Ali-Foreman, il y a 40 ans : James Brown et Norman Mailer étaient là aussi

Par @Culturebox Rédacteur en chef adjoint de Culturebox
Publié le 31/10/2014 à 14H44
James Brown sur scène à Kinshasa en 1974

James Brown sur scène à Kinshasa en 1974

© Océan Films

Il y a 40 ans, le combat du siècle entre Mohamed Ali et George Foreman a été un événement planétaire. D'abord par son impact sportif mais pas uniquement. En prélude à ce championnat du monde, les plus grandes stars de la scène soul et blues dont James Brown ou BB King s'étaient retrouvées au Zaïre pour un festival qui fit date. Norman Mailer était là aussi pour suivre l’événement.

Mohamed Ali et George Foreman, en ce mois d'octobre 1974, sont au centre du ring et des regards pour écrire une page d'histoire avec un combat qui dépasse le seul cadre sportif. Il réunit deux Noirs Américains au profil très différent:  un Foreman mal à l'aise au coeur de l'Afrique et un Ali semblant se sentir à la maison, lui l'emblème de la lutte anti-ségrégation aux USA.
Ali-Foreman à Kinshasa © AFP
Ce duel a été une formidable opération de communication pour le dictateur Mobutu Sese Seko (1965-1997), qui dirigeait le Zaïre et a accepté d'accueillir et de financer l'événement organisé par le promoteur américain Don King.

Le combat devait avoir lieu début septembre mais il est repoussé à cause d'une blessure de Foreman. Et c'est avant cette première date qu'un festival de musique rassemble pendant trois jours des grandes voix de la musique noire. Imaginez le plateau: James Brown, BB King, Manu Dibango, Bill Wethers Celia Cruz et Miriam Makeba sont là pour livrer une performance devenue, elle aussi, mythique.
Un événement que l'on peut revivre au travers d'un documentaire réailsé par Jeffery Levy-Hinte en 2009. Bénéficiant des rushes de "When We Were Kings", le documentaire de Leon Gast consacré au combat Ali Foreman, "Soul Power", le film, nous fait vivre les coulisses du concert et les concerts eux mêmes d'une qualité exceptionnelle.
C'est le promoteur de boxe Don King qui a donné baptisé "Rumble in the jungle" ce combat mémorable auquel assistait un certain Norman Mailer. En fait l'écrivain a couvert les préparatifs, alors que les deux champions sont assaillis par les médias du monde entier, et le combat lui-même. "The fight" est considéré comme l'un des plus grands livres jamais écrit sur le sport.
"The fight" de Norman Mailer © DR
On disait de  Muhamed Ali qu'il dansait sur le ring. C'est en cela qu'il a révolutionné la boxe. Cette danse le rendait très difficile à atteindre. C'est comme cela qu'il épuisait ses adversaires. La danse comme chorégraphie : regardez ce montage en musique sur "Brown Sugar" des Stones.

Outre son immense talent de boxeur, Mohamed Ali était un formidable hâbleur transformant le ring avant ses combats en véritable scène de théâtre. A la manière d'un Eric Cantona aujourd'hui, il savait livrer des répliques devenues cultes. Une touche de finesse dans ce monde de brutes. 

En voici 3 prononcées lors de la préparation du combat de Kinshasa :

  • "Flotte comme le papillon, pique comme l'abeille... Ses mains ne peuvent frapper ce que ses yeux ne peuvent pas voir". 
  • "Je suis si rapide que la nuit dernière, quand j'ai éteint la lumière dans ma chambre d'hôtel, j'étais déjà au lit avant qu'il fasse noir dans la pièce".

Et la meilleure pour la fin:

  • "J'ai innové pour ce combat. J'ai lutté avec un alligator. Je me suis battu avec une baleine. J'ai mis les menottes à un éclair, j'ai jeté le tonnerre en prison. Rien que la semaine dernière, j'ai tué un rocher, blessé une pierre, envoyé une brique à l'hôpital. Je suis si méchant que je rends la médecine malade!"