Richard Anthony, le "père tranquille du twist", a tiré sa révérence

Par @Culturebox
Mis à jour le 20/04/2015 à 18H58, publié le 20/04/2015 à 13H08
Richard Anthony sur le plateau de "Toute la chanson" (13 février 1963)

Richard Anthony sur le plateau de "Toute la chanson" (13 février 1963)

© Claude James / INA

Le chanteur Richard Anthony, idole des années 1960, est décédé dans la nuit de dimanche à lundi des suites d'une longue maladie dans les Alpes-Maritimes, à l'âge de 77 ans.

"Je viens d'avoir sa compagne, elle m'a confirmé son décès", a indiqué à l'AFP Fabien Lecoeuvre, attaché de presse de la tournée "Age tendre" à laquelle Richard Anthony avait participé à plusieurs reprises.

L'interprète de "Et j'entends siffler le train" était atteint d'un cancer, selon Fabien Lecoeuvre.
Richard Anthony, "Et j'entends siffler le train"

Bernard Persia, journaliste à France 3 et proche de Richard Anthony "depuis 25 ans", a précisé que le chanteur était décédé vers 22h dimanche soir.
              
"Et j'entends siffler le train", le slow de l'été 1962
 
Idole yéyé des années 1960, Richard Anthony, de son vrai nom Richard Btesh, s'est fait connaître avec des reprises de twist ou de rock américains mais c'est l'inoubliable ballade "Et j'entends siffler le train", en 1962, qui l'a fait entrer dans le coeur des Français.

Cette ballade mélancolique fut le slow de l'été 1962, l'été de la fin de la guerre d'Algérie. Pour des milliers de jeunes appelés et leurs familles, cette chanson évoque le train qui les emmenait pour s'embarquer vers la "sale guerre". Il s'agit d'un air du folklore américain, "Five Hundred Miles".
 

Richard Anthony, "Let's Twist Again"


21 tubes classés numéro un

"Ma mère, anglaise, me chantait cette ballade", racontait Richard Anthony. Reprise par la chanteuse américaine Hedy West et enregistrée en 1961 par les Journeymen, elle avait été rapportée en France par Hugues Aufray. Mais c'est à sa vedette, Richard Anthony, que la maison de disques avait choisi de la faire chanter.

Ce fut un succès énorme et inattendu pour un slow alors que le chanteur était plutôt connu pour des titres enlevés ("Nouvelle Vague", "Let's Twist Again"). Richard Anthony a vendu alors plus de 1,5 million de disques et s'est acheté une maison près de Saint-Tropez.
              
Pas très à l'aise en public - "timide et sauvage comme je suis, je n'ai  jamais été une bête de scène", reconnaissait-il -, Richard Anthony revendiquait plus de 600 chansons, 50 millions de disques vendus et 21 tubes classés numéro 1.
 

Richard Anthony, "Nouvelle Vague"

              
"Aranjuez mon amour", son plus grand succès

Né au Caire le 13 janvier 1938 sous le nom de Richard Btesh (Anthony est son deuxième prénom), né d'un père industriel originaire de Syrie, il suit ses parents en Argentine, en Grande-Bretagne puis en France où il choisit de s'installer.

D'abord représentant en réfrigérateurs, il se tourne vers la chanson avec l'idée de traduire en français des succès américains. "Je me suis dit : 'Lançons-nous', sans même savoir si je savais chanter", racontait-il. Dès son troisième 45 tours, c'est le succès avec "Nouvelle vague" (1959), adapté de "Three Cool Cats", des Coasters.  Suivront "Itsy bitsy petit bikini" (1960), "Let's Twist Again" ou "Fiche le camp Jack" (1961) et des dizaines d'autres tubes, en particulier "J'entends siffler le train" en 1962. Il enregistre aussi "Ecoute dans le vent", adapté de Bob Dylan ("Blowing in the Wind") en 1964.

En 1967, "Aranjuez mon amour", adapté du concerto d'Aranjuez, de Joaquin Rodrigo, est son plus grand succès : il dit l'avoir vendu à dix millions d'exemplaires dans le monde.
 

Richard Anthony, "Aranjuez mon amour"


Une vie dans la démesure

Succès, enfants, femmes, fortune mais aussi déboires judiciaires et financiers ou kilos superflus : celui qu'on surnommait "le père tranquille du twist" vécut en réalité dans la démesure.

Au faîte de sa fortune dans les années 1960, il pilote son avion privé pour partir en tournée et navigue entre Paris et le Swinging London. Il achète des villas, des maisons, des voitures, des motos. Mais il passe de mode comme tous les yéyés  après mai 1968. "Du jour au lendemain on est devenus des ringards", dit-il. Il chante "par dépit" le très potache "Sirop Typhon", un de ses derniers tubes avec "Amoureux de ma femme" (1975).

Il tente de s'installer aux États-Unis et d'y exporter la chanson française, en adaptant notamment "L'Ete indien" de Joe Dassin puis revient en  France en 1982.

 

Richard Anthony, "Le sirop Typhon" dans l'émission "Musicolor"

Après le succès, les déboires
Le fisc le poursuit et l'emprisonne même trois jours durant en 1983. Ses proches parviennent à le faire libérer en rassemblant une partie de la somme due (plus d'un million de francs soit 152.000 euros) et il s'engage à chanter pour rembourser le reste.

Mais il connaît des années difficiles, ponctuées d'ennuis personnels et de démêlés judiciaires avec des ex-compagnes - il a eu neuf enfants de mères différentes - avant un regain de popularité au milieu des années 1990 et un nouveau come-back en 2006 grâce aux populaires tournées d'anciennes vedettes  "Age tendre et Têtes de bois".

Reportage: Bernard Persia ,Caroline Fabre  et  Alain Vejux


            

Promu en 2011 au grade d'officier dans l'Ordre des arts et des lettres, il avait retrouvé début 2012 l'Olympia de ses débuts, avant sa tournée d'adieux.