Leonard Cohen a fait ses adieux avec "You Want It Darker", son album testament

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/11/2016 à 10H36, publié le 11/11/2016 à 10H29
La pochette de l'album "You Want It Darker" de Leonard Cohen, son dernier album

La pochette de l'album "You Want It Darker" de Leonard Cohen, son dernier album

© AP/SIPA

Le chanteur canadien Leonard Cohen a légué un album testament hanté par la mort peu avant de s'éteindre. Le musicien, décédé à 82 ans, avait, en effet, sorti le 21 octobre son 14e album, "You Want It Darker".

Avec sa voix grave murmurée, le poète se penche sur la condition finie de l'homme et interroge la nature d'un Dieu tout puissant.
Leonard Cohen - You Want It Darker (Audio)
L'album ouvre sur ses souvenirs d'enfance dans sa ville natale de Montréal, imprégné des choeurs de la congrégation juive Shaar Hashomayim. La résonance de la guitare acoustique, accompagnée d'une contrebasse, donne plus de relief à la quête spirituelle d'un Cohen solitaire mais serein face à la vieillesse.

Déjà largement abordé dans "Hallelujah" (1984), l'un de ses plus grands succès, sa relation avec Dieu s'affiche, cette fois, pour aborder la mort. "Hineni, hineni / je suis prêt mon Dieu", chante Cohen de sa voix rauque avec les mots en hébreu signifiant "me voici". La mort comme trame de l'album y dessine l'issue inexorable réservée au chanteur et rendue sans doute plus manifeste avec le décès en juillet de sa muse Marianne Ihlen, amoureuse devenue célèbre par le titre "So Long Marianne" (1967). "Je ne veux pas de pardon / Non, non il n'y a personne à blâmer / Je quitte  la table / Je suis hors-jeu", sont quelques-unes des paroles chantées en forme de mise en scène de sa propre fin.
Leonard Cohen chante "So long, Marianne" sur scène en 2014
Produit par Adam Cohen, son fils musicien, l'album devient plus lyrique sur des airs jazzy pour le titre "Treaty" -pour l'une des deux versions avec un quatuor à cordes-, une métaphore pour une trêve entre deux amoureux.

Leonard Cohen avait disparu de la scène dans les années 90, préférant se réfugier dans le bouddhisme, devenant même moine en 1996. Dépouillé par son impresario, il est revenu à la chanson moins d'une décennie plus tard, plus créatif et productif que jamais. L'artiste avait alors jugé qu'à son âge, il était temps d'être moins sage avec sa santé et, sous forme de cabotinage, il avait pris comme résolution de recommencer à fumer. En forme de clin d'oeil, la pochette de son dernier album montre un Leonard Cohen mal rasé, une cigarette entre les doigts.
   
Le musicien avait consacré il y a quelques semaines sa dernière apparition publique à une séance d'écoute de son 14e opus dans sa demeure de Los Angeles. Malicieux, le poète avait alors lancé aux journalistes qu'"il avait l'intention de vivre éternellement" comme un pied de nez à un récent entretien accordé au magazine New Yorker dans lequel il se disait "prêt à mourir..." L'album est sorti le 21 octobre, il y a à peine 3 semaines.