Air parle de ses musiques de films préférées

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 06/02/2012 à 10H13
Air, Nicolas Godin (à gauche) et Jean-Benoît Dunckel.

Air, Nicolas Godin (à gauche) et Jean-Benoît Dunckel.

© Photo : Wendy Bevan (Emi Music France)

Air décolle avec un nouvel album sur le pas de tir lundi. Point de départ de ce "Voyage dans la Lune", le film de Georges Méliès du même nom réalisé en 1902 et premier blockbuster de science fiction de l'histoire du cinéma. Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel ont été invités à composer la bande originale de la version restaurée et recolorisée de ce film de 15 minutes qui a marqué la conscience planétaire. L'inspiration a débordé sur la longueur d'un album et l'on ne peut que s'en féliciter. Nous y reviendrons. Pour l'heure, les deux musiciens, qui avaient déjà signé il y a 13 ans la somptueuse B.O. de "The Virgin Suicides" de Sofia Coppola, nous parlent de leurs musiques de films préférées.

"Sonic Armada" de Air, extrait du "Voyage dans la Lune"

Votre pop a toujours été cinématique. Quelles sont vos musiques de films préférées ?
Nicolas Godin : Ennio Morricone. "Le Bon, la Brute et le truand », c’est la pierre angulaire, c’est incontournable, énorme ! Tout ce que Morricone a fait, les sons, les réverbs, la couleur musicale. Morricone, c'est très lié à l’enfance, tous les films de Sergio Leone passaient à la télé, à l’époque il n’y avait que deux ou trois chaînes donc on les a tous vus. C'est vrai que notre travail est nourri de musiques de films. Quand on travaille, on se fait un film (sourire).

Le thème de "Le Bon, La Brute et le Truand" signé Ennio Morricone

En France, il y a aussi des pointures du genre, non ?
Nicolas Godin : Oui, bien sûr, j'allais y venir,  il y a l'école des Français. Jean-Jacques Perrey, François de Roubaix,  c’était les premiers à avoir des home studios. Plus luxuriant, il y a aussi John Barry, Burt Bacharach. Vladimir Cosma aussi j’adore. Georges Delerue. Et Nino Rotta, le «Casanova» de Fellini avec les verres.

Le thème du "Casanova" de Fellini signé Nino Rotta

Et Michel Legrand ? J'ai cru entendre un clin d'oeil à "Peau d'Ane" dans votre nouvel album...
Nicolas Godin : Michel Legrand fait partie de notre ADN. Son travail sur «L’affaire Thomas Crown» et sur tous les Jacques Demy, c’est génial ! Mais hélas il n’a aucun discernement. Il touche au génie mais parfois aussi au pire. En fait, c’est un robinet d’enthousiasme musical. J’ai été le voir salle Pleyel, et c’est sûr que quand il fait chanter Maurane c’est moins drôle… (rires).

Et vous Jean-Benoît ?
Jean-Benoît : Moi ce qui m'a le plus marqué c'est "La Planète Sauvage". J'adore la musique de Alain Goraguer. Il était passé à "Temps X", l'émission des frères Bogdanov, mais, enfant, ce film m'avait terrifié.

La Femme, extrait de la BO de "La Planète Sauvage" signée Alain Goraguer

Beaucoup de films liés à l'enfance...
Nicolas : oui, mais il y a une raison, ce n'est pas que par nostalgie. Depuis les années 90, il y a un "Music Supervisor" sur les films, un intermédiaire qui fait appel à des compositeurs. Ca a cassé la relation d’intimité entre compositeurs et réalisateurs. Il n’y a plus la complicité qu’il pouvait y avoir entre un Sergio Leone et un Enio Morricone. Je crois que l’âge d'or de la BO a un peu disparu. Ce sont des musiques moins marquantes, car il n'y a plus de thème musical.

Qu’est-ce que la BO parfaite ?
Nicolas : Celle qui fait œuvre commune avec le film. Au final, les deux doivent être indissociables. Dans «Thomas Crown», la musique de Michel Legrand est aussi importante que les costards de Steve Mc Queen.
Jean-Benoît : Pour moi, la BO parfaite c’est celle qui sublime le film. «Star Wars» par exemple,  c’est un peu borderline côté décors, les maquettes sont limite un peu cheap. En fait, c’est la bande originale qui fait basculer le film dans un truc grandiose car ce n’est pas une musique petite ou cheap, c’est de la musique orchestrale.
Nicolas : Oui, d'ailleurs c’est le même principe avec la Nouvelle Vague. Ce sont souvent des films bricolés mais toujours avec une belle facture musicale. Ils faisaient valser tout un système mais musicalement, ils restaient très classiques.

Le générique de "2001 l'Odyssée de l'Espace" ("Ainsi parlait Zarathoustra» de Richard Strauss composé en 1896)

Quelle est la Bande originale que vous auriez aimé composer ?
Nicolas et Jean-Benoît, en choeur : «2001  l’Odyssée de l’Espace» de Richard Strauss (film de Stanley Kubrick).
Jean-Benoît : et « Edward aux Mains d’Argent », la musique est magnifique. Le compositeur Danny Elfman a aussi écrit le thème des Simpsons (Nicolas fredonne). 

Le thème de « Edward aux Mains d’Argent » signé Danny Elfman

Un exemple de BO ratée ?
Nicolas : « Intouchables » ou « Hoover » que je viens d’aller voir. La mode du petit piano qui fait clic clic dans le fond il faut balancer ça au bazooka !

Si vous aviez le choix, préfèreriez-vous travailler sur la musique d'un drame, d'une comédie, d'un film d'horreur, d'un film de SF ou d'un conte de fées ?
Jean-Benoît : (immédiatement) SF/Horreur
Nicolas : SF/conte de fées

La grosse différence entre travailler sur la BO d'un film muet et celle d'un film parlant ? Entre "The Virgin Suicides" et "Le Voyage dans la Lune" ?
Nicolas Godin : Dans un film muet il n’y a pas de thème, la musique sert de dialogue. Il faut donc du neuf à chaque scène, sinon c’est comme si quelqu’un répétait sans arrêt les mêmes phrases. Le plus dur sur les films parlants comme pour "Virgin Suicides" (le film qui a fait connaître Sofia Coppola et dont Air à signé la magistrale musique en 1999), c'est de caler la musique sur les scènes car le montage change tout le temps. Sur "Le Voyage dans la Lune", il n'y avait pas ce problème puisque le film était déjà monté. On a voulu et pu être totalement synchronisés avec le montage, à la micro-seconde près. Mais pour ne pas tomber non plus dans le surlignage indigeste, il a fallu doser subtilement. 

"Playground Love" extrait de "The Virgin Suicides", signée Air