BD : "Haddon Hall, quand David inventa Bowie"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 12/03/2012 à 16H05
Extrait de "Haddon Hall" par Néjib

Extrait de "Haddon Hall" par Néjib

© Gallimard

On en sait beaucoup sur David Bowie. Mais que sait-on de l'avant-Bowie ? De la génèse de Ziggy Stardust ? Dans cette BD réjouissante, le graphiste Néjib se penche sur la période capitale durant laquelle David Jones accoucha de Bowie.

Fin des années soixante. David investit avec sa femme Angie et une poignée d'amis hippies une vieille demeure londonienne. Avides d'expériences, ils reçoivent beaucoup, tapent le boeuf, refont le monde autour d'un thé et organisent des fêtes sans entraves.

On y croise Marc Bolan, son futur rival dans le glam rock, le producteur Tony Visconti, Syd Barrett en retour d'acide et John Lennon en pleine dépression - "Dans notre chère Angleterre (...) le Grand Art c'est pour la haute, et le sous-art pour les prolos", lui fait-il dire, amer. 

Le plan diabolique d'un manager ambitieux
Mais c'est Tony de Fries, son futur manager aux dents longues, qui hissera Bowie sur le pas de tir de la fusée star-system dont il n'est jamais redescendu. "J'ai conçu un plan diabolique pour forcer la porte blindée du succès", lui lance-t-il. "C'est simple : n'essaye pas de devenir une star. Sois une star !". 

Ce plan se déroulera comme sur des roulettes. Mais nous n'en sommes pas encore là. De longs mois de créativité, de tâtonnements et de déceptions seront encore nécessaires.  Ils sont racontés ici sur un mode enlevé semi-fictionnel où l'on découvre en prime des épisodes douloureux méconnus comme la perte du père et le fardeau d'un grand frère chéri atteint de schyzophrénie.

'Haddon Hall' de Néjib

'Haddon Hall' de Néjib

© Gallimard

La narration et le graphisme sortent des clous
Le parti de pris de Néjib est original. Au plan narratif d'abord, puisque c'est Haddon Hall, le vieux manoir décati, qui raconte l'histoire. Au plan graphique, ensuite, Néjib fait preuve ici d'une liberté totale. Son trait est vif, nerveux, fulgurant, et les couleurs acidulées, en phase avec le sujet. Quant aux cases, code de base de la BD, elles sont jetées aux oubliettes : c'est bien simple, il n'y en a pas, sans que cela nuise pour autant à la fluidité du récit.

Et puis il y a les Intermezzo, ces intermèdes savoureux d'une page dans lesquels l'auteur croque les code fashion - vestimentaires, capillaires, musicaux - de l'époque. Les swinging sixties comme si vous y étiez.

"Haddon Hall, quand David Inventa Bowie" par Néjib, Gallimard  (19 euros)