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Live Nova Sessions : Moriarty
Ce soir, à 19h27

Rencontre avec Brodinski, dj, producteur et label manager à suivre

Publié le 22/08/2012 à 11H13, mis à jour le 10/12/2012 à 15H16
Brodinski.

Brodinski.

© Droits réservés
Depuis 2007 et ses premiers pas à la Cartonnerie de Reims, Brodinski a fait du chemin. A tout juste 25 ans, le Rémois est désormais non seulement une figure incontournable de l’électronique française mais aussi un nom qui tourne avec insistance dans les méandres de la musique mondiale. Avec son label, le très prometteur Bromance, il passe à la vitesse supérieure et commence sérieusement à décoller. Ca va faire mal. Enfin, façon de parler. Car Brodinski, qui ne travaille qu’au feeling et à l’amitié, est sans doute le DJ qui prononce le mot amour le plus grand nombre de fois durant une interview. Rencontre.
Par Laure Narlian

Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox

@Nijikid

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Un DJ curieux et un label-manager qui a le goût des autres
A tu et toi avec le gotha international, de Skrillex à Justice, Boys Noize, Lana Del Rey (qu’il a remixée) ou Snoop Dogg, Brodinski officie depuis plusieurs années derrière les platines des clubs les plus prestigieux. Cet été, il naviguait entre ceux de Mexico, Paris, Ibiza et Los Angeles, en passant par Londres ou Calvi.

A Marseille,  où il faisait étape à quatre mains avec Gesaffelstein le 29 juin au festival Rock Island,  Brodinski a confirmé lors de notre rencontre ce que l'on pressentait. A l’image de ses sets sans œillères gorgés de trouvailles, qui sautent de la techno la plus pure à la deep house en passant par la bass music et le rap, Louis Rogé (de son vrai nom) est un amoureux de la vie et un boulimique de musique sans a-priori qui refuse de réduire son champ d’investigation à un genre en particulier.

Hédoniste et partageur, lui qui n’a jamais acheté un disque vinyle de sa vie a monté en novembre 2011 avec son manager Manu Barron un label, Bromance, pour mettre en valeur le travail de ses amis les plus doués, à commencer par le Grenoblois Gesaffelstein (Mike Levy), astre montant de la techno française. 

A Los Angeles, où il vit la moitié du temps depuis janvier 2012 (quand il n'a pas de soucis de visas), Brodinski s’emploie à créer des liens et à bâtir un noyau de scène ouverte, à l’image de celle, fourmillante et familiale, qui a présidé à son éclosion : celle de Reims (avec Yuksek, son mentor, mais aussi The Shoes, Woodkid, The Bewitched Hands, Monsieur Monsieur etc…). Et la sauce commence sérieusement à prendre.

Bromance #1 : "Let the Beat Control Your Body" et "Control Movement" (extraits)

Bromance, le label qui monte qui monte...
La première sortie du label Bromance, en novembre 2011, est un véritable coup de maître. Bromance #1 est un split EP (deux groupes différents) avec d’un côté le ravageur « Let The Beat Control Your Body », signé Brodinski avec la chanteuse de Los Angeles Louisahhh au timbre cabossé terriblement sexy, et de l’autre le monumental « Control Movement » de Gesaffelstein. LA claque.

Bromance #2 assure le second round avec « Feeling », un bijou house sorti de la cuisse de G.Vump, le duo que Brodinski forme avec Guillaume de The Shoes. Le troisième enfonce le clou avec le sauvage et torride « Nobody Rules the Streets », nouveau titre irrésistible de Brodinski et Louisahhh assorti de "Now U Realize" de Club Cheval. Le Bromance #4 porte l'estocade début juillet avec deux nouveaux morceaux de techno fiévreuse et menaçante signés Gesaffelstein, "Depravity" et "Belgium". Bilan 4 étoiles : en moins de 9 mois, Bromance s'est imposé comme un phare qui fait tourner les têtes et les platines sous toutes les latitudes.

Nouvelles sorties et halte du Bromance Tour à Rock en Seine
Lundi 20 août, Bromance #Special 2 vient d'atterrir sur les plateformes : il s'agit du très attendu "The Black Brad Pitt EP" de Evil Nine et du rappeur salace de Detroit Danny Brown agrémenté d'un remixe de Gesaffelstein. Devraient suivre dans les prochaines semaines un titre des Rémois Monsieur Monsieur en compagnie de l'Anglais Jacques Lu Cont (alias Les Rythmes Digitales) et un morceau de Brodinski avec deux rappeurs américains. Un projet encore top secret qui fait saliver.

