Ensemble Kérylos : la musique à remonter le temps

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 20/12/2011 à 14H34
"Jason et Médée au palais de Jupiter" - carton de tapisserie attribué à Jean-François de Troy et conservé au Musée des Beaux-arts de Clermont-Ferrand.

"Jason et Médée au palais de Jupiter" - carton de tapisserie attribué à Jean-François de Troy et conservé au Musée des Beaux-arts de Clermont-Ferrand.

© Jean-François de Troy - Musée des Beaux-Arts de Clermont Ferrand

Alexandre le Grand étale la puissance macédonienne au pied de la pyramide du Louvre. Jusqu’au 16 janvier 2012, le musée accueille l’exposition « Au royaume d’Alexandre le Grand. La Macédoine antique ». Dans ce cadre, l’Ensemble Kérylos a donné à l’Auditorium du Louvre, le jeudi 8 décembre 2011, un concert exceptionnel au cours duquel les spectateurs ont pu apprécier les mélodies de différentes partitions de musique antique, dont celles tirées de deux papyrus musicaux qui appartiennent au département des Antiquités égyptiennes du musée. Parmi celles-ci un extrait de la tragédie de Médée par Carcinos, écrite vers 360 avant J.C., soit il y a près de 2500 ans.

 

Le mythe de Médée

Avant d’entamer ce long voyage temporel et musical, il faut s’armer d’une pierre de rosette et d’un lexique antique. Dans la mythologie grecque, Médée est une magicienne, fille du roi de Colchide. Elle tombe amoureuse de Jason venu conquérir la Toison d’or que détient son père. Dès lors, le mythe de Médée sera parsemé de morts. Accusée d’infanticide, de fratricide et de régicide, elle fuira dans toute la Grèce antique avant de rentrer à Colchide. Son personnage a inspiré nombre d’artistes et en particulier Eugène Delacroix dont la toile « Médée furieuse » se trouve au département des peintures du Louvre.

 

Médée furieuse par Eugène Delacroix au Musée du Louvre à Paris

Médée furieuse par Eugène Delacroix au Musée du Louvre à Paris

© Louvre

 

Carcinos le poète 

Cette tragédie est l’une des très nombreuses pièces attribuées au poète athénien « Carcinos le Jeune » qui vécu vers -380 à la cour de Denis II de Syracuse. En novembre 2002, les archéologues et conservateurs de Louvre ont achevé le dépliage et le nettoyage de plusieurs centaines de papyrus arabes, coptes, démotiques et grecs. L’un d’entre eux, roulé en boule, retient l’attention de Laurent Capron, ingénieur d’études à l’Institut de papyrologie de la Sorbonne. Ce papyrus fait partie d’un lot acheté en mai 1891 au Caire par un égyptologue français Eugène Révillout, à un antiquaire cairote du nom de Tano. Après des recherches poussées, il apparaît que ces lambeaux de papyrus contiennent la fameuse partition écrite par Carcinos, le texte est également annoté de directives scéniques et musicales. Il met en scène un échange à trois entre Médée, Jason et son conseiller, une scène dans laquelle Jason reproche à Médée d’avoir tué leurs enfants, la mère se défend en expliquant les avoir confié et avoir été trahie.

 

Fresque antique représentant le mythe de Médée

Fresque antique représentant le mythe de Médée

© DR

 

Musiques antiques

Si la musique a tenu une place majeure dans la culture grecque antique, c’est paradoxalement l’art qui a laissé le moins de traces. Parmi les compositeurs dont on conserve un témoignage, il y a Capella, Ptolomée, Aristoxene, Plutarque ….et Alipius. Ce dernier est l’auteur d’une règle d’écriture musicale, connue sous le nom de tables d’Alipius, qui comprend trois octaves et un ton, pour les instruments comme pour la voix, elle permet d’avoir une idée de ce qu’écoutaient les grecs, et de reproduire certains des tubes de l’époque d’Alexandre le Grand comme ce « Médée » de Carcinos interprété par l’ensemble Kérylos à l’auditorium du Louvre.