Renaud, le Phenix, est requinqué et apaisé

Par @Culturebox
Mis à jour le 03/04/2016 à 14H07, publié le 03/04/2016 à 14H05
Le chanteur Renaud, janvier 2016

Le chanteur Renaud, janvier 2016

© KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Renaud "le Phénix" revient ! La voix n'est plus aussi claire mais c'est un chanteur requinqué et débarrassé de ses démons qui va livrer le 8 avril son premier album avec des chansons originales depuis dix ans. Un 24e album de 13 chansons avant son Phenix Tour, une tournée prévue pour la rentrée avec un passage par le Zénith Paris-La Villette du 25 au 29 octobre 2016.

"J'ai du mal à contenir mon impatience", a-t-il confié jeudi sur les réseaux sociaux, en dévoilant à ses fans la liste des "13 chansons (et peut-être une de plus)" de cet album sans titre dont la pochette le montre torse nu et les bras tatoués.
La liste des 13 chansons du dernier album de Renaud dévoilée sur la page Facebook du chanteur

La liste des 13 chansons du dernier album de Renaud dévoilée sur la page Facebook du chanteur

© Facebook de Renaud
Il y a un an, le chanteur se tenait loin des studios, en proie à ses tourments intimes et aux excès de boisson, muet malgré une "Renaudmania" grandissante née du succès rencontré par deux albums de reprises en 2014. Et puis les choses se sont accélérées : le slameur Grand Corps Malade le convainc au printemps 2015 de reprendre la plume pour son album collectif "Il nous restera ça".

Renaud écrit puis enregistre un texte adressé à son fils de 9 ans, Malone, baptisé "Ta batterie". "Moi je ne fais plus beaucoup de bruit/Tu l'as remarqué déjà/Oublie tous les vautours/Ton papa est bien là", y murmure le chanteur dans cette chanson reprise dans son nouvel album. Ce texte en appelle d'autres, l'inspiration qu'il pensait asséchée revient au galop. A la rentrée, il s'installe dans les studios ICP, à Bruxelles, en compagnie du guitariste Michaël Ohayon, chargé des arrangements. Ce dernier signe la majorité des musiques, les autres étant l'oeuvre du chanteur Renan Luce, gendre de Renaud, de Jean-Pierre Buccolo et d'Alain Lanty. Renaud constate que sa voix, usée par ses "années sombres", ne suit pas. Il fait un check-up complet dans une clinique : "Tout était nickel sauf un taux de potassium si bas que, du jour au lendemain, je pouvais mourir d'un malaise cardiaque, m'a expliqué le médecin", raconte "le Phénix" dans Causette.

"Puis j'ai rencontré un addictologue formidable et j'ai arrêté l'alcool. D'un coup net, c'était le 21 septembre", ajoute Renaud, qui affiche depuis son envie d'en découdre, comme en témoigne la chanson "Toujours debout" sortie fin janvier. "J'suis retapé, remis sur pieds/Droit sur mes guibolles, ressuscité", clame ce titre-manifeste en réponse aux "trous du cul" ou aux "enfoirés" qui ont voulu l'"enterrer" trop vite. Cette chanson a mis du baume au coeur de ses fans mais son ton offensif en a inquiété certains quant à sa capacité à renouer avec le second degré et l'humour, ses marques de fabrique.

Sur son compte twitter, il donne le lien du making of du clip

Renaud laisse percer sa nostalgie dans son album hanté par des disparus, les victimes de Charlie Hebdo, hebdomadaire où il a repris récemment sa place de chroniqueur, et de l'Hyper Cacher. Avec "J'ai embrassé un flic", inspiré par la marche républicaine après les attentats, et "Hyper Cacher", il tente de se réconcilier avec ces "flics" qu'il a tant fustigés par le passé et avec la communauté juive "qui m'a un peu maltraité pour mon engagement propalestinien", comme il l'a confié dans L'Express.
"Toujours debout", la nouvelle chanson de Renaud
Renaud a consacré dans "Toujours Debout", son 24e album, deux chansons aux victimes des attentats de janvier et novembre 2015 en France. "J'ai perdu mes amis Charb, Cabu, Tignous que j'adorais, Honoré, Wolinski... Puis le 13 novembre, horrible barbarie. Cette infime minorité de l'Islam qui compte des millions de pratiquants modérés. Je n'aime pas les religions, je les respecte, mais je maudis ces djihadistes contre lesquels j'essaie de lutter avec mes modestes armes", souligne Renaud.

Côté politique, le chanteur qui soutint Mitterrand et Royal, éreinte en interview "la soi-disant gauche au pouvoir", ses projets en faveur de la  déchéance de nationalité ou sa réforme du Code du travail: "plus jamais je ne voterai socialiste", déclare-t-il à Sud Ouest.

Dans son album, il laisse percer son désarroi face au temps qui passe ("La vie est moche et c'est trop court", "Mon anniv'"). Et chante pour ses proches, son fils Malone ("Petit bonhomme") et sa petite-fille Heloïse ("Héloïse"), comme il l'avait fait hier pour sa femme ("Ma gonzesse") ou sa fille ("Morgane de toi"). Il se souvient aussi de disparus chers : Coluche, son copain, et Brassens, qu'il cite deux fois, notamment dans une belle ballade sur le réconfort que procure l'écriture ("Les mots").
   
La sortie de l'album sera précédée, mercredi, de la parution d'un recueil de ses chroniques écrites dans Charlie Hebdo dans les années 1990 (éd. Hélium). Après être apparu récemment sur plusieurs concerts du groupe corse I Muvrini, Renaud lancera sa tournée en octobre.