Pour ou contre Lana Del Rey ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 27/01/2012 à 18H06
Lana Del Rey sort son premier album, le très attendu "Born to Die"

Lana Del Rey sort son premier album, le très attendu "Born to Die"

© Interscope

Phénomène depuis l'été dernier sur la seule foi du single dévastateur "Video Games", la chanteuse américaine sort lundi son premier album. Sirène sublime de la décennie pour les uns, femme à abattre pour les autres, Lana Del Rey suscite un débat contradictoire si passionné qu'il est quasiment impossible d'aborder objectivement le contenu de "Born to Die". Nous l'avons tenté pour vous. Démonstration en cinq manches.

LA VOIX DE LANA DEL REY
Pour :  C'est une voix de velours au timbre chaud qui excelle dans un registre grave, bien qu'elle sache aussi moduler et monter honorablement dans les aigus. Un style langoureux résolument rétro tout en étant absolument nouveau dans le paysage pop actuel, donc moderne. Petite, elle chantait déjà, à l'église, à la maison, à l'école, mais elle avoue n'avoir aucune technique. Elle a ensuite fait ses classes dans les clubs jazz de New York, peu tendres avec les nouveaux venus. Et elle sait aussi accélérer le débit à la façon de la rappeuse Princess Superstar avec laquelle elle a collaboré. Le signe qui ne trompe pas : on reconnaît instantanément sa voix.
Contre :  elle minaude trop et ne sait pas chanter. Sa prestation "catastrophique" au tout récent show "Saturday Night Live" a prouvé ce fait sans appel, affirment ses détracteurs. Ils ont même été jusqu'à prétendre qu'il s'agissait de la pire prestation jamais enregistrée dans ce show qui a plus de 30 ans d'existence. Bien entendu, ils sont d'une mauvaise foi abyssale. Et oublient de tirer sur toutes les voix trafiquées qui hantent actuellement le marché. On ne citera pas de noms.

"Born to Die" à Saturday Night Live

LE PHYSIQUE DE LANA DEL REY
Pour : Ses adorateurs trouvent sublime cette jeune-femme de 25 ans. Au-delà des goûts de chacun, force est de reconnaître que la chanteuse a des arguments. Sous sa longue chevelure, son minois aux yeux de biche et sa moue boudeuse, couplés à son joli corps de liane dont elle sait si bien onduler, en font une réplique humaine de Jessica Rabbit, la perfection féminine made in Disney. Avec néanmoins juste ce petit rien propre à lui donner du chien et à la rendre touchante.
Contre : Avec son brushing californien ou sa choucroute, ses lèvres surgonflées, ses faux cils et ses ongles de 3 cm de long, la starlette née Elisabeth Grant a tout de la beauté frelatée. Il s'agit d'une fabrication de A à Z, d'une créature hyper-maîtrisée, lisse et sans défaut, qui finit par lui donner un air étrange et iréel tout à fait inquiétant. Il n'y a qu'à voir à quoi ressemblait cette femme fatale il y a deux-trois ans, quand elle officiait encore sous le nom de Lizzy Grant, pour constater l'ampleur de la métamorphose et du ripolinage.

Lana Del Rey à l'époque où elle était Lizzy Grant

 

LES MOTS DE LANA DEL REY
Pour : Très inspirée par les poètes Beat, elle dit avoir fait "des études de philosophie et de métaphysique". Elle chante l'amour à mort, l'amour impossible, l'amour vache, bref la passion. "Mes chansons sont un hommage au grand amour", dit-elle, et toutes ses paroles sont autobiographiques. Reflet donc d'une vie intense de bad girl, un peu dangereuse, sexuellement torride, avec cuites et dope en stock ("let's go get high" "let me fuck you hard" et "take a walk on the wild side" rien que sur la chanson "Born to Die").
Contre : Dans une phrase (aux Inrocks) elle dit que le chant est selon elle son "seul talent". Dans la suivante qu'elle est "avant tout écrivaine". Les paroles de ses chansons insistent sur une vie passée "difficile". Elle dit aussi être d'origine modeste, avoir vécu pendant des années dans un mobile-home. Or, son père Rob Grant a fait fortune dans la gestion de noms de domaines sur internet. Et il l'a beaucoup soutenue, allant jusqu'à passer une annonce dans la presse à l'époque de son premier album avorté. Par ailleurs, tous les journalistes qui l'ont rencontré racontent la terrible langue de bois de Lana Del Rey et soulignent son côté bien pensant, très boy-scout, aux antipodes de ses paroles sulfureuses. Comme:  "J’ai la responsabilité d’être une bonne personne dans ma vie" (à Libé Next). "Dieu m'a sauvé la vie un million de fois" (Pitchfork). Ou "Chez moi, il n'y a rien de fabriqué" (Le Monde). Ses détracteurs répondent "Mon oeil (et mes lèvres)".

Une interview en anglais de Lana Del Rey réalisée en novembre 2011

LES CLIPS DE LANA DEL REY
Pour : "Video Games", son premier clip, réalisé par ses soins, a beaucoup fait pour son image et sa notoriété (il avait été vu plus de 15 millions de fois sur Youtube fin 2011). Elle y apparaît en Lolita trash, à la fois méchamment aguicheuse et biche effarouchée, au milieu d'un montage bricolé et très réussi de séquences de l'âge d'or d'Hollywood et d'images tremblées de skateboarders et de dolce vita Californienne.
Contre : Le clip a peu de détracteurs. Mais cette prometteuse réalisatrice et héroïne lynchienne, troublante et mystérieuse, sonne pourtant désespérément creux en interview. Nulle trace de la culture cinématographique espérée. Elle ne revendique même aucun intérêt pour les films noirs ou l'âge d'or hollywoodien déployé dans son clip. "Je suis surtout attirée par les images aux couleurs saturées", concède-t-elle. Les citations et la magie de cette vidéo seraient-ils le fruit du hasard ?

Le clip de "Video Games"

LE PREMIER ALBUM DE LANA DEL REY
Pour : Son premier album "Born to Die" pourrait peut-être enfin recentrer le débat sur sa musique. De ce disque, on connaît déjà trois titres par coeur "Video Games", "Blue Jean's" et "Born to Die". Mais il contient 15 titres, ce qui fait beaucoup de nouveautés. Au coeur desquelles quelques pépites, dont "Dark Paradise", "Summertime Sadness", "National Anthem" ou "Off to the Races" (Ci-dessous en version dub live à Manchester). Belles mélodies, somptueuses orchestrations, mélange de muscle hip-hop et de climats cinématographiques mélancoliques et vénéneux, cet album n'a vraiment rien de déshonorant. Il contient juste une poignée de titres un peu trop formatés, calibrés pour les radios US, et bénéficie moins de l'effet nouveauté.
Contre: Si on n'aimait pas "Video Games" ou "Blue Jean's", aucune chance d'être harponné par ce disque qui développe la même veine. En outre, les paroles ne volent pas haut : il s'agit surtout d' histoires d'amour clichés entrecoupées de "fuck" mauvais genre par l'autoproclamée "Gangster Nancy Sinatra".

A notre Avis: On peut dire ce qu'on veut d'Elizabeth Grant, mais réaliser un premier album de cette trempe, aussi consistant, prouve au moins une chose: Lana Del Rey n'est pas qu'un coup marketing. Et à voir la belle qualité de sa prestation live à Manchester ci-dessous, on est prêts à lui donner une seconde chance pour la scène. 

"Off to The Races" Live à Manchester début novembre 2011