En attendant, notre charmeur de platines met le feu vendredi 24 août (21h) au festival Rock en Seine, en compagnie de ses amis et poulains Gesaffelstein et Club Cheval. L'occasion d'expérimenter la griffe Bromance dans toute sa splendeur.

Bromance #2 : "Feeling" de G.Vump

ENTRETIEN AVEC BRODINSKI

Qu’avais-tu en tête en créant le label Bromance ?
Cela faisait un moment que ça me trottait dans la tête, car j'ai toujours aimé mettre en valeur dans mes dj sets, mes mixes et mes podcasts les excellents artistes que je repérais. Le déclic ça a été Mike (Gesaffelstein). Quand je l'ai découvert je me suis dit banco. J’étais aussi motivé par l'idée de maîtriser mon agenda, de pouvoir sortir les morceaux que j'aime quand j'en ai envie, sans dépendre de qui que ce soit. En quelques mois, Bromance m’a appris à être patron aussi bien de moi-même que d’autres. C’est aussi beaucoup de stress, des choses que je n’avais jamais vécues avant.

Quelle est ton ambition pour ce label ?
Celle de tous les labels, petits ou gros, qui est de poser sa patte, de pouvoir donner quelque chose d’identifiable. Bromance n’est pas seulement un son, c’est tout ce qu’il y a autour : c’est une attitude, travailler entre amis qui s’apprécient énormément et s’amuser, surtout, c’est ce que je fais depuis le début de ma jeune carrière. J’ai moins le réflexe d’éducation du public que d'autres, j’ai davantage un réflexe de fête. Plus tard,dans 5 ou 10 ans, je changerai peut être mais pour l’instant je viens d'avoir 25 ans et je le vis à fond, je dors 3h par nuit et je ne prends jamais de repos.

Brodinski à Marseille Rock Island, le 29 juin 2012.
Brodinski à Marseille Rock Island, le 29 juin 2012. © Laure Narlian / FTV

Les deux titres que tu as sorti récemment sous ton nom préfiguraient-ils un album ?
Un album je ne sais pas, mais en tout cas un calendrier de maxis et de remixes, oui. J’ai passé beaucoup de temps en studio cette année, j’ai dû faire une quinzaine de remixes ce
qui ne m’était encore jamais arrivé. L'avantage du remixe c'est de faire tourner mon nom via d'autres noms. Skrillex (jeune star du dubstep américain) par exemple, pour qui je
viens de faire un remixe. C'est intéressant de travailler avec lui bien au-delà de la notoriété, car c'est un très bel être humain et un vrai passionné de musique. Il nous aime
beaucoup Mike et moi depuis notre rencontre au festival américain Holy Ship.

Peux-tu me résumer ton cheminement musical avant de commencer à faire dj ?
Mon cheminement est complètement aléatoire. Les 4-5 premières choses que j’ai écouté c’était Gang Starr (hip-hop), The Strokes (rock) et les compilations Kompakt (techno). J’ai pris tout ca dans la figure en même temps puis j’ai essayé d’étudier les styles des uns et des autres. En cela internet a beaucoup aidé – on regarde les albums puis les featurings puis les vidéos... En parallèle, le skate m'a beaucoup apporté, aussi bien au plan électro que rock et rap. Je n'ai jamais été un grand skateur mais c'est une culture qui m'a touché dans ses différents aspects, y compris musical.

Gesaffelstein et toi n’avez pas du tout le même style, comment vous retrouvez-vous sur cette tournée de Dj  à quatre mains ?
Déjà on s’entend très très bien en dj ensemble, nous sommes très complices, on s’amuse beaucoup. Je reviens à l’amusement alors ce n’est pas que ça, c’est une passion devenue un travail qui m'occupe 24h sur 24 et 7 jours sur 7 et pour lequel le feeling humain devient primordial. Avec Mike, qui est un opposé complet de ma personnalité, on arrive à se retrouver sur certains points essentiels. Là il commence à faire des live et je vais le suivre en Dj.

