Léonard Cohen, retour en majesté avec "Old Ideas"

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/01/2015 à 17H03, publié le 30/01/2012 à 15H55
Leonard Cohen, en Espagne en octobre 2011.

Leonard Cohen, en Espagne en octobre 2011.

© J.L. CEREIJIDO/EFE/MAXPPP

Le poète canadien est de retour avec un somptueux 12e album, son premier depuis huit ans, dont il signe aussi la pochette. Ca valait le coup d'attendre.

A 77 ans, le vieux sage, redescendu il y a quatre ans parmi les hommes avec une tournée mondiale au long cours, nous montre la voie avec "Old Ideas" ("Vieilles idées"), un genre de manuel de survie pour temps troublés.

Un album aux forts accents spirituels, non dénué d'humour
Dès les premières secondes de ce disque, la voix nue de Leonard Cohen célèbre les retrouvailles. Joie immense de retrouver cette texture grave, usée mais claire, qui a du sens. L’épure et la lenteur musicales, couplées à la profondeur des textes, forcent à s’arrêter, à faire silence ; imposent une pause à la frénésie générale.

Annoncé comme son disque le plus ouvertement spirituel de sa carrière, « Old Ideas » joue avec les thèmes éternels du chanteur bouddhiste ordonné moine zen dans les années 90 sous le nom de Jikan ("Le silencieux") : l’amour, les tourments humains, le temps qui passe, le pardon et la mort, cette inévitable « défaite » qui nous attend tous. Avec gravité et sagesse,  mais sans oublier l’humour.

Ainsi, tout en restant ouvertes à l'interprétation, plusieurs nouvelles chansons de l'auteur de l'hymne "Halleluja" sont des prières ardentes à peine voilées. Dans son premier single, « Show Me The Place »,  il implore  par exemple : «Montre moi l'endroit, aide-moi à pousser cette pierre/Montre moi l'endroit, je ne peux la bouger seul/Montre moi l’endroit ou le mot s’est fait homme/Montre moi l’endroit où la souffrance a commencé".

Sur « Going Home », qui ouvre l’album, Leonard Cohen se décrit en «batard flemmard vivant dans un costume », en berger se faisant passer pour sage qui n’aspire qu’à « rentrer à la maison, de l’autre côté du rideau, sans le costume que je portais». Oui, il y a des ténèbres (« The Darkness ») et du gospel chez Cohen mais on n’est jamais tout à fait à la messe : toujours ce sourire, cette autodérision, en contrepoint des métaphores les plus spirituelles. L’humour des grands initiés.

Les chansons d’amour lucides, telles « Anyhow » ou « Crazy to love you »,  sont aussi légion. Interrogé sur sa réputation d’homme à femmes, Leonard Cohen, répond aujourd'hui, pince-sans-rire : « au point où j’en suis, être un homme à femmes implique une bonne dose d’humour ».

"Darkness" de Leonard Cohen, live à Nashville

Un blues ample et nu 
Musicalement, cet album dépouillé (rarement plus de trois instruments à la fois) prend son temps pour installer un blues-folk dénudé et ample proche des débuts, bien loin des synthés où il s’était parfois perdu. Une guitare ou un banjo, un piano ou un orgue, ainsi que ses fabuleux chœurs féminins, suffisent à former l’écrin idéal pour sa belle voix cabossée de patriarche.

Si sa longue dépression s’est enfin « dissipée » ,  le poète n’oublie pas de noter qu’il n’a « pas de futur » et que ses « jours sont comptés » (sur "Darkness"). Pour autant, « Old Ideas » n’est ni un album mortifère ni son disque-testament. Il devrait même avoir une suite rapide.

« J’ai beaucoup d’éléments inachevés. Suffisamment pour un nouvel album sur lequel je suis en train de travailler », explique-t-il. Donc, si Dieu le veut, je serai en mesure de finir un autre album d’ici un an environ ». Pour la tournée, en revanche, les fans vont devoir prier avec un peu plus de ferveur.

"Old Ideas" de Leonard Cohen (Columbia/Sony) est à l'écoute intégrale ici.

"Old Ideas" de Leonard Cohen, signée du poète lui-même

"Old Ideas" de Leonard Cohen, signée du poète lui-même

© Columbia/Sony