Les rappeurs donnent de la voix dans la campagne

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 15/04/2012 à 13H27
Le rappeur Axiom a écrit l'essai politique "J'ai un rêve", inspiré par Martin Luther King.

Le rappeur Axiom a écrit l'essai politique "J'ai un rêve", inspiré par Martin Luther King.

© Stéphane de Sakutin / AFP

En chansons mais aussi en livres, des rappeurs comme Kery James et Axiom se servent de la campagne présidentielle comme d'une tribune dans l'espoir de faire entendre la voix des quartiers populaires. D'autres, tels Youssoupha ou Alibi Montana, se mobilisent pour l'inscription sur les listes électorales. Mais s'engager "réellement" n'est pas sans risques et peut faire perdre des plumes aux artistes, comme le raconte Rost.

Kery James l'enragé, très sévère
"Les Français ont-ils les dirigeants qu'ils méritent ?". Kery James pose la question et prend les élus à partie dans sa "Lettre à la République", un nouveau morceau de circonstance, aussi sombre qu'amer, à méditer à quelques jours de l'élection présidentielle. Le rappeur "noir, musulman, banlieusard et fier de l'être", en résidence acoustique aux Bouffes du Nord jusqu'au 28 avril, dénonce dans ce brûlot à charge le passé colonial de la France, la stigmatisation des musulmans et la dérive xénophobe de ses concitoyens.

"Lettre à la République" de Kery James

"Si t'as des couilles, inscris-toi sur les listes"
De son côté, Alibi Montana interpelle ses fans pour les convaincre de faire usage de leurs droits civiques : "Si tu es un bonhomme, si tu as des couilles, tu t'inscris sur les listes". Comme lui,  les rappeurs Mac Tyer, Axiom, Youssoupha ou La Fouine se sont mobilisés pour l'inscription sur les listes électorales ou contre les contrôles au faciès. 

"Nous, les rappeurs, on doit essayer de créer une passerelle psychologique qui permette à la France d'en haut et à la France d'en bas de se comprendre", estime Mac Tyer, qui a planté son studio dans le quartier où il grandi, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). "Quoi qu'il arrive, il faut aller voter, que chacun mette dans l'urne ce qu'il a dans sa tête et on saura vraiment où en est la France", clame-t-il.

Axiom publie un essai politique
Très engagé sur ces questions, notamment à Lille où il a fondé l'association Norside, le rappeur Axiom a choisi de faire entendre sa voix par le biais du livre avec une lettre ouverte aux candidats à la présidentielle. Dans cet essai politique inspiré par le combat de Martin Luther King intitulé "J'ai un rêve" (Denoël), sorti le 8 mars, il appelle à la défense de la République et invite les habitants des quartiers à s'engager politiquement et à s'emparer de leurs droits.

"Nous, on veut casser le plafond de verre. Il faut prendre les élections d'assaut", martèle Axiom qui s'affiche aujourd'hui comme un "homme politique" autant qu'un artiste.

Axiom parle de son livre "J'ai un rêve"

S'engager ne va pas sans risque
Mais quelques-uns craignent de perdre des plumes en s'engageant dans ces combats. "Passer dans les médias permet de toucher un autre public mais on sait qu'on se tire une balle dans le pied", admet Rost, rappeur, écrivain, chroniqueur et président de l'association Banlieues actives, créée en 2006.

"En 2004, mon premier album solo, "La Voix du peuple", s'est vendu à environ 70.000 exemplaires. A partir de 2005, je me suis engagé. Fin 2006, mon album "J'accuse", très politique, a dû se vendre à 12.000, 13.000 exemplaires", raconte-t-il. L'an passé, il a sorti "Poésie d'un résistant", un album mêlant poésie et jazz, passé un peu inaperçu.

Selon lui, "si on se limite aux disques, tous les rappeurs sont des gens engagés. Mais quand il s'agit de s'engager réellement, 95% n'y vont pas parce qu'ils ont peur pour leurs ventes". 

"Si ça ne change pas, ça va péter"
"Homme de gauche" mais pas "encarté", Rost a trouvé une écoute chez le candidat socialiste François Hollande mais il a refusé de s'engager dans son équipe de campagne, déplorant une "approche très technocratique" des quartiers populaires. Aujourd'hui, il souligne l'exaspération des Français en général et le désespoir des jeunes des quartiers déshérités en particulier, et prévient : "Quel que soit le nouveau président, si ça ne change pas, ça va péter".