Vincent Delerm sous influence Woody Allen dans "Memory"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 14/01/2012 à 16H45
Vincent Delerm dans "Memory" décembre 2011

Vincent Delerm dans "Memory" décembre 2011

© PHOTOPQR/LE PARISIEN

On le sait, Vincent Delerm est nostalgique. Y compris d'un temps qu'il n'a pas connu. Y compris du présent, par anticipation. Un type qui a du mal avec le temps qui passe. Pour retenir les aiguilles de l'horloge, il tente de remonter à la surface des éclats de passé, intacts. Il fait ça comme personne dans ses chansons, à telle enseigne qu'on le soupçonnerait presque d'avoir dérobé ses souvenirs dans nos propres cervelles. Il enfonce le clou dans un nouveau spectacle total, "Memory", en tournée dans toute la France après une longue halte en décembre au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris).

Ceux qui ont déjà vu Vincent Delerm sur scène connaissent déjà sa façon très théâtrale de faire respirer ses concerts, d'en faire un mélange de chansons entrecoupées de quasi sketches. Cette fois, ce sont plutôt les chansons qui servent d'interludes au spectacle. Huit chansons inédites qu'il n'enregistrera pas sur disque. Car "Memory" n'est pas un concert mais un spectacle malicieux dans lequel il fait l'acteur et qui questionne notre rapport au temps. Avec humour, tendresse et poésie mais aussi avec pas mal de vacheries.

Un spectacle sous triple influence : Woody Allen, Léo Ferré et Buster Keaton
Le décor est minimaliste mais toujours bien vu, campé avec trois fois rien et de belles projections. Woody Allen et Léo Ferré, évoqués dès les premières minutes, sont les deux figures tutélaires de ce show, ses deux faces : Jean qui rit et Jean qui pleure. Avec la grâce lunaire et muette de Buster Keaton au point de rencontre des deux. 

Vincent Delerm apparaît d'abord derrière un petit piano droit en bois, sur lequel il joue un ragtime. Quand il en sort, c'est pour s'amuser avec les lumières et la radio où passent ses chanteurs préférés, de Barbara à Souchon.

Comment ne pas vivre sa vie en pyjama ?
Il incarne Simon. Qui marche comme Buster Keaton. Comme quelqu'un d'un peu ankylosé qui aurait besoin de se dégourdir les jambes. Ou plus exactement comme un type qui vivrait sa vie "en pyjama". Et qui douterait tout haut. Comment faire pour ne pas vivre replié sur soi, au chaud sous la couette des petites habitudes ? Comment conjurer les décompositions, les désillusions et la mort ? Pour vivre pleinement, doit-on regarder en face l'inéluctable ou détourner le regard ? Vaste programme, et autant de questions que se pose Simon, matière à moult digressions et autres trouvailles drolissimes.

"50 conseils pour retenir pour demain le temps qui passe aujourd'hui", c'est quoi ? Se donner un coup de pied au cul et regarder vers l'avenir, un peu. Relativiser le temps en observant comment les modes se démodent. Pour mieux se replier aussitôt sur les souvenirs d'enfance, les errements des parents, les premiers émois amoureux (le gimmick de la fameuse Sandrine, qui voulait être puéricultrice), le cinéclub et le lycée. On ne se refait pas.

Accompagné du discret multi-instrumentiste Nicolas Mathuriau, et avec l'aide de Macha Makeïeff,  Vincent Delerm a trouvé avec "Memory" une nouvelle façon de décliner ses obsessions et matière à exprimer sa créativité autrement. Parce que le surplace c'est la mort. Parce qu'il ne voudrait pas se retrouver à 80 ans pétri de regrets, «blanchi comme un cheval fourbu et glacé dans un lit de hasard».

Vincent Delerm joue son "Memory" à Vernon

"MEMORY" en tournée
Le 17 janvier à Onex (Suisse)
Le 4 février à Massy
Le 14 février à La Rochelle
Le 16 mars à Roubaix
Le 17 mars à Béthune
Le 6 avril à Amiens
Le 26 avril à Woluwe Saint Lambert (Belgique)