Pitchfork 2014 : revivez les temps forts du festival

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Mis à jour le 07/11/2014 à 22H01, publié le 04/11/2014 à 19H36
James Blake le 30 novembre 2014 au Pitchfork 2014.

James Blake le 30 novembre 2014 au Pitchfork 2014.

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Que retenir des trois jours de concerts et de décibels du Pitchfork festival parisien qui se déroulait à la Grande Halle de La Villette du 30 octobre au 1er novembre ? Beaucoup d'émotions et une bonne dizaine de formations, dont cinq têtes d'affiche : Caribou, Jungle, James Blake, Mogwaï et Belle & Sebastian. Découvrez leurs live intégraux ou des extraits ci-dessous.

Caribou : le plus envoûtant
Placé habilement le dernier soir, le concert de Caribou était sans doute le plus attendu du festival. Entouré de trois musiciens, dont un batteur électronique, Dan Snaith (alias Caribou) n'a pas déçu. Débuté avec "Our Love", le titre qui donne son nom à son majestueux nouvel album, le set a progressivement installé dans la Grande Halle un climat à la fois cérébral et chaleureux, délicat et voluptueux. Mélant les titres de ses deux derniers albums, de "Second Chance" avec Jessy Lanza venue en personne au micro à "Odessa",  l'Anglais n'a pas forcément choisi la facilité, préférant "Mars" et ses flûtes bizarroides ou les bols tibétains de "Bowls" à des titres plus dansants comme "Julia Brightly". Souriant et à l'aise, Dan Snaith a visiblement trouvé sa voie (et sa voix, même si elle reste perfectible) après des années de tâtonnements et semblait jouir enfin du plaisir partagé avec le public. Entre le début et la fin du concert, refermé sur le lâcher de ballons de "Can't Do without You" puis sur un "Sun" extatique troué d'une longue digression, l'air semblait avoir changé de qualité, s'être densifié, donnant le sentiment d'avoir pénétré une autre dimension. Un concert inoubliable.
Jungle : les plus dansants
Voilà l'autre concert que le public de cette édition du Pitchfork ne risque pas d'oublier. D'abord parce que c'est sans doute celui sur lequel il aura le plus dansé et transpiré. Il faut dire que Jungle, emmené par les Londoniens Josh et Tom a déjà fait montre d'une science du groove imparable sur son premier album paru en juillet, avec des pépites telles que "Busy Earnin", "Time", "Son of a Gun"ou "The Heat". Mais ces nouveaux sorciers de la soul-pop font aussi preuve d'une maîtrise époustouflante sur scène, digne d'un back-up de James Brown version 2014, navigant de caresses en morsures, de joie en mélancolie, et de ralentissements en coups de pieds au cul de façon absolument irrésistible. Eux que l'on suit depuis plus d'un an et que l'on a déjà vu live deux fois, notamment au festival We Love Green le 1er juin, ont encore réussi à nous bluffer par leur évolution et leur rigueur. On les sentait aller loin mais à ce rythme là on leur promet désormais la Lune.
James Blake : le plus magnétique
Chaque concert de James Blake, monument de grâce dont le dubstep néo-soul a révolutionné le son de l'électronique ces dernières années, est un évènement qui fait retenir son souffle. Celui-ci n'a pas dérogé à la règle. Toujours exigeant, l'Anglais a choisi de débuter par une série de titres plus anciens de son répertoire, moins connus et plus difficiles, "Air & Lack Thereof" et "CMYK", avant de ravir la foule avec deux perles de son premier album, "I Never Learnt to share" et l'inusable "Limit to your Love" (reprise de Feist) qui lui a ouvert toutes les portes du succès. Entouré de deux musiciens subtils, James Blake a poursuivi avec les chansons de son dernier album "Overgrown", dont un "Retrograde" qui donnait le frisson, avant de terminer dans le rétro sur "The Willhelm Scream" et un "Measurements" magique en piano-voix, comme une prière gospel nue. Tout du long, le Britannique s'est montré dans une forme vocale remarquable, d'une pureté à pleurer, modulant sans effort. Venu spécialement de Los Angeles où il est désormais basé, il a aussi glissé un nouveau titre dans la setlist, en attendant son prochain album prévu pour l'an prochain. Hâte.
Mogwai  : le plus beau spleen
Les Ecossais, qui fêtent bientôt leur 20 ans d'activisme post-rock, forcent toujours l'admiration et imposent à coups de décibels un silence quasi religieux, transformant la Grande Halle en cathédrale sonique où les conversations n'ont plus droit de cité. A l'heure du nouvel album, "Rave Tapes", leur huitième, le spleen instrumental de Mogwaï, hérissé de guitares et de larsens, est toujours aussi puissant. Un chant des baleines, un chant des abysses, qui balade l'auditeur de paysages désolés en sentiers lumineux, comme on revisite en pensée des royaumes perdus. Stuart Braithwaite et sa bande, qui ont marqué les esprits récemment en signant la bande originale de la série "Revenants", s'y entendent pour instaurer des climats troublants et accélérer le pouls. Sur scène, plus encore qu'ailleurs, Mogwaï reste une expérience. Avec eux, l'atmosphère est à couper au couteau.
Belle & Sebastian : la pop la plus culte
Les Ecossais étaient décidément à l'honneur cette année, puisque la formation culte de Glasgow a également marqué de son empreinte cette édition dont ils étaient une des têtes d'affiche. Ce soir, le groupe connu pour ses prestations live restées dans toutes les mémoires, se monte à plus d'une dizaine de musiciens, y compris un merveilleux quatuor à cordes. "Bonsoir mesdames et messieurs. Quel plaisir d'être de retour à Paris. Voulez-vous danser ?", demande Stuart Murdoch avec un accent à couper au couteau. Et c'est parti pour plus d'une heure de ritournelles pop, joyeuses ou touchantes, parmi lesquelles Belle & Sebastian a disséminé quelques inédits, dont les impeccables "Perfect Couples" et le presque disco "The Party Line" joué pour la toute première fois live (ci-dessous), et que l'on devrait retrouver sur le prochain album "Girls in Peacetime want to dance" promis pour janvier 2015. Le toujours fringant Stuart Murdoch que l'on aura vu successivement à la guitare, aux claviers et aux tablas, quand il ne dansait pas avec classe, nous apprendra aussi avoir "gagné 100 euros à la pétanque" en se promenant sur le Canal Saint Martin.  "Cause I'm good ya know". Yes indeed. Et pas qu'à la pétanque, man.
Et puis les autres

