Jazz in Marciac : des impros d'hier au concert des soeurs Labèque aujourd'hui

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/07/2017 à 16H49, publié le 30/07/2017 à 15H27
Les soeurs Labèque à Jazz in Marciac 2017

Les soeurs Labèque à Jazz in Marciac 2017

© SEBASTIEN LAPEYRERE

Une bande de copains qui jouent des impros sur des remorques à fourrage dans le Gers : c'est le premier "festival" Jazz in Marciac. 40 éditions plus tard, c'est l'un des plus importants rendez-vous du genre au monde. Les concerts de Norah Jones puis des soeurs Labèque ont lancé le 28 juillet au soir l'édition 2017 de JIM.

"Il y avait une seule soirée de concert dans les arènes et quelques animations. Des groupes jouaient sur des remorques à fourrage. C'étaient plus des boeufs" (des improvisations) : en 1978, Jean-Louis Guilhaumon ne savait pas qu'il venait de faire naître un festival aujourd'hui régulièrement cité comme l'un des vingt plus importants du genre dans le monde.
Jean-Louis Guilhaumon, juillet 2017

Jean-Louis Guilhaumon, juillet 2017

© SEBASTIEN LAPEYRERE
Le père de "JIM", comme on surnomme Jazz in Marciac, avait voulu faire sortir le village médiéval de 1.600 habitants du "désert culturel". "Ici à l'époque, à part les fêtes votives...". Jean-Louis Guilhaumon était arrivé dans le Gers en 1971 pour son premier poste de professeur de lettres modernes. Depuis, il est devenu maire de Marciac et vice-président PS de la Région Occitanie chargé du tourisme et du thermalisme.

Des soirées "vieux jazz" 
Le guitariste amateur de jazz a l'idée d'organiser des soirées "vieux jazz". Il contacte André Muller, un Parisien devenu Marciacais qui avait créé en 1962 le festival de jazz de Saint-Leu-la-Forêt (Val d'Oise). Il fait monter sur "scène" ses potes, comme Jean Toupance et le Jazzouillis orchestra, qu'il loge et nourrit chez lui. "On avait organisé cette soirée sans trop y croire", se souvient Pierre Morandin, 67 ans. "Mais on a eu du monde : c'était une surprise. Alors, on s'est dit : pourquoi pas?", raconte le bénévole, qui a participé à toutes les éditions.
Le festival s'appuie sur des artistes résidant non loin : le trompettiste américain Bill Coleman, qui venait de s'installer dans le voisinage. "Bill nous a ouvert son carnet d'adresses", dont Memphis Slim, se souvient Jean-Louis Guilhaumon. Mais il faut trouver une scène : il convainc le patron d'une fabrique de meubles de lui prêter son atelier quand il est fermé en août pour y faire une "salle de concert". L'endroit devient vite étriqué et, en 1983, un chapiteau de cirque est loué. "On sérigraphiait les affiches, on protégeait les pieux du chapiteau avec des bottes de foin, on mettait le couvert pour le repas du soir...", se souvient Dominique Dumont, 62 ans, une autre bénévole (ils sont 900 bénévoles aujourd'hui).
Aujourd'hui, 220.000 personnes viennent chaque année dans ce "nice medieval town in the middle of nowhere" (un joli village médiéval au milieu de nulle part), écrivait dans les années 1980 l'International Herald Tribune dans son premier article sur JIM.

Sa ruralité, Jazz in Marciac en a fait un atout

"C'est un festival, pas une succession de concerts. Il y a une atmosphère très chaleureuse", explique M. Guilhaumon. "Une coloration particulière", insiste-t-il, tandis que, parmi les effluves de magret grillé, flottent les notes bleues distillées par les dizaines de groupes du festival "off" installés dans les pelouses, cours de fermes et terrasses de restos-bars. Le succès de JIM, il est là, assure M. Guilhaumon, refusant la course au gigantisme : "Nous avons atteint une phase qui correspond à ce que nous voulions. Nous ne souhaitons pas développer de nouvelles initiatives".