Grâce à ses vieilles machines, une fabrique tchèque domine le marché du vinyle

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/06/2015 à 11H34, publié le 10/06/2015 à 11H28
L'usine tchèque GZ Media domine le marché du vinyle

L'usine tchèque GZ Media domine le marché du vinyle

© MICHAL CIZEK / AFP

Leader mondial du disque vinyle, l'usine tchèque GZ Media, contrairement à ses concurrents, n'a pas jeté il y a un quart de siècle ses machines à presser et profite de l'explosion de ce marché. Depuis le décollage de l'industrie du CD, le vinyle restait prisé des collectionneurs et de puristes appréciant la richesse sonore de l'enregistrement analogique. Mais aujourd'hui, il est de retour.

"Nous avons produit l'année dernière environ 14 millions de disques, un record au niveau mondial", affirme Michal Nemec, directeur commercial de GZ Media, au siège de l'entreprise à Lodenice près de Prague. "Dans les années 1980 et 1990, malgré l'expansion du CD, quelqu'un de perspicace a décidé à l'époque d'épargner les vieilles presses de disques vinyle en les plaçant dans un dépôt. Une heureuse décision !", se félicite M. Nemec.
Dans l'usine de vinyle GZ Média

Dans l'usine de vinyle GZ Média

© MICHAL CIZEK / AFP
C'est pourquoi une panoplie de disques microsillons de Madonna, Rolling  Stones, U2, Queen ou Michael Jackson, exportés partout dans le monde,  proviennent aujourd'hui d'une commune tchèque à une vingtaine de kilomètres de Prague. "Les disques vinyle connaissent un come-back et représentent environ 7% des ventes des supports physiques" en République tchèque, selon un rapport de la branche locale de la Fédération internationale de l'industrie phonographique, un chiffre proche de celui observé sur le marché américain (6%).

M. Nemec explique cet engouement par le fait que "l'oreille humaine a un certain potentiel de perception des fréquences": "le disque vinyle favorise celles qui sont au milieu du spectre, plus chaudes et plus agréables à écouter", tandis que sur un CD, le son est "plus froid".

GZ Media a pressé son premier disque en 1951


Les machines utilisées aujourd'hui datent des années 1960 et 1970. Les disques qui tournent dans les chaînes Hi Fi à travers le monde sortent de... machines à vapeur. Les ouvriers et les ouvrières y introduisent à intervalles réguliers ce qu'ils appellent un "kolacek" : un morceau de mélange de polycarbonate. Sous une pression de 150 à 200 tonnes, le "petit gâteau rond" se transforme en disque phonographique en une dizaine de secondes. La plus grosse commande jusqu'ici réalisée par GZ Media a été celle d'une collection de luxe de répliques d'une trentaine d'albums des Rolling Stones, destinée aux clubs de fans de la légende du rock.
Contrôle de la qualité du son à l'usine GZ Media

Contrôle de la qualité du son à l'usine GZ Media

© MICHAL CIZEK / AFP
Des bacs américains, 9,2 millions d'exemplaires ont été vendus en 2014. Soit 52% de plus qu'en 2013, selon l'institut Nielsen SoundScan. Ce marché revêt une importance clé pour GZ Media, avec 5 millions de 33 tours expédiés en 2014 aux Etats-Unis. Suivent la Grande-Bretagne et l'Allemagne. "Chaque vendredi, un avion décolle en direction de la Californie avec à son bord entre huit et dix tonnes de disques vinyles", indique Jana Brezinova, responsable du marketing de GZ Media. "Les gens achètent souvent ces disques pour offrir ou pour soutenir leur chanteur préféré", analyse Tomas Filip, chef de la branche tchèque du label américain Universal Music Group. Selon lui, les disques vinyle devraient bientôt représenter environ 15% des ventes de supports physiques en République tchèque.

Fini le vinyle sous la forme d'une plaque noire et circulaire


Les formes atypiques telles que le coeur ou le triangle, souvent  aux couleurs bariolées, représentent à l'heure actuelle environ un quart de la production de la fabrique tchèque. Tel un disque de Bob Dylan, sous forme de médiator de guitare bleu clair. "Et quand on parle de souhaits spéciaux", se rappelle M. Nemec, "il y a  aussi eu une demande d'un groupe de rock américain d'insérer dans le vinyle les cendres d'un guitariste défunt..."