Politique, crise, terrorisme : quand la chanson flirte avec l'actualité

Par @Culturebox
Mis à jour le 02/04/2016 à 17H33, publié le 31/03/2016 à 16H04
Le 10 janvier 2016, Place de la République, Johnny Halliday chante "Un dimanche de janvier" en hommage aux victimes des attentats de janvier et novembre 2015.

Le 10 janvier 2016, Place de la République, Johnny Halliday chante "Un dimanche de janvier" en hommage aux victimes des attentats de janvier et novembre 2015.

© THOMAS SAMSON / AFP

Des attentats à l'omniprésence du Front national en passant par la présidence Hollande, l'actualité s'invite aujourd'hui dans les chansons avec des textes dressant le portrait d'une France "fragile", qui a perdu son "insouciance".

"Liberté, égalité, fragilité" : Mickey 3D revisite ainsi la devise nationale, à l'image de ces artistes qui, sans renouer avec la chanson dite "engagée", se font écho des interrogations de la société française.

Cibles privilégiées : François Hollande et... le Front national

Dans son album "Sebolavy", qui paraît le 1er avril, Mickaël Furnon, l'âme du groupe Mickey 3D, laisse ainsi percer sa perplexité face aux jeunes attirés par l'extrême droite, cette "nouvelle génération qui n'a pas connu l'oppression/mais lève le bras pour la Nation". Même regard un peu désabusé sur la présidence Hollande dans le morceau "François sous la pluie". "Est-ce que tu pleures pour ton pays ?", lui demande le chanteur sur un air de valse. "Il m'a déçu, comme il a déçu tout le monde, mais je n'arrive pas à le détester", explique à l'AFP le chanteur stéphanois, 45 ans, qui revendique un texte "ni gentil, ni méchant". 

François Hollande a également inspiré l'atypique Katerine dans son nouveau disque ("Le Film", sortie le 8 avril). Dans "À l'Elysée", avec le bruit de la pluie dans le fond, il imagine le président et "Julie" pique-niquant "dans les jardins de l'Elysée" pendant que  se déroule une manifestation "qui avait pris source à Nation au sujet du trop d'impôts à payer". Le chanteur Séverin, dans son titre "France", ne semble plus reconnaître son pays : "Tout ça ne te ressemble pas/Toi qui ne mesures plus ta chance/Tu ricanes de tes présidences/Vois comme tu mets la haine au devant", chante-t-il. Comme en écho, Christian Olivier, désormais sans ses "Têtes raides", s'alarme de l'état politique de la France dans "Démocramotie", chanson qui  évoque les "fleurs qui piquent, Place de la République".

Le rappeur Kool Shen vise, lui, directement le FN en reprenant le refrain "La jeunesse emmerde le Front national" chanté en 1989 par le groupe punk Bérurier Noir. "En nous envoyant la fille, pas de doutes possibles/Ils ont déguisé le père", scande l'ex-membre de NTM. Le rock engagé anti-FN, incarné dans les années 90 par Noir Désir, est  perpétué par Luke. Dans le titre "Quelque part en France", le groupe se met dans la peau d'un électeur frontiste, habitant de "la France invisible", de "la France du trop tard".

L'écho des attentats 

Chez d'autres, c'est l'écho des attentats de 2015 qui résonne encore, dans la foulée de la chanson de Johnny Hallyday, "Un dimanche de janvier". 
Renaud, qui vient de reprendre du service comme chroniqueur dans Charlie Hebdo, y fera référence dans son nouveau disque (8 avril) avec ses chansons  "J'ai embrassé un flic" et "Hyper Cacher". "Moi, le bouffeur de curés, de militaires, j'ai viré ma cuti", a-t-il  déclaré mercredi dans L'Express. "Hyper Cacher rend hommage aux victimes juives (...). J'espère me réconcilier avec une communauté qui m'a un peu maltraité pour mon engagement propalestinien", a-t-il ajouté.

Kaddour Hadadi, connu sous le nom de HK et les Saltimbanks, vient de diffuser un clip sur sa chanson "Ce soir nous irons au bal" écrite au lendemain des attentats du 13 novembre. "Ils voudront nous diviser/Du premier jusqu'au dernier/Chercheront à petit feu /À étouffer nos libertés", met en garde cet  artiste engagé.

Patrick Bruel, dans le cadre de sa tournée de reprises de Barbara, lit sur scène un texte de sa composition évoquant aussi le 13 novembre. Et il enchaîne avec "Perlimpinpin", hymne pacifiste de la "Dame en noir", entendu en novembre lors de l'hommage aux victimes. Même un groupe comme Louise Attaque, habituellement plus "poétique" que "politique", se met au diapason de la France post-attentats: "À l'antenne aujourd'hui/J'entends que l'on meurt, que l'on vit/Et l'insouciance qui nous fuit/L'insouciance qui n'a pas de prix", chante le trio actuellement en tournée.