Des oeuvres composées au Goulag interprétées pour la première fois à Moscou

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/12/2014 à 10H11, publié le 15/12/2014 à 10H05
Camp soviétique de la Kolyma 

Camp soviétique de la Kolyma 

© Pavlov / RIA Novosti

Composés sur des bouts de papier dans les camps soviétiques de la Kolyma puis oubliés pendant 75 ans, les "24 préludes et fugues" de Vsevolod Zaderatski ont été interprétés pour leur première fois dans leur intégralité dimanche à Moscou. Leur interprétation intégrale, par six pianistes russes, est sans précédent pour cette oeuvre composée entre 1937 et 1939.

"Il écrivait sa musique dans des conditions extrêmes pour tenir", a raconté ému son fils, portant aussi le nom de Vsevolod Zaderatski, en ouvrant la représentation au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou. Ces 24 morceaux pour piano-forte, très expressifs et intenses, figurent selon le Conservatoire parmi les premiers exemples d'un retour vers le genre baroque au 20e siècle, avant Dmitri Chostakovitch. Les 24 préludes et fugues pour piano-forte n'avaient jamais été joués ensemble. "A l'époque soviétique c'était interdit, pendant la Perestroïka il n'y avait pas d'argent, les maisons d'édition étaient ruinées", a expliqué Marina Brokanova, directrice du journal spécialisé PianoForum.

L'auteur, né en 1891 en Ukraine alors partie de l'Empire russe et élève du Conservatoire de Moscou à l'époque tsariste, était l'un des professeurs de l'héritier du trône et fils de l'empereur Nicolas II, le tsarévitch Alexis. Il est ensuite devenu officier de l'armée russe pendant la Première Guerre Mondiale puis a combattu la Révolution communiste au sein de l'Armée Blanche.

Privé de droits civiques, interdit de vivre dans une grande ville ou de se produire en public, c'est lors de ses séjours au Goulag stalinien de la Kolyma, dans l'Extrême Orient russe, qu'il compose les 24 morceaux interprétés dimanche, sur des télégrammes ou des bouts de papiers. "Ses gardiens lui donnaient du papier, il promettait de n'écrire que des notes de musique", a raconté son fils. "Ils les lui donnaient parce qu'il racontait des histoires intéressantes". "Ce qui l'a sauvé, c'est qu'il a été envoyé au camp alors qu'il avait déjà l'habitude de la prison : il savait comment se conduire et comment survivre. Il en est sorti vainqueur", a ajouté M. Zaderatski, lui-même musicien et professeur au Conservatoire.

Après son décès en 1953, son oeuvre reste confidentielle. Ce n'est qu'au début des années 2000 qu'elles sortent de l'ombre, notamment en Ukraine car il a terminé son existence à Lviv et y est enterré.