Brodinski et Gesaffelstein à Marseille Rock Island le 29 juin 2012.
Brodinski et Gesaffelstein à Marseille Rock Island le 29 juin 2012. © Laure Narlian / FTV

Yuksek a beaucoup compté pour toi, que t’a-t-il apporté de plus important ?
Il m’a appris l’appréhension de la production musicale. Pierre (Yuksek) m’a appris à être moi même  aussi, car j’étais à un âge où on est une éponge et où on a deux choix : soit on
écoute et on applique (les conseils), soit on écoute et on ne fait rien. Je n’écoutais pas beaucoup à l’école donc il fallait bien que j’écoute ailleurs (rires). Aujourd’hui, c’est un très très bon ami. Mais malgré ce lien spirituel entre nous, notre musique est totalement différente. Et puis il a dix ans de plus que moi et nous n'avons pas la même vie.

La scène rémoise est mythique, êtes-vous vraiment tous amis dans la réalité ?
Oui, nous sommes très liés, mais on ne se voit pas tout le temps. Guillaume et Ben des The Shoes mais aussi Yuksek font de la musique depuis dix ans, ils sont passés par tous les styles, ce sont tous des fous de musique. Yuksek c’est un amoureux de Belle & Sebastian et de Ghostface Killah alors que Guillaume (The Shoes) est aussi bien fan de métal que de Asap Rocky. Avec Guillaume , nous formons G.Vump mais c'est plus un truc à l'occasion entre nous. Après le titre "Feeling" (sorti sur Bromance), nous faisons des remixes, récemment un pour Birdy Nam Nam et un autre pour l'Anglais John Convex.

Y-a-t-il de petits nouveaux Rémois à suivre ?
Oui un duo qui sera bientôt signé sur Bromance : Monsieur Monsieur. Ils viennent de réaliser un track killer avec un invité surprise très connu dans le milieu de la musique électronique. Ce sera le Bromance #5.

Brodinski et Gesaffelstein à l'Envers Club sur "Control Movement" de Gesaffelstein

On sait que tu aimes beaucoup le hip-hop. Qui sont tes artistes préférés ?
Le hip-hop qui m’a le plus influencé c’est le hip hop de Memphis et de Houston. Des gens comme Dj Skrew m’ont changé la vie. Là-bas, la prise de certains produits illicites a créé
une musique complètement différente de ce qui se faisait auparavant. Dj Skrew est quand même mort d’une overdose de codéine...

Three Six Mafia et Lil Noid à Memphis et Bun B et Pimpsy (mort lui aussi) qui formaient le duo UGK à Houston, ont représenté toute une époque avec un style qu'on appelait le Crunk.C'est ça que j'adore. ThreeSixMafia étaient hyper prolifiques. Ils ont sorti en quelques années plus d’une cinquantaine d’albums et de mixtapes réunis. Ce sont des gens qui sont en studio tout le temps, qui représentent la culture dans laquelle ils ont grandi, une culture qui me fascine. Ils viennent de villes où il y a encore une différence entre les Blancs et les Noirs et où tout s’est passé grâce à cette musique. Aujourd’hui, Atlanta est en tête des villes américaines qui représentent le rap, même si ça ne touche pas grand monde en Europe. Plus généralement, toute la culture rap me passionne. Etant boulimique de musique, j’ai besoin d’en écouter énormément et le rap est la seule musique qui me permet de le faire. Car si la musique électronique est prolifique, le rap l’est cent fois plus.

Pourquoi ne travailles-tu pas avec des mc’s ?
C’est en cours, avec des gens de là-bas que j’admire depuis longtemps, avec mes idoles. Mais c’est beaucoup de travail, car nous ne vivons pas dans le même monde. Dans mon
nouveau morceau "Nobody rules the street like me" j'ai glissé un moment rap parce que c’est aussi là que je cherche à amener le public. La techno et le rap peuvent se rapprocher. Des tracks comme "Harlem Check" de Baauer qui vient de sortir chez Mad Decent, le label de Diplo, mélange extrêmement bien rap et techno. Ce style nouveau interesse d'ailleurs beaucoup les rappeurs.

Le duo de Dj's que tu formais avec Dj Mehdi (mort en septembre 2011) était-il similaire à celui que tu formes avec Gesaffestein ?
Oui, c’était un duo de feeling, un duo de sourire, un duo d’amour entre potes et de vrai fun, je crois que Mehdi voyait la vie comme ça. C’est ce sourire de la première fois qui
ne nous quitte pas vis-à-vis de la musique. J'adorais Mehdi, il rayonnait. Je lui ai dédié Bromance. Il disait « on n’est pas là que pour raconter l’histoire de la techno, on est là aussi pour que les gens puissent fermer les yeux et ressentir le vrai feeling qu’est la musique, le feeling de joie et d’amour."

A écouter > un mixe exclusif de Brodinski pour le magazine américain Urb