Agnes Obel et sa délicatesse enchantent le Casino de Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/11/2016 à 10H45, publié le 23/11/2016 à 10H44
Agnès Obel, l'ange blond de la folk music venu du nord

Agnès Obel, l'ange blond de la folk music venu du nord

© PHOTOPQR/LE PARISIEN

La chanteuse danoise Agnes Obel a dévoilé l'onirisme mélancolique et sophistiqué qui habite son troisième album sorti le mois dernier, "Citizen of glass", mardi soir au Casino de Paris, lors d'un concert qui a offert de beaux frissons.

"Quand je suis sur scène, tout devient différent. Je pense au son, au  public, à moi-même, à la crainte de la fausse note, à l'obligation de bien  chanter. Toutes ces choses là m'assaillent soudain. L'instant devient une épreuve", déclarait Agnes Obel quelques heures avant ce concert parisien à guichets fermés. Une épreuve qu'elle a entamée avec retenue par "Red Virgin Soil", un  morceau instrumental de son dernier opus, qui a d'emblée installé une ambiance  mystérieuse voire mystique, intimidant même les spectateurs qui n'osaient pas  applaudir trop fort.


Et la voix subtile, tantôt cristalline, tantôt grave d'Agnes Obel de se  faire enfin entendre, avec "Dorian" issu de son précédent opus "Aventine". Une  chanson dans l'ombre de laquelle s'extirpe un premier fantôme, celui de Kate  Bush. Le premier tiers du récital pose alors les bases d'un concert à la fois  intime et dense, prompt à offrir un rêve éveillé au public déjà conquis. Les plus beaux titres de ce dernier effort s'enchaînent: "Trojan Horses" et  ses choeurs déchirants, "It's happening again" au terme duquel le temps reste  comme suspendu et les respirations des spectateurs avec lui, "Familiar" porté  par ses cordes enchanteresses. La mélancolie se fait aérienne.

Sur scène, Agnes Obel reste assise, occupée à balader ses doigts délicats sur son synthétiseur et son piano droit. Autour d'elles s'activent ses quatre  musiciennes accompagnatrices, pour lesquelles violon, violoncelle, clarinette,  célesta, clavecin, saxophone, percussions électroniques n'ont pas de secret. Survient alors un intermède au piano. Un "instant Erik Satie" qui brise  doucement la pesanteur et précède un creux inattendu, au risque de tutoyer  parfois l'ennui, trois, quatre titres durant.


Une musique de chambre qui ouvre les fenêtres en grand


Mais la courbe finit par redevenir sinusoïdale et de nouvelles hauteurs  sont atteintes avec "Stone" et "Stretch your eyes" et leur final enlevé. Un rappel de trois chansons achève de parfaire l'ensemble. Seule face à ce piano droit qu'elle suspecte de voir "tomber en morceaux" ("This piano is falling apart", dit-elle en anglais), elle ajoute un soupçon de jazz sur "Smoke  and Mirror".


"Riverside", un des morceaux-phares de son premier album "Philarmonics",  est quant à lui magnifiquement revisité et crée une ambiance oscillant entre  les Oiseaux d'Alfred Hitchcock et les Hauts de Hurlevent d'Emilie Brontë. Avant  que "On Powdered Ground" n'offre un épilogue tourbillonnant sous une brume qui  a envahi la scène sans qu'on ne l'ait vue venir. Son "épreuve" passée avec succès, Agnes Obel peut sourire. Sa musique de chambre a ouvert les fenêtres en grand. En face d'elle, non seulement les oiseaux n'avaient rien d'inquiétants, mais ils sont en plus repartis enchantés.