Lou Doillon, la plus belle surprise musicale de la rentrée

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 03/09/2012 à 13H48
Lou Doillon, mai 2012.

Lou Doillon, mai 2012.

© Valérie Macon / AFP

Comme beaucoup de personnages publics, on pensait connaître Lou Doillon. Ou plutôt, chacun s'était fait son idée de cette jeune femme branchée, polyvalente et insaisissable, un pied dans le cinéma et le théâtre, un autre dans la mode. Piquante, imprévisible mais aussi un peu agaçante, encombrant privilège des "fille de". Tout cet édifice médiatique et fantasmé, tout ces a priori s'écroulent dès que paraît sa voix. Cette fois, vous pouvez croire la rumeur. Avec la sortie de son premier album, "Places", produit par Etienne Daho, Lou Doillon trouve enfin sa place au sein de la dynastie sacrée de la chanson française (Gainsbourg, Jane, Charlotte...) et s'impose comme son plus singulier joyau.

Depuis des années, Lou composait dans sa cuisine des chansons, accompagnant sa voix d'une guitare oubliée chez elle il y a sept ans par le père de son enfant, le musicien Thomas John Mitchell. Des chansons sentimentales, souvent poignantes, sorties spontanément en anglais - "parce qu'en français c'est moins direct, moins honnête, il faut faire le malin, sortir les dictionnaires de rimes et de synonymes". Et chantées d'une voix grave et singulière, aux antipodes des chuchotements aux fréquences aigües de sa soeur et de sa mère.

"I.C.U." de Lou Doillon

Ces compositions constituent alors, jure Lou Doillon, un "jardin secret" dénué de toute arrière-pensée et de toute ambition, "une zone de grande liberté" destinée au domaine privé. Sa mère, Jane Birkin, est son premier public. C'est elle qui pousse sa fille à aller plus loin, elle qui demande à Etienne Daho d'aller écouter ses chansons. Conquis d'emblée, le chanteur a dû avancer avec douceur durant trois ans pour lui faire accoucher de cet album. C'est elle qui l'avoue, précisant (chez Pascale Clark le 12 juin 2012 sur France Inter) : la musique "est le seul endroit où je veux être le chef".

Musicalement, la dynastie familiale est écrasante. La figure de Gainsbourg hante tout. Et trace une ligne invisible entre "la branche royale" de la famille, en lien direct avec lui (Jane, Charlotte, Lulu...), et l'autre. "J'ai un rapport violent avec ça car Serge n'est pas mon père et le mien (le cinéaste Jacques Doillon) est vivant, les gens l'oublient systématiquement, et il est admirable." Ambiance.

"Devil or Angel" de Lou Doillon, au studio Ferber
Aujourd'hui, le public n'est pas le seul à se prendre le choc de cette révélation vocale dans les tympans. Sa famille, "ce grand bordel" recomposé où on ne parle jamais de sa carrière avec les autres, découvre Lou Doillon comme elle ne l'avait jamais soupçonnée, à la fois fragile et forte. Ses textes, simples et directs, tournent autour de l'amour, du manque et de l'absence. Des paroles universelles et romantiques qui en disent long sur leur auteur, ses failles, ses blessures, ses désirs et ses angoisses. La musique, dépouillée, navigue entre folk, pop et détails soul (les cuivres notamment). Quant à sa voix imposante, au timbre cabossé, voilé, elle laisse transparaître les vieilles blessures et la moindre émotion fugitive.

En se mettant à nu comme jamais, en osant mettre un pied dans la musique, domaine familial aussi encombré que miné, Lou Doillon, à trente ans pile (elle les fête le 4 septembre) a trouvé sa voie. Et nous une voix, aussi royale que la dynastie aristocratique de la chanson française dont elle provient à l'insu de son plein gré. 
 

"Places" de Lou Doillon (Barclay/Universal) est sorti le 3 septembre 2012