Verdun : le concert de Black M toujours annulé malgré l'intervention de Hollande

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/05/2016 à 14H03, publié le 17/05/2016 à 09H32
Le chanteur Black M, ici en novembre 2015.

Le chanteur Black M, ici en novembre 2015.

© COLLOT/SIPA

L'Etat est prêt à mettre "les moyens pour sécuriser" un éventuel concert du chanteur Black M à Verdun, a annoncé François Hollande ce matin, 17 mai sur Europe 1. Mais dans un entretien au site de l'Est Républicain, le maire PS de Verdun, Samuel Hazard, a confirmé dans la journée qu'il ne reviendrait pas sur l'annulation du concert.

"Si le maire voulait - c'est à lui d'en décider - eh bien l'Etat mettrait les moyens pour sécuriser le concert. Et de toute façon, les subventions qui avaient été promise pour ce spectacle ou pour d'autres seraient de toute façon  maintenues", a dit ce matin le chef de L'Etat. Mais cela n'a pas suffi à faire changer d'avis le maire PS de Verdun, Samuel  Hazard. Cité par l'Est Républicain sur son site internet, le maire a déclaré : "On ne revient pas sur l'annulation du concert de Black M", décidée le 13 mai après plusieurs jours de polémique.

"Le maire avait subi des pressions" dit Hollande

Le rappeur, membre du groupe Sexion d'Assaut, devait se produire le 29 mai, après la cérémonie de commémoration de la bataille de Verdun, à laquelle sont attendus François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel. Mais après plusieurs jours de polémique, alimentée par de nombreux élus essentiellement d'extrême droite et de droite qui s'indignaient de certaines paroles du chanteur, le maire de Verdun a annulé le concert,  justifiant cette annulation par des "risques forts de troubles à l'ordre public".

Le maire "a subi des pressions (...) inouïes de violences, de haine parce que c'était Black M qui avait été choisi", a remarqué François Hollande. "Ne voulant pas créer d'incident, voulant sans doute préserver l'ordre public, il y a renoncé (...) C'est sa seule décision, puisque l'Etat n'avait pas à en connaître."

Retour sur les réactions, à gauche comme à droite

Revenons sur les nombreuses réactions après l'annulation du concert de Black M à Verdun. Elles sont largement indignées à gauche, à commencer par la ministre de la Culture Audrey Azoulay qui a dénoncé "un ordre moral nauséabond et décomplexé. N'acceptons jamais cela. Ce n'est pas la première fois que l'autocensure succède à ces coups de force inacceptables". "Aucune raison" ne justifiait l’annulation, selon Jack Lang. Le secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur Thierry Mandon a lui aussi, le 15 mai, soutenu Black M, accusant le Front national de vouloir imposer une "police de la pensée", ce qu’a aussi évoqué Jean-Christophe Cambadélis, tout en précisant ne pas être fan de Black M. Et Christiane Taubira d’ajouter : "Et voilà ! Ceux qui  n'ont jamais, ni fauté, ni combattu, sont les rois du bannissement. Ils n'ont  jamais prononcé une parole de travers puisque toutes leurs paroles sont de  travers" (Facebook).

Le numéro 2 du FN Florian Philippot, se réjouissait d'avoir contribué à "déprogrammer ce concert d'une très grande indécence". De fait, c'est l'extrême droite et plusieurs élus de droite qui avaient lancé la polémique lorsque la programmation de Black M avait été rendue publique. Dans la foulée, chez les Républicains, la députée Valérie Boyer avait lancé une pétition et l'eurodéputée Nadine Morano jugé "inacceptable qu'il soit présent à Verdun". Son de cloche très différent, venu le 15 mai du député Les Républicains Benoist Apparu, proche d'Alain Juppé : c’est "une capitulation" du  gouvernement face aux "pressions" du Front national, estime-t-il. En revanche, selon Nicolas Sarkozy (le 17 mai, site du Monde), « il y a beaucoup de Français qui ne votent pas FN et qui ont été profondément choqués qu'on invite, à une commémoration nationale, un chanteur qui a insulté la France dans ses textes, et tenu des propos homophobes et antisémites, même s'il s'en est excusé". Dernière contribution à droite : "on aurait dû appeler Black M à chanter la Marseillaise à Verdun", a estimé Valérie Pécresse à la radio (RTL) ce 17 mai.

Dans un texte Facebook très partagé, le rappeur Black M avait souligné que son grand-père avait combattu pour la France en tant que tirailleur sénégalais et dit avoir "ressenti une immense fierté lorsque l'on a fait appel à (lui) pour participer à un concert en marge de la commémoration de la  Bataille de Verdun". Il y dénonçait également les propos "d'une extrême violence" tenus à son égard. L'association franco-sénégalaise Mémoires et Partages appelait le 16 mai le gouvernement à "revenir sur l'annulation" du concert de Black M, en citant Aimé Césaire : "Même le crayon du bon dieu a une gomme".