James Blake, néo-soul pour le temps présent

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 13H39, publié le 19/09/2011 à 17H06
James Blake

James Blake

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Ce jeune britannique s'impose avec son premier album comme une des découvertes majeures de 2011. Compositeur, chanteur, producteur, James Blake a fait ses premiers pas dans un genre, le dubstep, très prisé de l’underground mais encore confidentiel auprès du grand public mondial. Après une poignée de maxis repérés ces 18 derniers mois par des pointures comme Gilles Peterson, il sort un album remarquable, alliant comme rarement grâce et modernité

On l’a dit, James Blake, 22 ans, vient du « dubstep », un genre minimal et assez sombre dont les infrabasses constituent l’épine dorsale. Avec son premier album, qualifié de "post-dubstep", il fait un pas de côté et tend (intentionnellement ou pas ?) la main au mainstream. Son disque est en effet, et de loin, le plus accessible des disques expérimentaux qu’il nous ait été donné d’entendre depuis longtemps. Une démarche fraîchement accueillie par son public de base. Forcément.

De fait, on chercherait en vain les infrabasses dans ce disque vaporeux, extrêmement délicat et mélancolique, dominé par la belle voix du jeune homme et par le piano, qu’il pratique depuis l’enfance. Un piano, une voix, où est l’innovation ? Dans le travail de déconstruction.

James Blake prend en effet un malin plaisir à découper et re-séquencer les sons et  à trafiquer sa voix à loisir pour un résultat déconcertant, futuriste et souvent envoûtant. Son travail d’orfèvre s’attache essentiellement aux textures. Et s’articule autour du silence, élément capital qu’il confie utiliser comme un véritable « outil ».

Son inspiration est à chercher, dit-il, chez les chanteurs Sam Cooke, Bon Iver, Laura Marling et Joni Mitchell, mais aussi du côté de Outkast pour la production et de « la musique de club la plus sombre ». On ajoutera le gospel, dont on perçoit clairement les échos sur deux chansons, et The Xx pour la limpidité, les silences et la fragilité.

"Limit to your Love" de James Blake (reprise de Feist)

Feist lui a offert un marchepied pour le succès
C’est en tout cas la chanteuse Feist qui lui offre son premier véritable hit, marchepied probable vers un succès à grande échelle.

James Blake a repris son "Limit to your love" et sa version, transfigurée, est une pure merveille. Il y en a d’autres : "Unluck", le titre d’ouverture, avec sa voix tordue et son fourmillement de bruitages au second plan, l’élégiaque "Wilhelm Skreams", la mécanique déréglée de "To Care (like you)", le plaintif "I never learnt to share" et le final gospel majestueusement dépouillé de "Measurements".

On pourrait n’y voir parfois qu’un caprice de bidouilleur, qu’un jeu facile et hasardeux sur l'équalisation. L’effet produit est en tout cas loin de ressembler à une mécanique sans âme, plutôt à une néo-soul sensible et tordue très XXIe siècle.

Restait à passer l’épreuve de la scène. James Blake promettait des concerts garantis sans ordinateurs portables, avec de vrais instruments. Promesse tenue. Et remarquablement. Sa voix passe la rampe, et le groupe réduit à trois personnes parvient à imposer le climat délicat si particulier de son disque. Chapeau bas à son batteur, une mécanique implacable et pourtant souple, qui nous a époustouflé.

"The Wilhem Skream" de James Blake