Outre ces cinq groupes majeurs, de nombreuses formations, jeunes ou moins jeunes, ont retenu l'attention. 

D'abord les très prometteurs Movement, dont le style évolue entre R&B et électronique, Frank Ocean et The xx. Le trio originaire de Sydney (Australie), qui n'a sorti pour l'heure qu'un EP avant un album l'an prochain, a passé avec brio l'épreuve de la scène. La voix du chanteur Lewis Wade est aussi soyeuse et moite que sur leurs tubes underground "Ivory", "Us" et "Like Lust" (ci-dessous). Nous avons été hypnotisés. Ils vont être immenses, soyez prévenus.


Ensuite la performance incandescente mais courte (les seconds couteaux n'ont que 20 à 30 mn pour convaincre au festival) des post-punks de Montréal Ought, signés sur le label Constellation (Godspeed You! Black Emperor, The Silver Mt. Zion...) et dont le chanteur habité Tim Beeler évoque Jonathan Richman. (revoir leur Live).

Les Allemands The Notwist, 25 ans au compteur, ont eux aussi secoué les festivaliers avec leurs dissonnances électro expérimentales mariées tout en souplesse au psychédélisme rock (revoir le live intégral ici).
 


Au rayon frappadingues de génie, il faut saluer la joyeuse chercheuse en percussions Tune-Yards, revenue de ses explorations en Haïti avec un album sous le bras. On a adoré la complexité et la rigueur de ses compositions énergiques planquées derrière ses airs de brailleuse en roue libre (revoir son Live). Egalement repéré, son compatriote, l'Américain Son Lux et ses expérimentations versatiles (revoir son Live). Vivement l'an prochain !