Le Peuple de l’Herbe fait l'éloge du temps dans son 6e album "A matter of time"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 13/01/2012 à 18H00
Le Peuple de l'herbe

Le Peuple de l'herbe

© Gilles Garrigos

Les Lyonnais du Peuple de l’Herbe présentent leur petit dernier, «A matter of time». Ce n’est qu’une question de jours avant sa sortie, le 16 janvier. Mais les plus avertis du Net ont déjà eu un avant goût des réjouissances avec «Mars», la vidéo du premier single pêchu, extrait de l’album.

 

 

Voilà un opus aux sonorités multiples globalement de bonne facture malgré quelques morceaux (« Tous les matins » par exemple) qui pourront dérouter les fans. C’est sur scène, à partir du 21 janvier, qu’il faudra absolument (re)découvrir ce groupe inclassable puisque c’est là qu’il révèle toute sa puissance. N'Zeng (trompette/claviers), DJ Pee (scratches), Psychostick (batterie) et Spagg (basse, sampler), 4 des 6 membres du groupe (en l’absence des MC’s, le Londonien JC 001 et Sir Jean) nous accueillent dans le sous-sol voûté d’un studio que leur envieraient bien des groupes, niché au cœur des Subsistances, à Lyon

 

Votre nouvel album (et l’un des 13 titres, où la voix de JC s’avère particulièrement envoûtante) s’intitule « A matter of time », une question de temps. Qu’avez-vous voulu dire par là ?

-DJ Pee : Tout le monde a besoin de temps ! JC a écrit ce texte super émouvant. C’est aussi bien l’histoire d’une rupture que de sa façon d’apprendre la musique. Il a eu une autre carrière avant le Peuple de l’Herbe. Il a vécu une montée fulgurante et une descente brutale… On avait envie de le mettre en lumière. Son texte est super poignant et il ne le chante pas, il le joue.
-N’Zeng: On a perdu cette notion de prendre le temps. Aujourd’hui tu achètes, tu jettes. La musique tu la télécharges et 3 jours après elle sera au fond du disque dur et tu l’auras balancé. Parfois il faut plus de temps qu’une écoute pour apprécier
-DJ Pee : Et puis réfléchir avant de parler. Maintenant avec le net les gens mettent des commentaires tout de suite, à la première écoute, sans aucune réflexion, sans recul. On est dans une époque qui accélère, qui accélère… Peut être qu’on est un peu plus à l’ancienne mais on le revendique et on l’assume

 

La pochette de A matter of time

La pochette de A matter of time

© Marie-Pierre Jeffard

 

Par rapport à vos précédents albums, celui-ci est vraiment très éclectique. Funk sur « Mothership » ou « Let us play », hip hop sur « Parler fracas », plus rock sur « Number »… La variété  était un choix ?

-DJ Pee : Ca a toujours été un peu le cas mais là on a voulu l’affirmer encore plus. Ca faisait partie de notre cahier des charges. Depuis le début on s’efforce d’être inclassables…  On a été labellisés « dub » parce qu’au début on faisait partie de cette scène.
-Psychostick : Au sein du groupe, on écoute des choses très variées. On est aussi des DJ, donc on apprécie des morceaux pour le mix, plus dansants et puis des choses plus personnelles, ça va du jazz au hip hop, du reggae à la musique sixties, du punk rock au hardcore…

Groupe électro à la base, vous avez introduit de vrais instruments dans votre jeu. Qu’en est-il sur « A matter o time » ?

-N’Zeng: C’est à peu près équivalent à ce qu’on a pu faire sur les deux derniers, « Radio Blood Money » (2007) et « Titlt » (2009). Ce qui a vraiment changé c’est l’arrivée de Spagg en 2007. Là, il y avait une vraie basse jouée alors qu’avant on la faisait avec les claviers ou à partir de samples.
-Psychostick : On a quand même un peu changé dans la manière de composer en partant davantage des instruments joués, basse – batterie - clavier, et en cherchant ensuite de sons en machine à ajouter.
-N’Zeng : Cet album a beaucoup plus de chant que les précédents et les cuivres, qu’on utilise depuis le début, sont là surtout pour accompagner le chant. C’est typiquement le cas sur « Let us play », un morceau soul funk comme on pouvait l’entendre dans les années 60, 70, avec notre patte.

