Le club techno parisien Concrete obtient la Licence 24h : interview d'un responsable

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Publié le 09/03/2017 à 17H35
Ambiance à bord de la péniche-club Concrete.

Ambiance à bord de la péniche-club Concrete.

© Jacob Khrist

Pour les clubbeurs et les amateurs de musiques électroniques, c'est une victoire : la péniche-club Concrete amarrée port de la rapée Paris 12e, où défilent chaque week-end la crème des Dj's internationaux depuis 2011, vient d'obtenir la "Licence 24h" de la Préfecture. Une première qui va lui permettre de rester ouverte en continu. Cinq questions à Aurélien Dubois, responsable du club.

1.
Cette licence a-t-elle été difficile à obtenir et depuis combien de temps la réclamiez-vous ?

Aurélien Dubois, responsable du club Concrete en tant que président de l'agence d'évènementiel Surprize : C'est le fruit de longs mois de discussions et une récompense pour toutes les années de travail sur Concrete, avec la tentative d'être irréprochables sur tout ce que l'on fait chez Surprize (la péniche Concrete, les festivals Weather été et hiver et des évènements comme la nuit électronique à la gare St Lazare). Le travail bien fait, ça paye. Nous n'avons pas exactement réclamé cette licence mais nous défendons notre point de vue depuis longtemps auprès de la mairie et de la Préfecture. A ces interlocuteurs pas forcément au fait, on a expliqué la situation, on a montré comment cela se passe ailleurs, les bénéfices qu'ils pouvaient en tirer, on leur a montré comment on travaille et on a exposé ce vers quoi on veut tendre. 
 

La péniche Concrete amarrée Port de la Rapée, Paris 12e.

La péniche Concrete amarrée Port de la Rapée, Paris 12e.

© Jacob Khrist
2.
Cette licence 24 heures est-elle rare ? Qui en bénéficie déjà en France ?

La Licence 24h est un anglicisme, c'est le terme européen pour parler de l'ouverture en continu. En France, certains établissements bénéficient de cette autorisation à Paris, comme Le Pied de Cochon, mais aucun établissement festif de musiques électroniques à ma connaissance. Le fait que Concrete obtienne ce droit souligne une volonté politique de s'aligner sur des pratiques similaires en Europe. Cela nous fait entrer dans le cercle fermé des grands clubs techno. C'est aussi un message à l'intention des touristes, on sort enfin de ce côté austère de la nuit en France. 

3.
Qu'en est-il à l'étranger ?

L'ouverture en continu fait partie des codes de l'expression artistique des musiques électroniques : plusieurs clubs internationaux de techno en bénéficient, en particulier à Berlin et Amsterdam. Différents clubs berlinois, comme le Berghain, ouvrent du vendredi soir au lundi matin en continu.

En terme de tourisme festif, les Allemands sont des précurseurs, ils ont compris avant tout le monde que c'était un secteur aux retombées économiques très importantes.

Surprize défend  cette notion de Paris culturel et festif auprès de la Mairie de Paris et du ministère du Tourisme depuis 3-4 ans en montrant que Berlin, Londres, Amsterdam ou Ibiza ont déjà pris des mesures similaires avec de bonnes retombées économiques. Pour la génération 18-40 ans, l'idée de pouvoir venir danser à toute heure est une incitation à venir faire du tourisme.
 

4.
Qu'est-ce que cela va changer concrètement pour le club Concrete ?

Depuis 2010, le décret d'autorisation de nuit permet d'ouvrir jusqu'à 7h du matin au plus tard. Il impose d'arrêter de servir des boissons 1h30 plus tôt (à 5h30 donc) et de couper la musique 15 mn avant.  Pour nos artistes mais aussi pour le public de nos soirées, c'est extrêmement frustrant de couper la musique à une heure imposée.

Désormais, tant que les gens seront chauds, on ne fermera pas. Si les artistes s'amusent et que le public communie sur le dance-floor, on reste.

Laurent Garnier est venu jouer le 18 décembre après le festival Weather Winter de 7h à 15h. A partir de 13h, c'était un moment d'euphorie unique et incroyable, inoubliable pour les participants. On veut aller davantage vers ces moments de partage puissants et laisser se produire la magie. Après, nous n'avons pas pour objectif de rester ouverts en permanence 24h sur 24. En revanche on pourra enchaîner les vendredis et samedis sans fermer et surtout enchaîner un samedi avec un dimanche une fois par mois. Ces Samedimanches, avec ouverture non stop du samedi 22h jusqu'au lundi 2h du matin, permettront de programmer un mini festival avec un line up fort qui fera se déplacer les gens de plus loin, de province et de l'étranger. La première aura lieu les 1er et 2 avril.

5.
Que reste-t-il à conquérir maintenant pour Concrete et plus généralement pour la nuit à Paris et la techno en France ?

Il y a surtout des idées qui ont besoin de continuer à infuser. C'est parce qu'il y a une compréhension et un accompagnement au niveau parisien qu'on arrive à ces résultats. Cela manifeste une vraie volonté culturelle et politique d'avancer de la part des autorités. Les musiques électroniques ont été longtemps diabolisées et on voit que cette perception évolue.

Le plus beau message de cette autorisation c'est qu'en haut lieu on a enfin compris que Paris est la capitale la plus dynamique au monde en terme de musiques électroniques et qu'elle a tout à y gagner.

Je ne crains pas les lendemains de présidentelle parce que tant qu'on sera en démocratie cette culture persistera. Le fait qu'on la reconnaisse aujourd'hui est un pas en avant et un bel acquis. A nous maintenant de leur prouver qu'ils ont bien fait de nous faire confiance.

Et pour commencer, la soirée Minibar à Concrete ne fermera pas samedi prochain (11 mars) avant 10h du matin dimanche. Le premier Samedimanche (ouverture non stop du samedi 22h au lundi 2h du matin) aura lieu les 1er et 2 avril. Consultez la page Facebook du club Concrete pour plus de détails.

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