Nuits sonores

du 13 au 17 mai 2015

Vincent Carry, directeur des Nuits Sonores : "On a toujours été là où le mouvement urbain était"

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/05/2015 à 17H09, publié le 12/05/2015 à 17H13
Vincent Carry dans les bureaux d'Arty Farty à Lyon

Vincent Carry dans les bureaux d'Arty Farty à Lyon

© France 3

Du 13 au 17 mai, la ville de Lyon va vivre au rythme des Nuits Sonores, son festival de musiques électroniques et indépendantes. Derrière cet événement, l'association Arty Farty pour qui urbanité, liberté et convivialité sont au cœur du projet.

Parallèlement aux Nuits Sonores, le forum European Lab dédié aux acteurs européens de la culture apparaît en 2011.
Depuis 2013,  le festival s'est exporté à Tanger. Une édition automnale qui poursuit une volonté de conjuguer musique et territoire.
La rédaction a rencontré Vincent Carry, directeur des Nuits Sonores.

Culturebox : Cette année, Nuits Sonores s'articule principalement autour du quartier Confluence avec le projet "Confluence 2015". Pouvez-vous nous expliquer le rapport entre ce quartier et le festival?

Vincent Carry : Tout d'abord il y a un rapport affectif et historique puisque c'était le premier quartier investi par Nuits Sonores dès 2003. C'est un quartier que l'on a beaucoup investi, à travers les sites de l'ancien Marché Gare, la patinoire Charlemagne, les Salins du Midi etc.
C'est aussi un quartier qui est assez symbolique de la démarche urbaine de Nuits Sonores. Depuis le début, c'est un festival qui a beaucoup suivi les mutations urbaines de Lyon et qui, à chaque fois, a essayé d'être là où se créait un nouveau parc, une nouvelle ligne de tramway, un nouveau quartier. C'était le cas par exemple à Gerland avec les usines Brossette. On a toujours été là où le mouvement urbain était et je dirais que le quartier de Lyon sur lequel on a le plus travaillé cette question, c'est la Confluence. On y a notamment ouvert un lieu culturel il y a deux ans, Le Sucre. 

Culturebox: La ville de Varsovie est mise à l'honneur cette année. Pourquoi ce choix ? 

V.C : C'est d'abord une ville qui aujourd'hui, connaît une effervescence culturelle assez intéressante. Cette ville fait partie des capitales de l'Est qui récupèrent l'effervescence passée de Berlin, puisque beaucoup d'artistes sont allés à Berlin, pas mal en sont déjà repartis. Berlin est une ville en phase de "Gentrification" et qui peut être, aujourd'hui, n'offre plus tout à fait les mêmes conditions aux jeunes artistes et à l'underground international. Varsovie fait partie un peu de ces nouvelles terres d'accueil pour les artistes.
Nous avons donc voulu montrer l'effervescence de cette ville, d'une part avec une scène musicale et indépendante, d'autre part avec un programme transdisciplinaire qui va aller sur le terrain du graphisme, du muralisme, du fooding et aussi sur le terrain culturel et politique puisqu'une délégation d'acteurs culturels viendra sur European Lab.

Culturebox: Les festivals en France ont tendance à disparaître. Récemment une Cartocrise a recensé toutes les manifestations culturelles supprimées depuis 2014. Où se situent les Nuits Sonores dans ce contexte?

V.C : Le fait qu'il y ait une fragilité structurelle des festivals tient à plusieurs choses, notamment le fait que les moyens publics du financement de la culture sont en forte baisse. Nuits Sonores est moins concerné dans la mesure ou l'on a un niveau d’autofinancement qui est extrêmement élevé puisque l'on est pratiquement à 85%, donc moins de 20% de financements publics. C'est très important car c'est la garantie de notre indépendance.
Evidemment il faut s'inquiéter de la disparition massive des festivals mais en même temps il faut la relativiser dans la mesure où l'on a peu de données statistiques sur le nombre de festivals qui disparaissaient avant la mise en place de cette Cartocrise. Par ailleurs, je pense qu'il faut pondérer ces données avec la naissance des festivals.
Cependant, il est évident que c'est une période difficile pour les festivals, pour au moins deux raisons. La baisse des financements publics pour ceux qui en ont besoin et la tension importante qu'il y a sur les mécènes et les sponsors. Là où il y a moins de financements publics, beaucoup de structures culturelles se retournent vers les marques, les sponsors, les mécènes qui n'ont pas de financement sans fin. Donc oui, c'est une période de grande fragilité pour les festivals, Nuits Sonores n'est pas dans un état de précarité mais est aussi dans un état de fragilité comme tous les festivals. Il y a peu de garanties d'avenir.

Culturebox: Le succès de Nuits Sonores est grandissant. Combien de personne attendez-vous cette année? 

V.C : C'est difficile de répondre mais grosso modo comme l'année passée, environ 130.000 personnes. C'est un sujet qui ne nous intéresse pas outre mesure parce que l'on n'a jamais été dans ces questionnements. On ne cherche pas à faire le plus gros ou le plus grand festival, mais plutôt le plus intéressant ou le meilleur artistiquement. On essaye d'être un grand festival à taille humaine. C'est une formule qui peut résumer notre état d'esprit. On est content que Nuits Sonores attire du public et fasse rayonner Lyon, mais on ne cherche pas à faire un mass festival avec des jauges gigantesques et des têtes d'affiche. On ne veut pas dépendre d'une taille excessive. On a plutôt envie de rester, malgré notre évolution, un festival à taille humaine.