être reconnu par ses pairs, mais en même temps, ce n'est pas facile... Je suis plutôt un solitaire, ma vie sociale c'est la scène", dit-il. Sa consécration tardive coïncide avec le retour à une vie "saine et clean",
dit l'interprète de "113e cigarette sans dormir", victime en 2008 d'un "burn out" suivi d'une longue hospitalisation.
 
Sur des musiques de Jeanne Cherhal, Cali, JP Nataf ou Arman Méliès

Dans la lignée du précédent, ce nouvel album, dont les musiques sont l'oeuvre notamment de Jeanne Cherhal, Cali, JP Nataf ou Arman Méliès, témoigne de cet apaisement retrouvé chez Thiéfaine, "écorché" désormais converti à l'"inespoir" comme le clame le titre.

"L'inespoir"

L'inespoir, mot qu'utilisait notamment Drieu de La Rochelle ou Verlaine et que Thiéfaine regrette de ne pas trouver dans les dictionnaires contemporains, traduit "une absence d'espoir mais en même temps une absence de désespoir, c'est-à-dire une espèce de lucidité".

"J'ai été désespéré, ce n'est plus le cas. Mais je n'ai pas non plus le côté euphorique de ceux qui ont la foi. C'est terrible la lucidité, on a parfois envie de se mettre un bandeau sur les yeux", assure le chanteur, qui pose précisément les yeux bandés sur la pochette.

C'est avec cette "lucidité" souvent sombre que ce féru d'Histoire raconte sa vision du stalinisme, la personnalité controversée de Louis-Ferdinand Céline ou ses propres souvenirs d'enfance, comme les cloches sonnant l'Angélus dans les campagnes françaises.

"Un petit musée"

"Avant, c'était +cherche futur+ (en référence à son album +Soleil cherche futur+ en 1982). J'étais considéré comme un avant-gardiste. Aujourd'hui, le futur se rétrécit. Je n'ose plus trop regarder vers le futur, mais j'ai beaucoup de souvenirs et d'images derrière moi et je trouve intéressant d'aller vers ce qui disparaît pour faire comme un petit musée".

   
« Stratégie de l'inespoir », sortie le 24 novembre