En Gambie, danser ou faire de la musique est désormais interdit pendant le Ramadan

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/06/2016 à 12H25, publié le 14/06/2016 à 12H04
Le président gambien Yahya Jammeh, à droite, fin mai 2016.

Le président gambien Yahya Jammeh, à droite, fin mai 2016.

© CITIZENSIDE / BANGALY TOURE / citizenside

Le gouvernement gambien a interdit la musique, la danse et le chant pendant le mois du Ramadan, sous peine d'arrestation, une mesure respectée par la population, a assuré la police gambienne.

La pratique de la musique nuit à la dictature et au fanatisme, les musiciens nous le rappellent assez régulièrement. Le violoniste David Grimal nous disait, par exemple il y a quelque temps, "qu'il y a dans la musique une jubilation, quelque chose qui échappe, une liberté, ce côté à la fois divin et complètement animal" qui explique "que les fanatiques - aujourd'hui les islamistes, hier la chrétienté - commencent par supprimer la musique".

Arrestation de tout contrevenant et incitation à la délation

La Gambie en donne aujourd'hui l'illustration en interdisant la musique pendant le Ramadan, y compris donc pendant la levée du jeûne. "Au moment où la communauté musulmane observe le mois saint de Ramadan, le bureau de l'inspecteur général de la police informe la population que toutes les cérémonies et festivités impliquant des percussions, de la musique et de la danse sont interdits de jour comme de nuit", selon un communiqué publié par la police la semaine dernière. Les contrevenants "feront l'objet d'une arrestation et ne bénéficieront d'aucune indulgence", selon le texte. La police "recommande" par ailleurs à la population de dénoncer les personnes qui enfreindraient l'interdiction.  "La population respecte l'interdiction et jusqu'à présent personne n'a été arrêté pour l'avoir enfreinte", a déclaré le 13 juin à l'AFP le porte-parole de la police, Lamin Njie.

Le président gambien Yahya Jammeh avait annoncé en décembre que son pays était désormais une République islamique "qui respecte les droits des citoyens", sans préciser les conséquences pratiques de cette décision, mais assurant qu'elle n'aurait aucune incidence sur la minorité chrétienne. Quelques jours après, une directive officielle avait rendu obligatoire le port du foulard pour les fonctionnaires femmes dans les services publics. La présidence gambienne avait par la suite annoncé l'abandon de cette mesure, en expliquant qu'exiger le port du foulard n'avait "rien à voir avec la religion".

Dictature

L'Organisation de la coopération islamique (OCI) a annoncé en avril que son prochain sommet se tiendrait en Gambie, à une date restant à déterminer. Porté au pouvoir par un coup d'Etat sans effusion de sang en 1994 puis élu en 1996, et réélu trois fois depuis, Yahya Jammeh dirige d'une main de fer la Gambie, petit Etat anglophone d'Afrique de l'Ouest enclavé dans le territoire du Sénégal, hormis sa façade sur l'Atlantique.

Ses détracteurs lui reprochent souvent des décisions unilatérales et des déclarations fracassantes, notamment sur d'autres pays, les migrants ou l'homosexualité. La prochaine élection présidentielle en Gambie, à laquelle Yahya Jammeh est  candidat, est prévue en décembre 2016.