 

N'Zeng, DJ Pee, Spagg, Psychostic

N'Zeng, DJ Pee, Spagg, Psychostic

© Marie Herenstein

 

Y a –t-il des thématiques qui vous tiennent à cœur et que vous abordez dans cet album ? Par exemple en cette année d’élection présidentielle …

-DJ Pee : JC et Sir jean, les chanteurs, nous amènent des propositions. Après on valide ou pas. Là, on voulait parler des révolutions dans le Maghreb donc on a fait un morceau qui s’appelle « Jasmin in the air » qui parle de la révolution de Jasmin. « Parler fracas » est également un morceau engagé. Les autres titres sont plus légers. On avait envie de sortir de ces thématiques un peu sombres pour aborder des choses plus simples comme dans « Let us play » ou « New day ». Dans « New day », l’idée c’est qu’au lieu de dire « tout va mal », on constate que tout ne va pas bien mais qu’un jour ça ira mieux
-Psychostic : c’est l’espoir !
-DJ Pee : Ca nous permet aussi de faire passer le message: laisser nous jouer ! Beaucoup de gens nous cataloguent parce qu’on s’appelle le Peuple de l’Herbe, donc on joue forcément du reggae et on fume des joints… on a toujours à expliquer et à se justifier. Là on dit juste « let us play ! », laisser nous jouer notre musique et écouter avant de critiquer !
-N’Zeng : Dans notre album « Radio blood money », sorti juste avant les élections de 2007, on s’était complètement inspiré de ce qu’on voyait arriver gros comme une maison, en terme de libertés qui allaient être grignotées. On avait évoqué des choses qui nous tenaient à cœur à l’époque, les élections ont été ce qu’elles ont été, depuis on espère qu’il y aura un minimum de conscience…
-DJ Pee : Musicalement on aurait été redondants si on avait redit les mêmes choses. A l’époque, on avait fait cet album en se servant de la science fiction (le roman « Dr Bloodmoney », de Philip K.Dick, ndlr) pour réfléchir à ce que peut amener l’extrémisme... On se trompe peut être mais là on espère que ce qui s’est passé dans le Maghreb pourra aussi se passer un peu ailleurs. Pour une fois on a envie d’y croire. C’est une histoire de temps ! Rien n’est gagné mais on essaye d’alterner les deux dans l’album, parler de fracas et de jasmin et de souffler.

 

Marc Nammour (Canaille) et Marie Nachury (Brice et sa Pute, Lipstick Royale) chantent respectivement sur « Parler fracas » (hip hop) et « Mars » (funk rock), deux titres différents mais très convaincants. Comment se sont passées ces rencontres ?

-Psychostick : On avait bien aimé l’album de La Canaille et on avait ce morceau hip hop. On s’est dit Marc chante en français, il a des bons textes, donc on l’a contacté et ça s’est fait. On est vraiment contents.
Marie avait fait des premières parties sur la tournée « Tilt ». Sur le titre « Mars » on imaginait une voix à la Nina Hagen. On lui a passé le morceau, 3 jours après elle nous l’a renvoyé avec ses voix et là… superbe !

 

 

Vous reprenez la route le 21 janvier pour une longue série de dates en France, en Espagne, en Suisse, comment abordez-vous ce moment ?

-DJ Pee : Via les réseaux sociaux, on voit les gens qui piaffent d’impatience derrière leur ordinateur et ça c’est motivant !
Psychostick: Et puis on a envie de jouer nos nouveaux morceaux sur scène, voir la réaction du public. Pendant qu’on est en studio ça permet de se faire oublier un peu pour se faire désirer !
-N’Zeng : On donne beaucoup d’énergie sur scène avec des sets assez longs. Maintenant, avec 6 albums, on essaie de satisfaire un peu tout le monde. On place la barre assez haute pour offrir un beau spectacle.

Le groupe a 14 ans pour le doyen d’entre vous. Un âge déjà plus que raisonnable. Quel recul avez-vous sur ces années passées ?

-N’Zeng : Si on ne se rend pas compte que tout ce temps à passé, c’est positif. Il y a plein de souvenirs comme des chouettes moments en tournée… des trucs qu’on n’aurait pas pu réaliser tout seul dans notre coin. Mais on évite de trop se tourner sur le passé. On aura le temps quand on sera plus vieux ! Tant qu’on n’a pas l’impression de se répéter, on peut continuer. Et puis on a une super équipe autour de nous, des gens en qui on a entièrement confiance, qui ne sont pas là de passage mais impliqués dans la vie du groupe, des potes, 12 personnes qui vivent ensemble !
-DJ Pee : C’est une belle aventure humaine, basée sur un système ultra démocratique : on discute parfois pendant des heures sur des détails, on est tous payés pareil, on déclare tous ensemble nos morceaux. Ce n’est pas toujours facile mais le principe est là. On garde une attitude humble. C’est aussi pour ça que le groupe a pu tenir. Ce sont des bases saines. Chacun a trouvé sa place, son équilibre. Avec un peu de bonne volonté on a quand même une vie fantastique ! Un public, notre studio, des gens qui nous suivent. On a beaucoup bossé et on s’est fait plaisir. C’est notre rêve de gosse !

 

DJ Pee

DJ Pee

© Marie Herenstein