Le procès en appel des Pussy Riot reprend dans l'ombre de Poutine

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 09/10/2012 à 19H38
Le procès des Pussy Riot sous la pression de Poutine

Le procès des Pussy Riot sous la pression de Poutine

© Andrey Stenin / RIA NOVOSTI

Le procès en appel du groupe russe Pussy Riot reprend mercredi à Moscou, alors que le président Vladimir Poutine a estimé que les trois jeunes femmes, condamnées en août à deux ans de camp pour une "prière punk" contre lui, avaient eu ce qu'elles cherchaient. Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, condamnées pour "hooliganisme" et "incitation à la haine religieuse", doivent comparaître devant le tribunal municipal de Moscou à partir de 07H00 GMT.

Elles avaient été arrêtées peu après avoir chanté en février dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, à deux pas du Kremlin, une "prière punk" demandant à la Sainte Vierge de "chasser Poutine" du pouvoir. Le procès en appel s'était ouvert le 1er octobre, mais le tribunal  municipal de Moscou avait renvoyé l'affaire après que la prévenue Ekaterina  Samoutsevitch eut annoncé s'être séparée de ses avocats en raison de désaccords  sur la ligne de défense adoptée.

Les avocats des trois jeunes femmes, qui ont travaillé jusqu'ici de manière très étroite, ont affirmé que Mme Samoutsevitch subissait des pressions de la part d'amis. D'après les avocats, la prévenue pourrait rompre l'unité du groupe en plaidant coupable dans l'espoir d'obtenir une peine plus clémente.

L'affaire des Pussy Riot a divisé la société en Russie et suscité l'indignation à travers le monde, dans un contexte d'inquiétudes sur la reprise en main du pays par Vladimir Poutine, revenu au Kremlin en mai pour un troisième mandat de président, après un intermède de quatre ans comme Premier ministre.

"Pression directe" de Poutine

Les jeunes femmes ont continué à recevoir des marques de soutien de l'étranger après leur condamnation, l'icône de la démocratie birmane Aung San Suu Kyi ayant appelé récemment à leur libération. La veuve de John Lennon, Yoko Ono, leur a décerné son prix pour la paix intitulé "LennonOno", et le Parlement européen a décidé de présenter leur candidature pour le prestigieux Prix Sakharov pour la liberté de l'esprit.

Vladimir Poutine, lui, a estimé que la condamnation des jeunes femmes à deux ans de camp était "correcte", dans une émission consacrée au 60e anniversaire du président russe le 7 octobre, diffusée par la chaîne de télévision pro-pouvoir NTV. "En fait, il est correct qu'elles aient été arrêtées et il est correct que le tribunal ait pris une telle décision. Car il ne faut pas saper les fondements de la morale, détruire le pays. Que nous reste-t-il sinon ?", a  déclaré Vladimir Poutine.

L'homme fort de Russie a cependant tenu à préciser qu'il n'était pas intervenu dans cette affaire, ajoutant, dans un langage familier, que les jeunes femmes avaient "écopé de 'deux petites années'". "Je n'ai rien à voir avec cela. Elles le voulaient et elles l'ont eu. Ma première réaction avait été de demander aux croyants de leur pardonner, je pensais que cela s'arrêterait là", a encore dit Vladimir Poutine.

Mais l'avocat de Mme Tolokonnikova, Mark Feïguine, a indiqué que les observations de Vladimir Poutine montraient qu'il était impliqué dans cette affaire,  dénonçant "une pression" sur la justice. "Il est clairement intéressé, impliqué et régulièrement informé de cette affaire", a déclaré l'avocat. "Il a démontré ce qu'il pensait du jugement du tribunal sans même attendre l'appel. Il s'agit d'une pression directe sur le tribunal" municipal qui va examiner l'appel, a ajouté Mark Feïguine. "C'est un système autoritaire. Même si les juges ne reçoivent pas d'ordres  directs, ils prendront en compte cette opinion", a estimé l'avocat.