"Chanter, reprendre la parole", balade au pays chantant

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 20/06/2012 à 15H25
"La chanteuse au gant", Degas, 1878, détail.

"La chanteuse au gant", Degas, 1878, détail.

© DR

A l'origine était le chant et tout finit par une chanson. Chanter, activité du quotidien. Anodine, semble-t-il. Pourtant, Vincent Delacroix, philosophe et romancier, nous embarque dans une vaste exploration du monde "chantant", pour nous dire combien chanter nous "fait reprendre la parole".

Du mythe d'Orphée, au rockn'roll, l'auteur sillonne le sujet, en forme de préludes et fugues, petits chapitres courts où alternent anecdotes, analyses et perspectives, se faisant échos les uns aux autres. Pourquoi l'homme chante-t-il, puisque ça ne sert à rien, si ce n'est à (se) faire plaisir. Le chant ne sert à rien, mais il est fondamental et universellement partagé par tous les hommes, quelle que soit leur origine culturelle ou sociale. Vincent Delecroix montre comment cette activité de tous les jours inscrit ses racines au plus profond de la nature humaine.

"Porgi amor", Les Noces de Figaro. Un homme rentre chez lui et s'arrête dans les escaliers de son immeuble. La femme qu'il aime chante. Un voisin le rejoint, puis deux puis trois. Ils écoutent. Se mettent à chanter eux aussi. Sauf l'homme (Vincent Delecroix). Qui ne chante pas. Il rejoint son appartement et décide d'écrire un livre sur le chant ...


Au commencement était le chant. La musique "pénètre immédiatement, dit Hegel dans l'"Esthétique", avec ses mouvements, dans le siège intérieur de tous les mouvements de l'âme". Chaque sentiment a son chant et chaque chant son sentiment, ritournelle ou complainte, litanie, berceuse, hymne ou romance. Le chant nous accompagne, de la naissance à l'agonie. Il a inspiré les plus grands auteurs, traverse les mythes, unit et galvanise les hommes. "Le désir de chanter, c'est le désir d'être aimé", dit-il, ou le chant comme moyen de se montrer soi, en vérité, et de briser les malentendus. Comme si le chant était le moyen d'être "bien–entendu". Espace de vérité intime, le chant transcende la parole et instaure un rapport unique à soi-même, aux autres et au monde. "Le chant va vers l'autre, cet autre serait-il nous même (…) C'est le début de l'art, sans doute, mais peut-être aussi celui de l'humanité".

Refuser le désenchantement. Le chemin vers la civilisation a forcé l'arrachement au chant originel et imposé la parole et le langage. Inévitable "désenchantement" ? Non. "Il y a dans le langage, quelque chose qui le troue et le traverse, par lequel s'engouffre le chant et qui fait virer la parole (…) Ca chante quand quelque chose n'est pas dit".

L'écrivain philosophe nous donne à réfléchir sur cette activité si familière et anodine, qui accompagne nos vies l'air de rien, mais qui interroge sur des questions fondamentales, comme l'identité, inscrite dans la voix ou la parole, dans son rapport au chant.

"Chanter, reprendre la parole" est un ouvrage à la forme étrange, parfois philosophique, parfois lyrique, parfois comique. Comme si parler du chant échappait à toute forme classique et figée du langage. Du coup on est parfois un peu dérouté, mais jamais ennuyé.

Ce livre s'accompagne de la "Petite bibliothèque du chanteur", du même auteur, recueil de textes de philosophes et d'écrivains, qui poursuivent et nourrissent la réflexion engagée avec "Chanter, reprendre la parole".

"Chanter, reprendre la parole" et "La petite bibliothèque du chanteur", Vincent Delecroix

"Chanter, reprendre la parole" et "La petite bibliothèque du chanteur", Vincent Delecroix

© Editions Flammarion

Chanter, reprendre la parole
Vincent Delecroix,
Editions Flammarion
352 p / 19 euros

Petite bibliothèque du chanteur
Vincent Delecroix
Champs Classiques, Flammarion
352 p /  8 euros