Gorillaz, 10 ans de succès insolent

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 01/12/2011 à 11H26
Gorillaz : The Singles Collection

Gorillaz : The Singles Collection

© Gorillaz

Trois albums depuis 2001, quatre si l'on ajoute "The Fall", entièrement réalisé sur un iPad, et autant de sans-faute. Les Gorillaz, premier groupe virtuel de dessin animé dont on célèbre ce mois ci les dix ans, ont aligné les succès avec insolence et imposé leur généreux brassage musical sur toutes les ondes. Pourtant, son leader Damon Albarn n'aura pu mener totalement à bien son projet de départ : avancer masqué. La rançon du succès.

Damon Albarn voulait échapper à la personnalisation 
Avec les Gorillaz, le premier groupe virtuel de l'ère digitale, Damon Albarn avait cru pouvoir échapper au cirque médiatique dont il avait touché du doigt la folie avec Blur, groupe phare de la brit-pop des années 90. Retranché derrière les formidables personnages dessinés par le génial Jamie Hewlett, son ami et ancien co-locataire, il s'est d'abord senti à l'abri. La morsure acide du succès ne l'atteindrait pas. Pas de noms, pas d'interviews, pas de photos. La bonne blague. Et en concert, on jouerait derrière un drap, personne ne saurait rien. L'idée du siècle.

Sur ce point, celui de l'anonymat, Damon Albarn a lamentablement échoué. La fumisterie n'a tenu que quelques semaines. Lui a tenu bon un peu plus longtemps, livrant avec constance en pature aux médias ce drôle de groupe punk de dessin animé constitué de Murdoc, 2D, Russel et Noodle, complices au caractère bien trempé.

"Clint Eastwood" de Gorillaz, dessins de Jamie Hewlett (2001)

En concert, des Ombres chinoises de 2001 au Show total de 2010
Damon Albarn a même osé jouer avec son groupe en ombres chinoises à la Cigale en juin 2001 alors que personne n'était plus dupe depuis belle lurette. Pourtant, il a bien fallu, un jour, se résoudre à jouer live au grand jour. Pour cela, le public aura dû attendre 2010 et la tournée mondiale accompagnant le troisième album des Gorillaz "Plastic Beach". Et là quel festin ce fut ! 

Orchestrations somptueuses, projections vidéos inventives, rencontre miraculeuse de tous les styles : entouré d'une poignée de légendes - les anciens Clash Mick Jones et Paul Simonon, Bobby Womack et De La Soul notamment - Damon Albarn a offert un show total, sans doute le plus enthousiasmant de la décennie. Et on pèse nos mots. A le voir si rayonnant sur scène, on se demande encore pourquoi Damon avait tant attendu si longtemps pour jouer à découvert le maître de cérémonie.

Dix ans de tubes pop en compagnie de pointures
Car s'il a échoué côté anonymat, sa musique, elle, a triomphé sur toutes les ondes mondiales durant cette décennie. Qu'il s'agisse des premiers tubes en 2001 avec Automator à la production (on se souvient encore de notre stupeur en entendant  Del Da Funky Homosapien sur "Clint Eastwood" en fond sonore dans un supermarché de Cahors), à ceux huit ans plus tard avec Danger Mouse aux manettes, il ne s'est heurté à aucune résistance, son brassage unique et généreux coulant comme miel entre les oreilles.

Convoquant à sa table des dizaines d'artistes de toutes obédiences, de Neneh Cherry au papy cubain Ibrahim Ferrer, de Shaun Ryder (Happy Mondays) à De La Soul, de Mick Jones et Paul Simonon (de Clash) à Snoop Dogg, son mélange complexe de rock, hip-hop, dub et world music a su se hisser au top des charts pop sans jamais se compromettre ni lâcher sur la sincérité.

Des clips et un site remarquables
Autre point fort, déclinant les facettes d'un univers très complet en évolution perpétuelle : les clips, tous remarquables, signés Jamie Hewlett, tout comme le site foisonnant et ludique sur lequel les fans ont passé de longues heures à promener leur souris (toujours quelque chose à y découvrir... et c'est encore le cas aujourd'hui).

"The Singles Collections", un double CD-DVD sorti ces jours-ci, célèbre donc une décennie d'innovations musicales et audiovisuelles. Tous les singles, les remixes et les clips réunis en un seul objet. Un condensé de bonheur.

"Superfast Jellyfish" avec De La Soul Live au David Letterman Show (2010)