Pierre Perret, "révolté" par l'évolution de la société, appelle à la vigilance

Par @Culturebox
Publié le 04/05/2016 à 20H16
Pierre Perret à Castelsarrasin (4 mai 2016)

Pierre Perret à Castelsarrasin (4 mai 2016)

© Rémy Gabalda / AFP

Après 60 ans de carrière, Pierre Perret donne mercredi pour la première fois un récital dans sa ville natale de Castelsarrasin. Dans un entretien à l'AFP, l'artiste de 81 ans, homme engagé, appelle à la vigilance à un an de l'élection présidentielle et se dit "révolté" par une société "de plus en plus décadente".

Sur les bords du canal latéral, où il pêchait autrefois avec son père, Pierre Perret juge impératif de réagir, à un an du scrutin présidentiel. "La société est plus décadente qu'il y a 30 ans. Il faut être vigilant", a déclaré à l'AFP celui qui est par ailleurs le parrain du festival "Alors chante" à Castelsarrasin.

Il prépare un nouveau disque

Le Castelsarrasinois d'origine (il y est né le 9 juillet 1934) prépare un nouvel album, dont la date de sortie n'est pas encore prévue. "Dans six mois, un an, je ne sais pas. J'en suis à la moitié de l'écriture." Au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis, Pierre Perret, auteur-compositeur-interprète aux quelque 490 chansons, avait publié sur son site internet un texte intitulé "Ma France à moi", lu par plus d'un million de personnes.

C'est cette version chantée d'une France humaniste qu'il va interpréter dans son nouvel opus, avec en outre "une nouvelle version de Lily", où il dénonçait la xénophobie (1977), sous le titre les "émigrés".

Pierre Perret chante "Lily" en 1979

Extrême droite, intégrisme : "Ça fout la trouille"

Au cours de sa carrière, Perret a souvent été prémonitoire dans un répertoire sur le racisme, l'écologie ou les banlieues. Lui, comme le lui a fait remarquer son accordéoniste Gillou, reconnaît tout au plus qu'il est un "artiste qui sent un peu mieux les choses, dix ans" auparavant.

À cet égard, il juge crucial de réagir, à un an de la présidentielle. "Aujourd'hui, la bête s'est réveillée. Ça fout la trouille", assure celui qui avait déjà signé un réquisitoire contre l'extrême droite et l'intégrisme religieux dans son album "La bête est revenue" (1998).

Pierre Perret : "La bête est revenue" (1998)

"Une société de plus en plus surveillée"

Pierre Perret dénonce aussi "une société dans laquelle on n'a plus le droit de dire" et qui "est de plus en plus surveillée". Il s'inquiète : "C'est de pire en pire. On se rapproche de l'ère de George Orwell. La fiction est dépassée."

S'il refuse de se mêler de politique, l'octogénaire se montre critique vis-à-vis du gouvernement actuel car "il faut s'accrocher aux branches pour se faire une place". Et d'ajouter : "C'est paradoxal dans ce pays où tout le monde est au +chomdu+ de voir tant de métiers où il n'y a personne."

Nostalgie des jeunes années à Castelsarrasin

Dans sa ville natale, Pierre Perret admet un brin de nostalgie. "Mon premier poisson, je l'ai pris à six ans", se souvient celui qui aurait tant aimé revenir plus tôt dans cette ville qu'il a quittée à 14 ans. "Par faute de l'ancien maire, ce fut impossible. Il n'aimait pas ce que je faisais. J'ai chanté à Montauban, à Moissac... mais jamais à Castelsarrasin", regrette-t-il, quelques minutes avant de découvrir son buste commandé par le maire actuel (DVG) Jean-Philippe Besiers, et qui sera exposé à la mairie.

Avant d'aller à la salle de spectacle où il devait se produire, le chanteur déplore que sa ville ne soit plus comme il "l'avait laissée" : les petits commerçants, son école, le café du Pont de ses parents... ont disparu. En revanche, le pont en fer qu'il traversait pour aller à ses cours de musique est toujours là. Et de se remémorer avec les copains les courses de canards. "On leur attachait les ailes et on les lâchait. Il fallait les rattraper. Moi je n'y suis jamais parvenu", sourit-il.